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Par Nina Hubinet
FRANCE. Bientôt la Karachigate ?
Lattentat de Karachi, attribué à Al Qaïda et qui a coûté la vie à 11 ingénieurs français en 2002, pourrait être une affaire de corruption, impliquant lEtat français. Sarkozy nie.
La question a énervé le président français. Vendredi 19 juin, lors dune conférence de presse clôturant le Conseil européen à Bruxelles, un journaliste de lAFP lui demande ce quil pense de la piste des commissions non honorées dans lenquête sur lattentat de Karachi. Nicolas Sarkozy rétorque, en substance : C'est grotesque. Qui peut |
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croire à une fable pareille ? Le président de la République aurait semble-t-il préféré que lon en reste à la première version, qui a prévalu pendant 7 ans : cet attentat, qui a visé des ingénieurs français dans la ville pakistanaise en mai 2002, est luvre dAl Qaïda. Dès le début de lenquête, le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière avait écarté la thèse des pots-de-vin non versés dans le cadre dun contrat darmement, alors même que la Direction des constructions navales (DCN), qui devait livrer les trois sous-marins, avait tout de suite évoqué cette affaire de gros sous comme mobile de lattentat contre son personnel.
Mais, depuis quelques mois, deux nouveaux juges dinstruction, qui ont remplacé Jean-Louis Bruguière, parti mener une carrière politique sous la bannière de lUMP, affirment privilégier désormais la piste financière. Libération, Le Point et le site Mediapart ont révélé depuis deux semaines des informations allant dans ce sens.
Balladur impliqué
Rappel des faits. Le 8 mai 2002, à 7h45, une bombe explose à Karachi, au passage dun bus de la DCN, entreprise liée au ministère de la Défense français. Bilan : 14 victimes, dont 11 ingénieurs français, et 12 blessés. Le Pakistan attribue lattentat à un groupe terroriste affilié à Al Qaïda. Huit mois après le 11 septembre, lexplication semble plausible.
Plusieurs éléments auraient pourtant pu mener la justice française sur une autre piste. En septembre 2002, le patron de la branche internationale de la DCN adresse un courrier à Jean-Louis Bruguière estimant que sa société se trouvait directement visée par les faits de terrorisme. Dans le contrat signé le 21 septembre 1994 avec lEtat pakistanais, lentreprise française sengage à livrer trois sous-marins de type Agosta au Pakistan, pour un montant de 5,4 milliards de francs (825 millions d'euros). Comme dans tout contrat darmement, le versement de commissions à des intermédiaires est prévu. Daprès les révélations du site Internet Bakchich.info, 10% des pots-de-vin, soit quelque 53 millions deuros, devaient être partagés entre Asif Ali Zardari, mari de lex-premier ministre Benazir Bhutto et actuel Premier ministre, et deux intermédiaires syrien et libanais. Un rapport réalisé par la DCN en septembre 2002 affirme que ce second réseau aurait ensuite alimenté en rétro-commissions Edouard Balladur, Premier ministre au moment de la signature du contrat. Cet argent aurait servi à financer sa campagne présidentielle de 1995. On comprend alors pourquoi la thèse financière gêne Nicolas Sarkozy. Ministre du Budget en 1994, il autorisait ou refusait les commissions déclarées auprès de l'administration des douanes pour y être défiscalisées. Cest également lui qui dirigeait la campagne dEdouard Balladur de 1995.
Mais, si cette affaire de corruption assez ordinaire sest terminée de manière sanglante, cest que Jacques Chirac, élu président de la république en 1995, a décidé de ne plus verser les commissions prévues aux Pakistanais, pour, selon certaines versions, assécher les réseaux de financement de son rival Edouard Balladur. Les généraux pakistanais auraient alors décidé de se venger en commanditant lattentat de Karachi. Sans savoir que les répercussions sur la classe politique française se feraient sentir
sept ans plus tard. |
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