N° 380
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FOOTBALL. L’argent des clubs
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Par Fadoua Ghannam

FOOTBALL. L’argent des clubs
Le Raja et le Wydad disposent des plus gros budgets de l’élite. (TNIOUNI)

Droits de retransmission télé, sponsoring, subventions des communes, cession de joueurs... Malgré leur diversité, les ressources financières des clubs restent très limitées. Tour d’horizon des caisses de la Botola.


Printemps 2007. La cagnotte du loto est remportée par un gagnant, un peu spécial. Il s’agit d’un richissime homme d’affaires et président d’un club mythique du GNF1 (première division). Mais les 18 millions de dirhams empochés ont failli mettre fin à une relation de plus de 30 ans
entre ce président et son club. “Les supporters du club n’arrivaient pas à comprendre comment leur président pouvait disposer d’autant d’argent et laisser son équipe préférée sans moyens”, explique ce journaliste sportif. C’est que dans l’imaginaire footballistique, comme dans la pratique de la gestion sportive, les finances d’un club se confondent très souvent avec le compte en banque de ses dirigeants.

Présidents et mécènes
Nombreux sont en effet les présidents de clubs de football qui, à diverses occasions, mettent la main à la poche pour assurer un déplacement trop coûteux, payer les primes des joueurs ou, carrément, sauver une saison. En 2006, quand le richissime homme d’affaires, Abdelmalek Abroun, décide de prendre en charge le Moghreb de Tétouan, son premier geste a été d’injecter 8 millions de dirhams dans les caisses du club, soit près de trois fois le budget de l’équipe à l’époque. Le chèque du nouveau président a ainsi permis au Moghreb de Tétouan de s’offrir les services de stars locales (pour ne citer que Mustapha Chadli, keeper du Raja et des Lions de l’Atlas) et d’occuper une place honorable du classement à la fin de saison. Et ce n’est pas que sur les pelouses que cette bonne santé financière s’est ressentie. De 3 millions de dirhams, le budget de l’équipe de Tétouan a atteint cette saison-là les 12 millions de dirhams, grâce à l’appui d’un sponsor de taille, le spécialiste de l’électroménager Gold Vision, propriété de “Monsieur le président”. Le cas du club de Tétouan est tout sauf une exception. Pendant de nombreuses années, le Wydad a eu comme sponsor une société d’agroalimentaire, dont le propriétaire est Nasserddine Doublali, président du club rouge et blanc. “Cette logique est en train de disparaître. De plus en plus de sociétés et d’acteurs économiques sont conscients de l’importance de s’allier à un club sportif dans la gestion de leur image”, souligne une source au sein de TSM, première agence spécialisée dans le marketing sportif, qui compte actuellement une douzaine de clients.

Sponsors et subventions
Certains clubs réussissent mieux que d’autres à tirer leur épingle du jeu et bénéficient des mannes du marketing sportif. Le Raja en est un exemple. Le mythique club casablancais peut se targuer de disposer du plus grand budget du championnat national. En effet, il est le club le plus prisé par les sponsors (il en compte cinq principaux et 19 partenaires). Cette situation a permis aux poulains de José Romao de disposer de 35 millions de dirhams de budget. Le club des Aigles Verts se distingue aussi comme le club le plus rentable : un excédent de 8,4 millions de dirhams a été dégagé l’année dernière. “Notre budget peut paraître important, mais il ne fait pas le poids devant de grands clubs africains comme Al Ahly, l’Espérance de Tunis ou l’Etoile du Sahel dont les budgets varient entre 12 et 15 millions de dollars. Finalement, nous sommes un grand club par les résultats mais petit par les moyens”, précise un dirigeant rajaoui.
En seconde position de ce classement des clubs les plus nantis du championnat national, arrivent ex-æquo le Wydad de Casablanca et les FAR, avec un budget annuel de 20 millions de dirhams. Si les Rouge et Blanc peuvent compter sur des sponsors de la taille d’Ingelec, spécialiste en câbles et installations électriques ou encore Coca-Cola , les militaires disposent d’un “mécène” nommé Housni Benslimane. Le tout-puissant patron de la Gendarmerie royale, président du comité directeur du club, veille à ce que ses poulains ne manquent de rien, mettant à leur disposition toute la logistique du corps militaire qu’il dirige. Suivent le Difaâ Hassani Jadidi, l’Olympique de Khouribga, l’Olympique de Safi et le Moghreb de Fès, qui disposent de 15 millions de dirhams chacun par saison. Un peu moins de la moitié de cette somme est pourvue par les sponsors. Les équipes jdidie, safiote et khouribguie bénéficient chacune d’une subvention de 6 millions de dirhams généreusement accordée par l’OCP. En outre, les trois clubs reçoivent chacun 1 million de dirhams offert par leurs communes urbaines respectives. Le Difaâ a droit en plus à une subvention de 1,8 million de dirhams, octroyées par la région Doukkala-Abda et par la commune rurale de Moulay Abdellah, l’une des plus riches collectivités locales du royaume. Et à l’instar des 16 clubs du championnat de l’élite, le Difaâ touche une aide directe du Groupement national de football (GNF) qui reverse 2 millions de dirhams à chaque équipe en guise de droits de retransmission télévisée des matchs du championnat.

Bourse aux joueurs
Pour les équipes de football qui n’ont pas la chance de recevoir les faveurs d’un généreux sponsor, les dirigeants doivent redoubler d’ingéniosité pour rester dans la course. “Heureusement que l’élément humain existe”, explique Mohamed El Guertili, président de l’Ittihad Zemmouri de Khémisset. Son club ne dispose que de 5 millions de dirhams par année, dont le tiers provient de la cession de joueurs. Dénicher la perle rare, la former et la “vendre” à un autre club est devenu la spécialité de certaines écuries. Dans les années 1990, le Rachad Bernoussi était considéré comme la pépinière des équipes de première division. Depuis quelques années, d’autres équipes lui ont emboîté le pas. Cette saison, le KAC de Kénitra a par exemple cédé trois de ses joueurs principaux pour 2,6 millions de dirhams, ce qui a boosté la trésorerie du club, qui a atteint les 10 millions de dirhams durant la saison 2008-2009.
Les moyens des clubs, qui peuvent paraître très variés, restent très limités. Rares sont les clubs qui ne connaissent pas des difficultés de trésorerie en fin de saison. Aujourd’hui, les patrons des clubs, sans exception, lorgnent les 250 millions de dirhams qui viennent d’être mobilisés par des institutions publiques -suite à une décision royale- au profit de la Fédération marocaine de football. “Les financiers disent que les objectifs se décident en fonction des moyens disponibles. Avec cette coquette somme, nous pouvons permettre à nos clubs de rêver”, conclut Omar Chebbakh, trésorier du KAC.

Réglementation. Quand le fisc s’en mêle
En avril, les dirigeants des clubs ont eu froid dans le dos. Le fisc commençait à s’intéresser au ballon rond. Première victime des inspecteurs de la Direction des impôts : le Moghreb de Fès. Les comptes bancaires de ce club ont été bloqués pour cause de non-paiement d’impôts. Pourtant, le MAS est considéré comme une association à but non lucratif, selon la loi de 1958 qui régit toujours la pratique sportive au Maroc. Mais il dispose au sein de son complexe d’une buvette qui, elle, est considérée comme une activité commerciale à part entière. Pour débloquer la situation, le fisc a demandé la bagatelle de 7 millions de dirhams. Une somme jugée “inconcevable” par le trésorier du club, Mohamed Moujtahid. Finalement, un accord à l’amiable a été trouvé : le MAS a payé 500 000 DH comme premier acompte, ce qui a permis de débloquer les comptes du club. Quid du reste de la somme ? “Des négociations sont en cours pour trouver un terrain d’entente non préjudiciable aux finances du club”, nous explique le trésorier.

Gestion. L’exception FUS
Dans la galaxie des clubs de football au Maroc, le Fath de Rabat fait exception. Et pour cause, ce club, qui évoluait cette saison en seconde division, affiche une bonne santé financière, qui fait des jaloux même au sein des clubs de l’élite. Pas moins de 13 millions de dirhams, voilà le trésor de guerre dont dispose le club présidé par Ali Fassi Fihri (également patron de la Fédération de football) alors que le budget des équipes du GNFE II, franchit rarement la barre des 3 millions. En plus de subvention du GNF (600 000 DH), la section football du FUS a ouvert il y a quelques années une école de formation qui lui rapporte 800 000 DH par saison. A ceci s’ajoute 3 millions de dirhams, engrangés après la cession de trois joueurs du club. “Le reste, c’est le comité directeur du FUS qui nous l’accorde”, explique Larbi El Oufir, trésorier du FUS. Un comité directeur, rappelons-le, présidé par Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi. “Mais nous sommes en attente de la finalisation juridique de la transformation du club en SA”, souligne ce dirigent du club rbati. En 2007, le FUS a en effet conclu un partenariat avec la Caisse de dépôt et de gestion. S’en est suivi la création de deux entités : FUS Développement, en charge des infrastructures, et FUS Gestion, qui devra gérer les affaires courantes. “Les sociétés ont été créées et nous n’attendons que l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la pratique sportive pour mettre en pratique la nouvelle organisation”, conclut notre source.

 
 
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