N° 379
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

SANTÉ. Un casse-tête nommé AMO
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Fadoua Ghannam

SANTÉ. Un casse-tête nommé AMO
La majorité des Marocain(e)s reste
sans AMO, sans rien… (AIC PRESS)

AMO pour tous ? Pas vraiment. Contrairement aux annonces officielles, cette couverture médicale n’a rééllement bénéficié qu’à 3,6% des assurés.


L’Assurance maladie obligatoire ? Une révolution dans le système de santé et de sécurité sociale au Maroc, diront quelques-uns. D’autres, la majorité, n’en savent strictement rien, “si ce n’est ces quelques centaines de dirhams prélevés chaque mois sur mon salaire”, dira ce cadre casablancais. En a-t-il jamais bénéficié ? Pas une seule fois.
Comme cet homme, déclaré très régulièrement par son employeur à la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale), nombreux sont ceux qui cotisent régulièrement à cette assurance obligatoire sans qu’ils en profitent réellement. L’AMO, pensée par Abderrahmane Youssoufi et mise en application par le gouvernement de Driss Jettou, s’est-elle finalement avérée un pétard mouillé ? “La mise en place d’une telle couverture est en soi une évolution sociale et économique. Mais elle garde toujours, quatre années après sa mise en place, un caractère restrictif”, explique un cadre de l’ANAM (Agence nationale de l’assurance maladie). Population couverte, taux de couverture, remboursements effectués… Les chiffres communiqués jettent de l’ombre sur les véritables incidences de cette couverture médicale tant louée.

Couverture sur le papier ?
Le rapport d’activité de cet organisme gouvernemental chargé de la régulation du secteur, établi à l’issue de la réunion de son dernier conseil d’administration en mars, en est la preuve édifiante. Ce rapport livre les chiffres officiels pour 2007, les seuls certifiés pour le moment. Et si la CNSS, qui gère l’AMO pour les salariés du privé, avance un chiffre de 3,2 millions de bénéficiaires, elle omet de préciser que plus de 1,2 million d’entre eux ont des “droits fermés”. “Pour qu’un salarié puisse bénéficier de l’AMO, il faut qu’il ait travaillé au moins 54 jours ouvrables dans les six derniers mois. Cela veut tout simplement dire que 38?% des affiliés de la CNSS ne sont pas couvert”, souligne notre source. La CNSS répond en faisant référence à la loi et ses dispositions qui imposent ce délai minimum de cotisation. La CNOPS (Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale) n’est pas non plus épargnée par ce flou. Si la caisse gestionnaire de l’AMO des fonctionnaires estime sa population à 3,2 millions, seuls 2,7 millions d’individus ont été identifiés. Pour le reste (soit près d’un demi-million de personnes), la CNOPS empoche leurs cotisations et leur rembourse leurs frais médicaux sans qu’elle ne les identifie personnellement. Comme explication, la CNOPS précise qu’un travail d’identification est en cours.
Mais à qui donc profite exactement cette couverture médicale ? A très peu de bénéficiaires. Pour la CNSS, seuls 3,6 % des affiliés à la Caisse en ont bénéficié, soit près de 71 700 personnes. L’organisme de sécurité sociale explique ce faible taux par le démarrage relativement récent de l’assurance maladie dans le secteur privé par rapport au public (une année de décalage) et par la limitation des remboursements aux longues maladies coûteuses. Dernier argument mis en avant : la méconnaissance des assurés de leurs droits.

Grands bénéfices et petits remboursements
Cette situation de grand déséquilibre profite financièrement à la CNSS. Pour la même année, la caisse a perçu près de deux milliards de dirhams en cotisations, alors qu’elle n’a remboursé que 210 millions de dirhams de soins médicaux. “Un régime de couverture médicale ne doit pas dégager de grands bénéfices. Cela veut tout simplement dire que l’argent collecté en cotisations AMO n’est pas réaffecté aux dépenses de santé”, explique ce cadre de l’ANAM. Du côté de la CNOPS, les chiffres sont plus équilibrés. Sur les 3 milliards de dirhams collectés, 1,9 milliard ont été reversés aux assurés, dont la moitié a servi à rembourser les frais de médicaments. Mais la caisse publique ne fournit aucune indication sur le nombre de personnes ayant effectivement bénéficié du système. “Il est vrai que la CNOPS rembourse aussi les soins ambulatoires (maladies ne nécessitant pas une hospitalisation, ndlr) et les soins dentaires”, explique notre source. Une petite lacune que la CNSS s’apprête à combler. Avant la fin de cette année, comme l’a déclaré Jamal Rhmani, ministre de l’Emploi qui assure la tutelle sur les deux organismes gestionnaires de l’AMO, ces soins ambulatoires feront leur entrée dans le panier des prestations prises en charge par la CNSS. Les soins dentaires, jugés trop coûteux, n’en feront par contre pas partie. Profitant de ses excédents budgétaires, la CNSS ne prévoit aucune augmentation de cotisation avant 2012.

Médicaments. Consommez avec modération
Il est naïf de croire que tous les médicaments qui sont prescrits au Maroc peuvent être remboursés par l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Au tout début de sa mise en pratique, cette couverture ne remboursait que quelque 1500 médicaments. La grande majorité d’entre eux concernent de lourdes maladies aux frais de médication coûteux. Deux ans plus tard, l’agence gouvernementale chargée d’établir cette liste, en coordination avec le ministère de la Santé et des professionnels du secteur, a ajouté un millier de médicaments à cette liste. Les pressions des laboratoires pharmaceutiques et des prestataires de soins ont porté leurs fruits. Cette révision a concerné également les actes médicaux remboursables par l’AMO, comme la circoncision par exemple, non admise dans la liste de départ. Le 22 juin dernier, cette liste de médicaments a subi une nouvelle modification. Quelque 70 nouveautés ont fait leur entrée dans ce cercle très fermé des médicaments remboursés par l’AMO. Ils concernent aussi bien des génériques que des princeps, ce qui porte le nombre global des médicaments remboursables à 2 594.

 
 
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