N° 381
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Par Driss Bennani

REMANIEMENT. C’est dans l’air
Mohand Laenser
et Abbas El Fassi (TNIOUNI)

Abbas El Fassi a officiellement proposé au Mouvement populaire de rejoindre son gouvernement. Le MP a déjà accepté et tout le monde n’attend plus que la décision de Mohammed VI.


Cette fois sera-t-elle la bonne ? Sommes-nous à la veille d’un nouveau remaniement ministériel ? Tout semble l’indiquer. Lundi en soirée, le bureau politique du Mouvement populaire a tenu une longue réunion avec comme unique point à l’ordre du jour : la participation au gouvernement. Quelques jours auparavant, le parti de Mohand Laenser

avait en effet reçu une proposition officielle de la part du Premier ministre Abbas El Fassi. Avec quel contenu ? “Une participation symbolique au gouvernement, et donc un appui à la majorité gouvernementale, gravement affaiblie après le retrait du Parti authenticité et modernité (PAM)”, affirme une source au bureau du Mouvement populaire.
Le MP a d’abord été favorable à un soutien critique du gouvernement, avant qu’El Fassi ne revienne, 24 heures plus tard, pour insister sur la participation symbolique. Qu’est-ce à dire ? Selon des sources internes, qui ont toutes tenu à garder l’anonymat, le MP se serait vu proposer un ministère d’Etat sans portefeuille pour Mohand Laenser et un secrétariat d’Etat, qui pourrait revenir à Mohamed Ouzzine, homme fort de la jeunesse harakie.
Aujourd’hui, on n’attend plus qu’une décision de Mohammed VI, seul habilité, selon la Constitution à procéder à ce genre de nominations. Selon différentes sources proches de Abbas El Fassi, cela ne saurait tarder car les délais impartis au Premier ministre sont courts. Faute de majorité confortable, le gouvernement aura en effet beaucoup de difficultés à faire passer ses textes de loi, dont la Loi de Finances, attendue pour la rentrée parlementaire en septembre prochain. Deuxième inconnue : la position de l’USFP, qui tergiverse encore quant à son retrait du gouvernement.
En clair, Abbas El Fassi veut s’entourer du maximum de garanties pour mener, sans trop de dégâts, sa barque gouvernementale.
Se pose alors une question : le MP sera-t-il le seul parti concerné par ce remaniement annoncé comme imminent, ou le roi profitera-t-il de l’occasion pour procéder à un mouvement plus large ?

Les cas Akhchichine, Akhannouch, Jabrane, El Moutawakkil
Car depuis quelques mois, le gouvernement El Fassi compte plusieurs “canards boiteux”. Il y a d’abord le secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères, resté inoccupé depuis le limogeage d’Ahmed Lakhrif, pour des supposées “accointances avec le Polisario”. D’autres départements souffrent des absences répétées de leurs ministres. C’est notamment le cas du ministère de la Jeunesse et des Sports, piloté par Nawal El Moutawakkil, plus prise que jamais par ses obligations de membre du Comité olympique international (CIO). Touria Jabrane, ministre de la Culture, peine également à reprendre normalement son rythme de travail à cause de ses ennuis de santé.
Sans oublier les cas dits politiques, comme celui d’Ahmed Akhchichine, membre fondateur du PAM et ministre de l’Education nationale. Depuis le passage de sa formation politique à l’opposition, l’homme n’a théoriquement plus sa place au sein du gouvernement. Mais vu que la décision appartient exclusivement au roi, le PAM a trouvé (temporairement) la parade en “gelant le mandat d’Akhchichine au sein du parti”. Mais la parade ne peut s’éterniser dans le temps. Akhchichine garde toute son influence au sein de l’appareil du parti, et il fréquente régulièrement les hommes forts du PAM.
Last but not least, citons le cas de Aziz Akhannouch. Après avoir tout fait pour décrocher le portefeuille de l’Agriculture, l’homme du plan Maroc Vert aurait confié à ses proches “sa tentation de jeter l’éponge”. Ses relations avec Fouad Ali El Himma ne seraient plus aussi cordiales et son ancrage partisan a, dès le départ, été très faible. L’homme d’affaires soussi envisagerait donc sérieusement de retourner à ses affaires, loin des joutes gouvernementales.

En attendant Mohammed VI
Pendant ce temps, le roi poursuit son long périple dans la région de l’Oriental. Lors de ce séjour, Mohammed VI n’a procédé qu’à une seule nomination : celle (annoncée depuis plusieurs semaines) de Fatahallah Sijilmassi, ancien ambassadeur du Maroc à Paris, à la tête de l’Agence marocaine pour le développement des investissements. Procèdera-t-il à la nomination de Laenser avant les célébrations de la fête du trône?? “Je refuse de répondre à cette question. Je n’ai d’ailleurs rien à dire concernant ce sujet”, répond, un brin énervé, Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.
Au lendemain des élections communales, plusieurs observateurs pariaient sur un remaniement gouvernemental, mais pas avant octobre 2009. “D’abord, explique ce politologue, parce que Mohammed VI a pris l’habitude de procéder à ce genre de remaniements techniques après les deux premières années du gouvernement. Cela s’est fait avec les équipes menées successivement par Abderrahmane Youssoufi et Driss Jettou. En plus, cela pourra coïncider avec le renouvellement du tiers sortant à la Chambre des conseillers”.
Mohammed VI procèdera-t-il, du coup, à deux remaniements ministériels, à quelques mois d’intervalle seulement ? Au sein du Bureau politique du MP, on y croit dur comme fer. Selon des sources qui ont assisté à la réunion de lundi, cela a même été avancé comme un argument par Mohand Laenser. “Si nous acceptons la proposition du Premier ministre aujourd’hui, nous sauvons la majorité gouvernementale. Cela nous permettra en plus de renforcer notre présence au gouvernement à l’occasion d’un remaniement plus large, en octobre ou novembre prochains” aurait expliqué Laenser aux siens, si l’on en croit certaines confidences. La Haraka tiendrait, enfin, sa revanche, elle qui a très mal vécu son éjection du casting gouvernemental au lendemain des législatives de 2007.

Opposition. Entre le PAM et le PJD
Les consultations menées par Abbas El Fassi ne se sont pas limitées au seul Mouvement populaire. Des sources concordantes affirment que le Premier ministre istiqlalien s’est également, et à plusieurs reprises, entretenu avec des responsables du PAM, hier encore accusés de “pervertir le jeu démocratique”. L’information n’a pas été démentie par le parti du tracteur qui a, semble-t-il, préféré rester dans l’opposition. “Je ne vois pas pourquoi le PAM changerait de positionnement. Nous avons clairement signifié notre désaccord avec l’actuel gouvernement. L’opposition est donc un choix réfléchi et stratégique qui nous prépare aux échéances de 2012”, répond un responsable du PAM, sûr de son fait. Mais El Himma et ses amis auront-ils la patience d’attendre tranquillement 2012 ? Rien n’est moins sûr. Reste le cas du PJD. Selon toute vraisemblance, le parti islamiste n’a été contacté par personne dans l’optique d’un remaniement gouvernemental. Ecoutons Abdelilah Benkirane, secrétaire général de la formation islamiste : “Abbas El Fassi nous a fait une seule proposition, il y a quelques mois déjà. Mais nous n’avons pas jugé cela comme étant une proposition sérieuse”. Voilà qui est net. Le PJD reste dans l’opposition, jusqu’à preuve du contraire. Il devra théoriquement affûter ses armes, tout comme le PAM, en prévision de la bataille des législatives en 2012.

 
 
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