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De Hassan Hamdani
Timitar doit tout à Aziz Akhannouch
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Brahim El Mazned
Directeur artistique du
festival Timitar (PIERRO MEN)
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Antécédents
| 1967. |
Naissance à Agadir |
| 1979. |
Agé de 12 ans, il travaille dans une usine de sardines |
| 1987. |
Obtient son baccalauréat |
| 1988. |
Est lun des premiers Marocains à franchir la frontière réouverte avec lAlgérie. |
| 1995. |
Animateur culturel à lInstitut français dAgadir. |
| 2004. |
Nommé par Aziz Akhannouch directeur artistique du festival Timitar dAgadir |
| 2008. |
Sélectionné parmi les cent acteurs du développement durable dans louvrage Les aventuriers de la culture. |
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Le PV
Un proverbe juif dit quon ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes. Les pieds bien ancrés dans sa culture soussie, Brahim El Mazned parlait uniquement lamazigh jusquà lâge de 7 ans, âge où il découvre à lécole une langue étrangère pour lui?: larabe. Depuis, il sest bien rattrapé, toujours dans un avion, vers une nouvelle expérience musicale. Le gamin de bidonville, qui rêvait de beaux voyages, a bourlingué à travers le monde à la recherche de sons différents. Un jour à Haïti, embarqué dans une cérémonie vaudou. Un autre à Oulan Bator en Mongolie, à la découverte dune chanteuse locale à programmer à Agadir. Les destinations mythiques samoncellent pour le voyageur incessant quil est : Samarcande et la route de la soie, Tombouctou et Zanzibar dont les seuls noms évoquent des contrées exotiques et inaccessibles. Ulysse de la musique, il ne joue pourtant daucun instrument
Smyet bak ?
Mohamed El Mazned
Smyet mok ?
Son prénom est Ijja, mais jignore son nom de jeune fille. On ne nous apprend pas les noms de famille des mamans chez les Soussis.
Nimirou dla carte ?
Çà, par contre, on nous le fait apprendre par cur. J 259 929
Vous avez eu des inquiétudes pour Timitar après le drame de Mawazine ?
Jétais inquiet bien avant. Depuis la première édition de Timitar, jai la peur au ventre du premier au dernier jour, par crainte de laccident qui viendrait tout gâcher.
Cette année, vous avez pris des mesures de sécurité spéciale?
Non. Nous avons tenu les réunions habituelles et hebdomadaires avec les responsables de la sécurité. Il faut dire que nos grandes scènes sont placées dans des espaces totalement ouverts. Le seul espace fermé est le Théâtre de Verdure, où la programmation plus pointue attire donc beaucoup de monde.
La concurrence de Mawazine et sa pléthore de stars vous font-elles de lombre ?
Mawazine est impressionnant par ses moyens, mais il ny a pas de comparaison à faire. Timitar nest pas un festival de stars. Nous avons une ligne éditoriale qui met en valeur la culture amazighe et des musiciens moins médiatisés.
Oui, mais sans stars, pas de sponsors
Les sponsors veulent des festivals feux dartifice. Ils devraient accompagner un événement culturel dans la durée, plutôt que sattacher à limmédiateté.
Comment Aziz Akhannouch, le mentor de Timitar, vous a-t-il proposé la direction artistique du festival ?
Il ma demandé de lui présenter un projet. Javais déjà une idée de festival en tête, que je lui ai soumise trois heures après notre premier entretien. Deux jours plus tard, il la validée en me disant de foncer.
Timitar doit tout à Aziz Akhannouch.
Les militants de la cause berbère profitent de Timitar pour déployer des drapeaux amazighs et scander leurs revendications lors des concerts. Vous en pensez quoi ?
Ils étaient très vindicatifs lors de la 1ère édition, notamment pendant le concert dIdir. Ils ont profité de loccasion pour laisser éclater leur rage, et sexprimer sur la place publique après des années de silence. Aujourdhui, ils se sont calmés, ayant compris que Timitar accordait une visibilité à la culture berbère.
Vous avez fait un voyage en Israël. Vous navez pas peur dêtre accusé de pro-sionisme ?
Non du tout. Primo, jy suis allé pour assister à un festival de musique organisé par des Palestiniens dans la partie arabe de Jérusalem. Secundo, je ne suis pas panarabiste, juste marocain avec un regard amazigh. Jessaye dailleurs dêtre fidèle à la définition du mot amazigh qui signifie homme libre.
Dans la vieille querelle entre Soussis et Fassis, vous vous situez où ?
Je considère que tous les Marocains, y compris les Fassis, sont en partie amazighs. Jai dailleurs beaucoup damis fassis.
Vos parents donneraient leur bénédiction à votre mariage avec une Fassia ?
Pour être franc, ils préféreraient que jépouse une Soussia (rires).
Vous avez grandi dans un bidonville dAgadir. Cétait comment le quotidien ?
Vivre dans un kariane vous fait mûrir très jeune. Jai eu une enfance dure, je navais ni eau ni électricité. Nous allions aussi ramasser du bois pour nous chauffer et cuisiner. Mais les gens étaient solidaires entre eux, et nous mangions à notre faim. Mes parents ne me poussaient pas à faire des études, acceptant cette fatalité.
Vos parents doivent être fiers de vous maintenant que vous êtes un notable de la ville.
Oui, bien quils ne savent pas trop ce que je fais dans la vie. Ils ne comprennent pas bien mon métier, car directeur artistique nest pas une profession qui sapprend à lécole. Ils auraient préféré que je sois avocat ou médecin.
Jouez-vous dun instrument de musique ?
Non. Jai suivi trois mois de cours, mais le mode denseignement ma énervé. Sur le plan pédagogique, ce nétait pas sérieux. Cest pour ça que je milite pour lenseignement de la musique au sein des écoles publiques.
Vous avez combien de CD de musique ?
Je ne les ai jamais comptés. A vue dil, je dois en avoir plusieurs milliers.
Vous les avez tous écouté ?
Non, pas encore. Bien que jécoute de la musique tout le temps : chez moi, en voiture, en voyage.
Le chanteur mythique dIzenzaren, Abdelhadi, vit en ermite depuis des années. Comment avez-vous réussi à le convaincre de monter sur scène à Timitar ?
Je lui ai souvent rendu visite dans la grotte troglodyte où il sest retiré. On buvait le thé en mangeant des tajines de moules quil ramassait lui-même. Artiste atypique et hors du temps, jessaye de le convaincre de reprendre le chemin des studios. Mais il nest pas encore prêt à enregistrer.
Il représente quoi pour les Soussis ? Une sorte de Jim Morrison local ?
Je le comparerais plutôt à Elvis Presley.
Vous programmez beaucoup dartistes de la nouvelle scène. Vous les écoutez ?
Bien sûr, mais je naime pas tout. Il y a des réussites et des déchets.
Et le rap patriotique, vous aimez ?
Je nétais déjà pas fan de la musique watanya. Aujourdhui, il ny a aucune raison que japprécie un discours institutionnel déclamé sous une autre forme musicale.
Vous négociez souvent avec les groupes de la nouvelle scène. Ils nauraient pas pris la grosse tête pour certains ?
Peut-être. Deux phénomènes ont développé cet esprit-là. Des sponsors opportunistes ont sauté sur certains pour leurs campagnes de publicité. Les médias ont aussi leur part de responsabilité.
Le côté banlieue allemande dAgadir ne vous exaspère pas ?
Non. Le tourisme balnéaire prisé par les Allemands est essentiel pour léconomie de la ville. On ne peut pas miser que sur les touristes baba cool et les bobos.
Un dernier mot sur Michael Jackson ?
Sa mort ma beaucoup peiné. Adolescent, Thriller est la première cassette que jai achetée quand jai eu droit à un transistor. |
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