N° 381
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

REMANIEMENT. C’est dans l’air
FOOT. Lemerre, the end
GRIPPE A. Les millions du Tamiflu
DROITS HUMAINS. Maroc, voie sans issue
MAROC-ALGÉRIE. A la frontière de l’irréel
L'ACTU MAROC



Par Mehdi Sekkouri Alaoui

FOOT. Lemerre, the end
(TNIOUNI)

La Fédération royale marocaine de football a prématurément mis fin au contrat la liant au sélectionneur des Lions de l’Atlas. Pourquoi ce limogeage, combien nous a-t-il coûté et qui va prendre la relève ? Eclairage.


Lundi 6 juillet, fin de matinée. Une énième rumeur annonçant le limogeage de Roger Lemerre se répand partout comme une traînée de poudre. Alors que tout le monde attend une éventuelle confirmation ou infirmation de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), le très
officiel Matin du Sahara et du Maghreb prend tout le monde de court en publiant en Une de son édition du soir, un article au titre explicite : “Bye bye Roger Lemerre”. Sur un ton affirmatif, le quotidien francophone affirme que “la FRMF a mis fin au contrat du coach français suite aux mauvais résultats enregistrés par l’équipe nationale lors des éliminatoires combinées du Mondial et de la CAN 2010”. Dans la foulée, la chaîne sportive Arryadia bouleverse sa programmation et relaye immédiatement l’information, sur un bandeau en bas de l’écran, avant de lui consacrer quelques heures plus tard une émission spéciale. “Nous avons, bien sûr, recoupé l’information auprès d’une source bien informée au sein de la FRMF”, explique ce journaliste d’Arryadia. Jeudi, la Fédération sort enfin de son mutisme. Juste après une réunion extraordinaire de son bureau fédéral, l’instance dirigée par le nouveau patron du football marocain, Ali Fassi Fihri, confirme que Roger Lemerre a bel et bien été remercié. Tout comme son adjoint marocain, Fethi Jamal.

Lâché par ses propres joueurs
Le limogeage de Roger Lemerre n’est pas vraiment une surprise. Le bilan catastrophique du sélectionneur, depuis sa nomination à la tête des Lions de l’Atlas en juillet 2008, jouait clairement en sa défaveur. En trois rencontres officielles, comptant pour les éliminatoires combinées du Mondial et de la CAN 2010, le Maroc n’a enregistré aucune victoire, se contentant à ce stade de la compétition de deux matchs nuls devant le Cameroun (0-0) et le Togo (0-0), et une défaite surprenante à domicile face au Gabon (1-2). Des résultats désastreux qui compromettent (très) sérieusement les chances de la sélection marocaine de décrocher son ticket pour les deux tournois. Autre grief fait à l’ancien sélectionneur des Tricolores et des Aigles de Carthage : son impopularité. D’abord auprès du public qui réclamait sa tête à chaque sortie de l’équipe nationale. Ensuite, auprès des médias avec lesquels les relations ont été franchement exécrables. Enfin, et surtout, auprès des joueurs eux-mêmes, qui auraient dans leur écrasante majorité menacé de boycotter la sélection nationale au cas où il serait maintenu à son poste.
Mais, en fin de compte, Roger Lemerre est-il l’unique responsable de l’échec de l’équipe nationale ? “Bien sûr qu’il assume à lui seul une grande part de responsabilité”, répond, catégorique, ce membre fédéral. Avant de poursuivre : “Alors qu’il avait tous les moyens à sa disposition, Lemerre n’a jamais réussi à mettre sur pied une équipe compétitive. Comment voulait-il réussir en convoquant des joueurs qui ne le méritaient pas, qu’il avait des problèmes avec certains internationaux, en gérant mal son vestiaire, en optant pour des choix tactiques défaillants, etc.” Un avis que ne partage pas le vétéran de la presse sportive et de l’Opinion, Najib Salmi. “Tout ce qui est arrivé était prévisible. Roger Lemerre n’y est pour rien. Si le football marocain va mal, ce n’est pas à cause de lui, mais de l’ensemble d’un système irrémédiablement voué à l’échec”.

Rupture à l’amiable
“C’était rude, mais nous avons pu nous arranger avec lui à l’amiable”, reconnaît un membre fédéral qui a participé aux négociations avec Roger Lemerre, entamées le 27 juin, soit une semaine après le 0-0 concédé à domicile contre le Togo. Une semaine, donc, durant laquelle le staff de Ali Fassi Fihri a passé au peigne fin les modalités du contrat liant la Fédération au sélectionneur des Lions de l’Atlas, à la recherche de failles éventuelles. En vain. Le contrat négocié un an plus tôt par Roger Lemerre est en béton. En cas de rupture, la FRMF doit lui verser la coquette somme de 1,7 million d’euros (20 millions de dirhams).
Ali Fassi Fihri, qui conduit les négociations côté marocain, invite alors Lemerre à trouver un arrangement à l’amiable. Chaque jour, au siège de la Fédération, les réunions entre les deux parties s’étalent sur plusieurs heures. Avec un Lemerre plutôt inflexible. “Il n’avait jamais imaginé que son séjour au Maroc allait être aussi court. Il avait pris toutes ses dispositions pour vivre au moins quatre ans ici, où il a scolarisé ses enfants en bas âge”, confie notre source.
Samedi 4 juillet, au bout d’âpres négociations, les deux parties parviennent enfin à un accord, en présence de l’avocat parisien de Roger Lemerre, arrivé la veille en renfort. Coût du divorce ? Les versions divergent. “On a fait la meilleure affaire possible”, se targue une source au sein de la FRMF, qui avance la somme de 429 000 euros (près de 4,5 millions de dirhams). “Il a touché au moins le double”, croit savoir, pour sa part, une autre source dans l’Hexagone, qui connaît parfaitement le coach français. Et de poursuivre : “Roger Lemerre est quelqu’un de dur, qui ne renonce jamais à rien. Je le vois très mal abandonner ses droits, surtout dans un cas pareil”.

Et maintenant ?
Qui succèdera donc à Roger Lemerre ? Contrairement aux rumeurs, le choix du nouveau coach des Lions de l’Atlas n’est pas encore arrêté. La FRMF vient à peine de mettre sur pied une commission pour étudier la question. “Nous allons définir le profil idéal du futur sélectionneur et étudier les candidatures qui nous sont déjà parvenues”, explique ce membre fédéral. Et le verdict ? “Dans les deux ou trois semaines à venir”.
Deux choix s’offrent à la Fédération. Elle peut opter pour un “pompier”, un sélectionneur local ou un “étranger qui connaît bien le football marocain”, dont la mission sera de poursuivre les éliminatoires du Mondial et de la CAN 2010. “Et que l’on pourrait prolonger s’il réussit à nous qualifier”, précise notre source. Mais la Fédération peut aussi faire le choix du long terme en nommant un coach de calibre international, sans obligation de résultats immédiats, avec la mission de bâtir une équipe pour l’avenir. “Une chose est sûre, nous allons être beaucoup plus exigeants que par le passé.” prévient notre interlocuteur.

Succession. Un poste, trois prétendants
Baddou Zaki. Le favori
Considéré comme l’homme de la situation par le public (et une partie des médias), l’ancien sélectionneur, qui a réussi une bonne CAN 2004, est le plus proche de succéder à Roger Lemerre, même s’il vient de reconduire d’une année son contrat avec le Wydad de Casablanca. Le président des rouge et blanc, Abdelilah Akram, a récemment déclaré qu’il ne voyait aucun inconvénient à le libérer s’il était amené à prendre en main les Lions de l’Atlas.

José Romao L’outsider
Fin technicien, et très populaire, le coach portugais n’a plus rien à prouver au niveau national. Il est le premier entraîneur à gagner le titre de champion avec les deux grands clubs du royaume : le Wydad (2006), et le Raja (2009). Un hic quand même, José Romao se serait déjà engagé avec un club émirati.

Philippe Troussier Le revenant
C’est sans aucun doute l’entraîneur étranger qui connaît le mieux le Maroc et son football. Marié et père adoptif d’une petite fille marocaine, Philippe Troussier, qui a gardé une maison à Rabat, a déjà coaché le Crédit agricole (1995-96), puis le FUS (1996-97), avant de prendre en charge les Lions de l’Atlas, mais pour deux mois seulement, en 2005. Entraîneur aux compétences reconnues et au fort vécu international, celui qu’on surnomme le sorcier blanc a les moyens de remettre sur pied l’équipe nationale marocaine.

 
 
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