N° 379
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

De Ayla Mrabet

“Cheikh Yassine se porte bien, merci”

Mohamed Darif
Islamologue (TNIOUNI)

Antécédents

1959. Naissance à Casablanca
1988. Obtient son doctorat d’Etat en sciences politiques
1996. Devient rédacteur en chef de l’hebdomadaire Al Moustakil
2000. Invité aux Etats-Unis par le gouvernement américain
2002. Sa mère Chaïbia reçoit la médaille d'or de la ville de Paris
2009. Finalise son livre, Monarchie marocaine et
acteurs religieux, (sortie prévue en octobre).

Le PV
Assis à la terrasse du café Garibaldi, à Casablanca, Mohamed Darif a l’air du Marocain lambda qui sirote son café noir. Sauf que tout le monde n’a pas la fonction officieuse du chercheur islamologue le plus réputé du pays, ni la réputation d’être à la fois proche de la Jamaâ de Cheikh Yassine et de ses adversaires. Mohamed Darif cherche ses mots, fait attention à ce qu’il dit, surtout lorsqu’il parle de sa relation avec Yassine, et répète à qui veut l’entendre qu’il a été le premier rédacteur en chef de l’hebdomadaire arabophone Al Moustakil. Si le politologue Tozy a des allures de BHL marocain, Darif, derrière ses lunettes, serait plutôt le Sartre de l’islamologie au royaume. Avec un penchant avoué pour le Wydad de Casablanca. Foot, islam, politique, etc. C’est ça, Darif.

Smiyt Mmok ?
Tamou Bent Charki

Smiyt Bbak ?
Bouchaïb Ben Laarbi. Avec deux a.

Nimirou d’la carte ?
B 289442

On sait que vous êtes ami avec Cheikh Yassine…
La question, c’est quoi au juste ?

La question, c’est : comment il va ?
Bien, bien. J’ai souvent de ses nouvelles, il se porte bien.

Vous vous retrouvez souvent autour d’un thé on the rocks ?
Pas forcément, non.

Et Hamidou Laânigri, c’est aussi votre ami ?
Ami ? Je ne crois pas.

C’est quoi alors ? Vous êtes sa source, ou vice versa ?
Ce n’est ni un ami, ni une source, ni même un collaborateur. On a dû se croiser deux fois, dans un cadre privé, amical. Je l’ai rencontré comme n’importe quel Marocain qui se retrouve, par hasard, en présence d’un responsable.

Avez-vous déjà été sollicité par les services secrets ?
Je n’ai jamais été contacté par les services secrets. Ou alors, indirectement.

Ce qui veut dire ?
Parfois, je reçois des journalistes qui me demandent des informations assez étranges… Ils me posent des questions qui n’ont clairement rien à voir avec le journalisme.

Vous êtes chercheur… Vous avez trouvé quoi ?
En moi, un homme comme les autres (rires).

Vous vivez de quoi, exactement, en homme comme les autres ?
Je suis professeur dans l’enseignement supérieur, mon salaire me suffit. Et puis, j’ai collaboré plus de dix ans au sein d’une radio hollandaise, financée par le gouvernement des Pays-Bas, et je travaille actuellement pour une télévision hollandaise. Je publie aussi des ouvrages, donc bon, ça va. Je n’ai pas à me plaindre.

Vous êtes souvent appelé par Al Jazira. Ils ne vous ont jamais proposé de vous salarier ?
Ils m’invitent en tant qu’analyste. Rien de plus. Et ils ne sont pas les seuls : BBC, France 24, la chaîne iranienne Al Alam, et nos chaînes nationales aussi.

Le 16 mai 2003 a-t-il donné un coup de fouet à votre carrière ?
Ma carrière est bien plus vieille que les attentats : j’ai publié plus de 20 livres avant le 16 mai 2003. Je suis professeur en sciences politiques. J’ai essayé de me recycler à la fac de lettres, où j’ai passé presque 10 ans au département d’études islamiques. En 1986, j’étais directeur et rédacteur en chef d’une revue académique, La revue marocaine de sociologie politique.

Et si on abrège, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que ce qui m’intéresse, c’est le système politique marocain, ses fonctionnements, ses mécanismes, ses partis. Forcément, je m’intéresse à toutes ces composantes. Donc au mouvement islamiste.

Que pensez-vous, d’ailleurs, de la performance du PJD aux dernières communales ?
C’est une performance à laquelle il fallait s’attendre. Que l’on soit dans la majorité ou dans l’opposition, la participation dans le jeu politique marocain use, c’est une règle bien connue. N’importe quel parti aurait pu subir le même sort que le PJD.

Vous avez voté ?
Non.

Vous ne voulez pas rentrer dans le jeu, c’est ça ?
Je n’ai pas encore trouvé de candidat digne de mon vote.

Pas même le PAM ?
Jamais je ne voterai PAM ! C’est un parti qui est en train de reproduire tous les maux de l’action partisane.

Vous n’avez donc de sympathie pour aucun parti ?
Si, si. Toute ma sympathie va au Wydad de Casablanca (rires).

Comment on passe, d’ailleurs, des islamistes au foot ?
Mais je ne suis pas islamiste !

Vous n’êtes pas non plus footballeur…
Pour moi, quelqu’un qui ne comprend rien au sport devrait rester loin de la politique. Le sport, le foot, c’est de la politique. Même le Makhzen, ici, à Casablanca, a bien préservé l’équilibre politique grâce au sport. Aujourd’hui, personne ne peut faire la distinction entre le Raja de Casablanca et l’Union Constitutionnelle.

Si votre fille voulait mettre le voile, vous l’en dissuaderiez ?
En principe, oui, je serais contre. Après, je ne suis pas un dictateur. C’est à elle de décider de sa vie.

Est-ce que, à votre avis, le ramadan caniculaire qui approche peut altérer la foi des croyants ?
Ça dépend du degré de conviction. Pour moi qui suis musulman, et pas islamiste, on est d’accord, ramadan est une obligation religieuse, l’un des cinq piliers de l’islam. Après, chacun fait ce qu’il veut.

Vous avez déjà entendu parler du Burkini ?
Du quoi ?

Du Burkini… Un maillot de bain qui mixe burka et bikini.
Ah ! Oui (rires). C’est vraiment le mariage entre Iqraa et Rotana.

Vous êtes allé voir Amours voilées, le film ?
Non.

Vous n’allez pas au cinéma ?
Bah… Je n’en ai pas le temps. Il m’arrive de regarder des films, à la télé ou en DVD. Et puis, il n’y a plus tellement de salles de cinéma à Casablanca…

Vous avez changé de QG ?
Comment ça ?

Vous délaissez le café de France pour le café Garibaldi ?
Non, je reste fidèle au café de France et à l’Excelsior, dans le vieux centre-ville. Le Garibaldi, c’est juste parce que c’est en face de chez moi.

Vous y passez plus de temps qu’à la fac ?
Je n’ai jamais passé plus de 4h par semaine à la fac.

Sérieux ?
Contrairement à ce que vous avez l’air de penser, la fac est devenue un lieu de travail, pas de recherche. C’est triste à dire, mais on est en train de vider la faculté marocaine de toute sa substance. Ça ne veut pas dire que je suis tout le temps au café… Je préfère rester chez moi.

Et vous faites quoi, chez vous ?
A votre avis ? Je travaille ! Je passe mon temps à recevoir des journalistes et des diplomates. Ou alors, je voyage, toujours pour le boulot.

Vous auriez voulu, dans une autre vie, être ministre des Habous et des Affaires islamiques ?
Pour quoi faire ? Je préfère analyser, décortiquer. Le reste ne m’intéresse pas.

Vous êtes plutôt bar ou mahlaba ?
Je suis plutôt… chez moi. Casanier, si vous préférez.

Oui, mais si vous n’aviez que ces deux options ?
Ni bar, ni mahlaba. Il n’y a pas mieux que chez soi.

A la maison, avec vos cinq enfants, vous êtes plutôt baba cool ou papa poule ?
Ni l’un, ni l’autre.

Qu’est-ce que vous êtes sérieux ! Vous n’auriez pas une petite blague, là, sous la main, histoire de conclure dans la bonne humeur ?
Oh, vous savez, les apparences sont souvent trompeuses.

Et la blague ?
Je ne pense pas que ce soit le moment de raconter des blagues.

 
 
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