N° 379
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

FRANCE. Bientôt la Karachigate ?
TUNISIE. Une affaire de famille
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet

FRANCE. Bientôt la Karachigate ?
(AFP)

L’attentat de Karachi, attribué à Al Qaïda et qui a coûté la vie à 11 ingénieurs français en 2002, pourrait être une affaire de corruption, impliquant l’Etat français. Sarkozy nie.


La question a énervé le président français. Vendredi 19 juin, lors d’une conférence de presse clôturant le Conseil européen à Bruxelles, un journaliste de l’AFP lui demande ce qu’il pense de la piste des commissions non honorées dans l’enquête sur l’attentat de Karachi. Nicolas Sarkozy rétorque, en substance : “C'est grotesque. Qui peut
croire à une fable pareille ?” Le président de la République aurait semble-t-il préféré que l’on en reste à la première version, qui a prévalu pendant 7 ans : cet attentat, qui a visé des ingénieurs français dans la ville pakistanaise en mai 2002, est l’œuvre d’Al Qaïda. Dès le début de l’enquête, le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière avait écarté la thèse des pots-de-vin non versés dans le cadre d’un contrat d’armement, alors même que la Direction des constructions navales (DCN), qui devait livrer les trois sous-marins, avait tout de suite évoqué cette affaire de gros sous comme mobile de l’attentat contre son personnel.
Mais, depuis quelques mois, deux nouveaux juges d’instruction, qui ont remplacé Jean-Louis Bruguière, parti mener une carrière politique sous la bannière de l’UMP, affirment privilégier désormais la piste financière. Libération, Le Point et le site Mediapart ont révélé depuis deux semaines des informations allant dans ce sens.

Balladur impliqué
Rappel des faits. Le 8 mai 2002, à 7h45, une bombe explose à Karachi, au passage d’un bus de la DCN, entreprise liée au ministère de la Défense français. Bilan : 14 victimes, dont 11 ingénieurs français, et 12 blessés. Le Pakistan attribue l’attentat à un groupe terroriste affilié à Al Qaïda. Huit mois après le 11 septembre, l’explication semble plausible.
Plusieurs éléments auraient pourtant pu mener la justice française sur une autre piste. En septembre 2002, le patron de la branche internationale de la DCN adresse un courrier à Jean-Louis Bruguière estimant que sa société “se trouvait directement visée par les faits de terrorisme”. Dans le contrat signé le 21 septembre 1994 avec l’Etat pakistanais, l’entreprise française s’engage à livrer trois sous-marins de type Agosta au Pakistan, pour un montant de 5,4 milliards de francs (825 millions d'euros). Comme dans tout contrat d’armement, le versement de commissions à des intermédiaires est prévu. D’après les révélations du site Internet Bakchich.info, 10% des pots-de-vin, soit quelque 53 millions d’euros, devaient être partagés entre Asif Ali Zardari, mari de l’ex-premier ministre Benazir Bhutto et actuel Premier ministre, et deux intermédiaires syrien et libanais. Un rapport réalisé par la DCN en septembre 2002 affirme que ce second réseau aurait ensuite alimenté en rétro-commissions Edouard Balladur, Premier ministre au moment de la signature du contrat. Cet argent aurait servi à financer sa campagne présidentielle de 1995. On comprend alors pourquoi la thèse financière gêne Nicolas Sarkozy. Ministre du Budget en 1994, il autorisait ou refusait les commissions déclarées auprès de l'administration des douanes pour y être défiscalisées. C’est également lui qui dirigeait la campagne d’Edouard Balladur de 1995.
Mais, si cette affaire de corruption assez ordinaire s’est terminée de manière sanglante, c’est que Jacques Chirac, élu président de la république en 1995, a décidé de ne plus verser les commissions prévues aux Pakistanais, pour, selon certaines versions, assécher les réseaux de financement de son rival Edouard Balladur. Les généraux pakistanais auraient alors décidé de se venger en commanditant l’attentat de Karachi. Sans savoir que les répercussions sur la classe politique française se feraient sentir… sept ans plus tard.

 
 
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