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MAROC-ALGÉRIE. A la frontière de l’irréel
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Par Amélie Amilhau

MAROC-ALGÉRIE. A la frontière de l’irréel
Mohammed VI
et Abdelaziz Bouteflika (AFP)

La fête de l’indépendance algérienne n’a pas marqué, comme attendu, la réouverture de la frontière terrestre avec le Maroc. Un collectif bataille pour faire changer les choses.


Pas un mot. Pas même une allusion. Le 5 juillet, lors de son traditionnel discours de la fête d’indépendance, Abdelaziz Bouteflika en a déçu plus d’un. “Des signes positifs laissaient penser que la réouverture de la frontière terrestre pouvait être possible. Comme la probable nomination du général Larbi Belkheir, ancien ambassadeur au Maroc, à un poste de
responsabilité au gouvernement. Ou la prochaine ouverture de liaisons aériennes Oran-Oujda”, analyse le professeur en relations internationales de l’université Mohammed V, Mohamed Tajjeddine Houssaïni.
Depuis plusieurs mois, un collectif créé au Maroc pour la réouverture de la frontière bataille, fort d’une pétition qui compte déjà 12 000 signatures. Côté Maroc : Fathiya Benis (PDG de Maroclear), Dounia Taârji (ex-directrice du CDVM), l’acteur Younes Megri, la députée belgo-marocaine Fatiha Saïdi, et les journalistes Khalid Jamaï et Hassan Rachidi. Côté algérien : les footballeurs Lakhdar Belloumi et Karim Ziani, le président du parti d’opposition Rassemblement pour la culture et la démocratie, Saïd Saôidi. La liste, loin d’être exhaustive, n’aura pas suffi à convaincre les autorités algériennes.

Un différend de 15 ans
Il faut dire que le différend date de 15 ans. En août 1994, le Maroc, sonné après un attentat qui a fait deux victimes à Marrakech, soupçonne les services algériens d’être derrière le drame et répond en imposant un visa aux voisins de l’est. Réplique immédiate et sans appel d’Alger : la fermeture de la frontière terrestre. Dix ans plus tard, Rabat lève son visa, suivi quelques mois plus tard par l’Algérie. Mais la frontière reste bel et bien fermée. “C’est une aberration de laisser deux peuples frères ainsi séparés, estime Abdelghni Bensaïd, le coordinateur du collectif. Des milliers de familles marocaines et algériennes séparées par la frontière vivent une situation très dure”. Depuis l’arrivée du gouvernement d’alternance en 1998, le Maroc répète ses appels du pied pour la circulation entre les deux pays. “L’Algérie nous a systématiquement opposé une fin de non-recevoir. La balle est désormais dans le camp algérien”, plaide Khalid Naciri, porte-parole du gouvernement marocain.

La pression de la rue
Officiellement, la réponse algérienne n’a toujours pas bougé d’un iota. “Cette situation doit être réglée dans le cadre d'une approche globale, tant au niveau bilatéral que régional”, a répondu, en juin 2008, le ministère des Affaires étrangères algérien, après la proposition marocaine de créer une commission mixte pour fixer les modalités de l’ouverture. En clair, pas question de rouvrir la frontière terrestre tant qu’une solution n’aura pas été trouvée au Sahara. Contacté par TelQuel, le porte-parole de l’ambassade d’Algérie campe sur cette position : “Il n’y a aucun élément nouveau sur ce dossier. La position officielle algérienne n’a pas changé”.
Pourtant, officieusement, le dernier mandat (sauf surprise) du président algérien pourrait être celui de la fin du blocage. “Les connaisseurs du dossier disent Abdelaziz Bouteflika plus ouvert sur le sujet que par le passé, souligne Mohamed Tajjeddine Houssaïni. Il pourrait avoir envie de quitter le pouvoir en prenant une décision historique comme celle-là”. Même son de cloche du côté du journaliste algérien Farid Abdeladinne : “La pression populaire en faveur de cette réouverture est de plus en plus forte en Algérie.” Et l’analyste politique du quotidien Jeune indépendant de poursuivre : “Le 5 juillet, Karim Tabbou, patron du Front des forces socialistes (FFS, opposition), a lancé un vibrant appel pour qu’on en finisse avec cette situation ridicule”. Il ne reste plus qu’à attendre. Combien ? Mystère.

 
 
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