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Par Fadoua Ghanam
GRIPPE A. Les millions du Tamiflu
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Seul remède disponible contre le virus H1N1, le Tamiflu se vend en toute liberté malgré linterdiction du ministère de la Santé. Retour sur un commerce juteux.
Lundi 6 juillet, 14h45. Laiguilleur du ciel en poste à la tour de contrôle de laéroport Mohammed V reçoit un message dalerte du pilote du vol AT 850 de Royal Air Maroc en provenance dAmsterdam : un cas suspect de grippe A (H1N1) à bord. Un petit coup de fil aux autorités aéroportuaires et sanitaires plus tard, lavion est dirigé, à son
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atterrissage, vers un parking à lécart, réservé aux situations durgence, comme déventuelles prises dotage. Un cordon de sécurité est installé avant que léquipe médicale ne monte à bord pour ausculter le passager en question. Une trentaine de minutes plus tard, le verdict tombe : il sagit dune simple poussée de fièvre, au grand soulagement des passagers. On a eu quatre alertes similaires depuis le déclenchement de lépidémie au Maroc. Et à chaque fois, la même procédure a été suivie, explique un responsable de lOffice national des aéroports (ONDA). Bref, à laéroport international de Casablanca, la situation semble sous contrôle. Mais il nen est pas de même pour le reste du dispositif.
Antiviral à volonté
Le département de Yasmina Baddou a du mal à faire respecter une consigne, pourtant dune extrême importance pour contrecarrer la propagation du virus. Le 7 mai, avant même lannonce du premier cas confirmé de contamination, la ministre istiqlalienne avait adressé un courrier à la Fédération des syndicats des pharmaciens demandant linterdiction de vente publique du Tamiflu, cet antiviral produit par le laboratoire suisse Roche, seul remède efficace contre cette grippe. Ce fut lune des première décisions prises par le ministère français de la Santé. Cest tout à fait normal en cas de pandémie, justifie le directeur de lépidémiologie, deux raisons à lappui. Premièrement, cette décision permet une traçabilité des malades atteints de grippe A. Seuls les hôpitaux publics sont autorisés à fournir ce traitement. Cette mesure permet au ministère de suivre au cas par cas le développement de la maladie, précise Dr Lamnazhi. En deuxième lieu, linterdiction de vente libre du Tamiflu sexplique par la crainte de développer des résistances à cette substance en cas dautomédication et dutilisation à grande échelle. Cest le seul traitement actuellement efficace contre la grippe A. Le prendre alors que la contamination nest pas confirmée pourrait diminuer son efficacité, indique ce praticien.
Mais, même interdit de vente au public, ce médicament est largement disponible dans les différentes officines du pays. Se procurer une boîte de Tamiflu est aussi facile quacheter des comprimés vitaminés. TelQuel en a fait lexpérience dans une pharmacie choisie au hasard. La demande avait été telle que le stock dont disposait cette pharmacie sétait écoulé en quelques jours, mais le vendeur sest dit prêt à en passer commande auprès de son grossiste. Et, le lendemain, il a suffi dune petite minute pour sortir muni de dix capsules du précieux antiviral. Prix de la transaction : 334,20 DH.
Les consignes du ministère de la Santé nont apparemment aucun écho auprès des professionnels. Normalement, le Tamiflu est inscrit sur le Tableau A. Ce qui veut dire que même en période normale, ce médicament ne peut être délivré que sur ordonnance, souligne Mohamed Menjra, pharmacien et ancien président de la Fédération des syndicats des pharmaciens. Et de pointer du doigt le circuit de distribution : Lorsquon achète un produit au gros, on peut le vendre au détail. Le contrôle doit donc se faire en amont.
Des capsules en or Doù provient donc ce stock de Tamiflu actuellement en circulation sur le marché marocain ? Pour Ali Sedrati, président de lAMIP (Association marocaine de lindustrie pharmaceutique), les deux seuls laboratoires qui produisent le Tamiflu, le Suisse Roche, qui détient le brevet de cette molécule médicale, et Genpharma, un génériqueur qui en a obtenu lautorisation de fabrication, respectent parfaitement les consignes du ministère de la Santé. Mais le Tamiflu nest pas un nouveau produit sur le marché marocain. Il y a été introduit en 2005, après lapparition de la grippe aviaire, tient à préciser le patron des industriels du médicament.
Au million de doses déjà disponibles dans les stocks des hôpitaux marocains acquis il y a quatre ans, le gouvernement compte ajouter de nouveaux lots de Tamiflu. Vendredi 3 juillet, le ministère de la Santé, au nom du comité de coordination nationale présidé par le Premier ministre, a passé commande dun autre million de doses, auprès des deux laboratoires. Coût de lopération : 100 millions de dirhams. Dans les semaines à venir, et au gré du développement de la maladie, une enveloppe de 428 millions de dirhams sera consacrée à dautres acquisitions de cet antiviral (quatre millions de doses au total). Cette somme a été puisée dans les 850 millions de dirhams initialement réservés par le gouvernement pour la lutte contre la grippe A, explique Dr Omar Lamnazhi, fraîchement nommé directeur de lépidémiologie au ministère de la Santé. Un stock qui, sil échappe à tout contrôle, risquerait, à terme, de mettre à mal la santé des Marocains. |
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Epidémie. 21 cas confirmés
Mardi 7 juillet dans la matinée, un nouveau cas de grippe A H1N1, le 21ème (sur 80 suspects) depuis le début de la pandémie au Maroc, a été confirmé par le ministère de la Santé. Il sagit dune fillette de 2 ans qui, au retour dun séjour aux Etats-Unis, a été diagnostiquée à Casablanca. Hospitalisée à lhôpital Moulay Youssef, son état est jugé stable par ses médecins traitants. Quelques jours plus tôt, cest une femme de 49 ans, ressortissante marocaine installée en Espagne, qui a été mise en quarantaine à lhôpital de Mdiq. Ses analyses se sont avérées positives au virus de la grippe A. Ce sont les deux cas actuellement sous contrôle médical. Les 19 autres malades confirmés ont tous quitté les établissements hospitaliers en bonne santé, souligne Dr Omar Lamnazhi, Monsieur grippe A H1N1 au département de Yasmina Baddou. Et dajouter que les deux derniers malades suivent leur traitement et devraient rentrer chez eux dans les jours à venir. |
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