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Par Youssef Ziraoui
PORTRAIT. Le fabuleux destin dAnas Alami
Ancien dirigeant de la banque daffaires Upline, ce fils de facteur cumule aujourdhui les fonctions de patron de Poste Maroc et de directeur général de la toute puissante CDG. Retour sur une success story.
Lundi 15 juin, siège de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Au 1er étage du bâtiment surplombant la place Moulay Hassan à Rabat, quelque 300 cadres de la Makhzen bank sagglutinent dans la salle Abderrahim Bouabid. Ambiance petits-fours et soda pour le pot de |
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départ de Mustapha Bakkoury, directeur général sortant de la Caisse, remplacé deux jours plus tôt par Anas Alami. Dans lassemblée, quelques invités de marque, comme Salaheddine Mezouar, ministre des Finances, et Abdelatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib, y vont de leur congratulations. Standing ovation (de circonstance) après le speech dun Bakkoury tout sourire. Les applaudissements repartent de plus belle quand Anas Alami lui succède au micro.
Moroccan dream
Anas Alami voit le jour en 1968, dans une famille plutôt modeste, vivant avec un seul salaire, celui dun fonctionnaire, nous confie-t-il par téléphone, pendant un déplacement professionnel à bord de sa berline allemande conduite par son chauffeur. Ce nest quune voiture de fonction. Mon père, lui, roulait en R4. Un papa agent aux Poste, télégraphe et téléphone (PTT), une mère au foyer. Anas était un ould darhoum, il priait, ne fumait pas, ne buvait pas, ne jouait même pas au foot avec les potes du quartier. Un bosseur et un hachoumi, qui rougissait facilement, se souvient cet ami denfance qui la longtemps côtoyé. Un bac sciences maths (mention bien) plus tard, le jeune Anas opte pour une classe préparatoire intégrée à lEcole Mohammadia des Ingénieurs de Rabat (EMI). Ma famille navait pas les moyens de me payer des études à létranger, explique aujourdhui le quadra, sur fond daccent fassi. Maths sup - maths spé sans trop forcer, le petit Gavroche est diplômé en 1990, spécialité informatique. A la sortie de lEcole, il intègre une société spécialisée dans lingénierie et les méthodes de gestion, en tant quanalyste programmeur. Et caresse secrètement le rêve de reprendre ses études dans une école de renommée internationale.
LAmérique, Anas la veut et il laura, deux ans plus tard, quand il décroche une bourse de lUSAID. Direction New-York, pour un MBA en finances à la (plus select tu meurs) Stern School of Business. Jai choisi cette école car elle était située à deux pas de Wall Street, explique Anas Alami. Tout un symbole. A 23 ans, le jeune homme vit son rêve américain comme tous les étudiants de mon âge. Je faisais beaucoup la fête, je dormais peu, se souvient-il, un brin nostalgique. Avec une bourse mensuelle de 960 dollars qui payaient à peine le loyer, Anas est contraint de trouver un job étudiant (développeur dans une compagnie dassurances).
De retour au Maroc, le golden boy en herbe cherche un travail, pas franchement à la hauteur de ses diplômes. Son rêve à lépoque, cétait dintégrer Wafasystem et davoir un bureau pour lui tout seul, nous souffle un proche. Quelque temps plus tard, Anas Alami, toujours au chômage, est approché par les dirigeants dUpline International, société qui se contentait alors de fournir des informations financières aux investisseurs internationaux. Le quatuor Hassan Aït Ali, Aboubakr
Jamaï, Jallal Houti et Mohamed Mekouar, tente de le convaincre de rejoindre le tour de table dune société de Bourse en voie de création. Mais, sans le sou, Anas Alami, refuse den faire partie. Ce proche parmi les proches se souvient dêtre revenu à la charge avec insistance, en disant : Anas, cette chance risque de ne pas se représenter. Et si daventure, ça doit se casser la gueule, ça se fera vite, donc tu seras rapidement fixé. Et puis franchement, le ticket dentrée est donné, on peut même te prêter largent si tu veux
. A 25 ans, le natif de Rabat finit par céder, pour figurer parmi les fondateurs dUpline Securities.
Annus miraculus
Discipliné en bon militaire quil est lhomme est officier de réserve, EMI oblige-, Anas Alami, alors aux commandes du département recherche dUpline, mitraille le marché de notes de recherches avisées. Et prend des épaules. Entre autres fait darmes : la conception dun indice des valeurs de la Bourse de Casablanca, tenant compte de la capitalisation des valeurs et, grande première, de la liquidité des titres. La trouvaille ne passe pas inaperçue. Au milieu des années 1990, les analystes de la fifth avenue et de la City utilisent lindice créé par Anas Alami pour suivre les performances de la place casab?lancaise. De 1993 à 1998, lingénieur financier chapeaute le placement de près de 5 milliards de dirhams de titres marocains auprès dinvestisseurs étrangers. Upline décolle, au rythme des marchés émergents. En ce temps-là, les gestionnaires de fonds américains étaient prêts à investir dans une épicerie à Taroudant, caricature un des anciens associés dAnas Alami. Et comme on nest jamais mieux servi que par soi-même, le banquier daffaires se constitue un portefeuille boursier à 8 chiffres.
Dintroductions en Bourse (Lafarge Ciments, Wafa Assurance) en opérations de privatisations (Eqdom, Maroc Telecom), Upline joue désormais dans la cour des grands, et gagne du terrain sur son pire ennemi, Casablanca finance group (CFG) du duo Adil Douiri et Amin Alami. Nous avions une réputation de Ouled Chaâb. En fait, nos boutons de manchette étaient moins sophistiqués que ceux des gens de CFG, plaisante cet actionnaire dUpline Securities. Enseignant à ses heures à lécole Polyfinance, Anas Alami, (re)connu par ses pairs, est porté, en 2005, président du conseil de surveillance de la société gestionnaire de la Bourse de Casablanca. Lhomme daffaires vire technocrate un an plus tard, après une royale nomination à la tête de Barid Al Maghrib. Sur les images retransmises sur les chaînes nationales, le col blanc, assis face à Mohammed VI, semble impressionné et se liquéfie. Littéralement. Un peu comme sil passait son grand oral.
Pourtant, le jeune homme na rien dun impétrant. Trois années à peine après sa nomination, Barid Al Maghrib décroche un agrément dinstitution bancaire, les offres de produits financiers sont multipliées, le dialogue avec les syndicats renoué. Le 13 juin 2009, Anas Alami est nommé directeur général de la CDG, fonction qui vient sajouter à celle de patron de Poste Maroc. Quid de son plan daction ? Mystère et boules de gomme : Après trois semaines de prise de fonction, explique-t-il, il est trop tôt pour mexprimer à ce sujet. Mais, selon certaines indiscrétions, sil a été décidé en haut lieu quAnas Alami devait cumuler les fonctions de DG de Barid Al Maghrib et de la CDG, cest peut-être à dessein : le patron devrait plancher sur un projet de rapprochement entre Poste Maroc et la CDG, qui prendrait la forme dune banque postale. La Poste mettrait sur la table un réseau bancaire étoffé, analyse une source proche du dossier. La CDG apporterait son expertise en matière de gestion et de conception de produits bancaires, en échange dune partie significative du capital de ladite banque. Très ambitieux
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Nomination. Comme une lettre à la poste
A quoi Anas Alami doit-il son ascension fulgurante dans le secteur public ? A une tête bien faite, certes, un parcours réussi dans le privé, mais aussi à
ses relations. Un de ses amis denfance nest autre que Hassan Bouhemou, bras droit de Mounir Majidi, secrétaire personnel de Sa Majesté, et gestionnaire des deniers royaux. Pour certains, la nomination à la CDG dAnas Alami, plus docile que Mustapha Bakkoury, équivaut à une mainmise par Mounir Majidi sur la tirelire royale. Possible. Toujours est-il que Bouhemou et Alami sont inséparables depuis les années collège. Cest même dans le train de Casablanca-Rabat que Bouhemou a annoncé à Alami quil avait reçu une offre demploi du groupe de Othman Benjelloun. Alami lui a dit, vas-y fonce !, rapporte ce proche. A lépoque où Bouhemou travaillait à Marfin (filiale de la BMCE), il nachetait pas une seule action sans demander à Anas Alami son avis, confie cet associé à Upline Securities. Renvoi dascenseur quelques années plus tard. On souffle même que Bouhemou aurait téléphoné lui-même à son ami pour lui annoncer sa nomination à la CDG, bien avant le communiqué officiel. Interrogé à ce sujet, Anas Alami botte en touche : Désolé, je ne peux pas répondre à ce genre de question. |
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