N° 381
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

Dream team
Le Conseil supérieur des ouléma n’est franchement pas le collectif le plus révolutionnaire de ce doux et tendre pays. Il vient de nous le rappeler en décrétant que le pèlerinage à la Mecque (Haj, Omra), qui concerne près de 33 000 Marocains, soit un citoyen sur mille, se passera comme d’habitude. Dans un sens, c’est courageux puisque la dream team de nos érudits en sciences religieuses prend le pari, en ces temps de grippe porcine (plus de 20 cas avérés au Maroc, en plus de 60 cas douteux), d’anticiper sur le risque zéro au moment du retour du fort contingent marocain, à partir de décembre 2009. Bon, c’est un peu
gonflé, quand même. Alors que la Tunisie a suspendu la Omra, et que l’Egypte a évoqué la possibilité d’annuler purement et simplement le Haj, nos ouléma n’ont pas jugé utile de s’alarmer. “Soucieux de rassurer les citoyens, le Conseil (des Ouléma) assure suivre de près l’évolution de l’épidémie avec les services concernés”, explique un communiqué officiel, publié en début de semaine. Rien de plus. Est-il raisonnable, devant une épidémie qui a gagné même l’Arabie Saoudite, de se fier aux assurances des ouléma et à leur suivi avec “les services concernés” ?


La peur, mon vieux
La grippe porcine, chapitre deux. Le ministère de la Santé a mis au point, en collaboration avec l’une des meilleures agences de communication du royaume, un spot publicitaire dit de prévention. Images léchées, montage nerveux, le film est une vraie réussite. Il lui manque pourtant l’essentiel : à aucun moment, la voix off ne mentionne la grippe porcine. Pour comprendre le pourquoi de cet étrange oubli, nous avons posé la question aux concepteurs du spot. Réponse : “Nous ne tenions pas spécialement à alarmer les Marocains”. Finalement, la frilosité du département de la Santé renvoie à celle du Conseil des ouléma. Tous ces gens bien intentionnés sont animés par les vieux réflexes du passé. Ils veulent nous mettre en garde mais ne trouvent pas les mots pour le dire. Ce n’est pas l’idéal pour aider Monsieur tout le monde à vaincre ses peurs.


King Eric
So Foot, respectable magazine dédié au ballon rond, n’aime pas Looking for Eric, le nouveau film de Ken Loach, dont Eric Cantona, idole et dieu vivant (du foot) à Manchester, est la vedette. Le magazine a choisi un titre original pour exprimer son désamour. Loach – Cantona : zéro partout. Comme dans un match de foot, stérile et nul. Il se trouve que le film ne l’est pas. So sorry. Ken Loach, pour ceux qui suivent son travail, est une authentique fourmi de cinéma. En plus d’être communiste de cœur. Ce qui fait de lui un type bien. En 40 ans de carrière, Loach a filmé la naissance de l’IRA (Le Vent se lève, Palme d’or à Cannes), la guerre d’Espagne (Land & freedom), et puis tous ces petits sujets, prétextes à mettre en avant les petites gens : la privatisation des chemins de fer britanniques (Navigators), le mariage mixte (Just a kiss), la banlieue (Sweet sixteen), etc. A Cannes, où il a été présenté en mai dernier, Looking for Eric a été plus applaudi que le vainqueur de l’édition, Le Ruban blanc. Ce n’est pas un hasard. Le film, touchant d’humanité, ressemble à une bonne bière partagée entre potes. Commandez-le au pirate le plus proche. Et si vous êtes déçu, on vous paie une bière.


Solidarité
Alors, quel est le meilleur moyen de museler une presse indépendante, affranchie, parfois maladroite, excessive, mais souvent percutante, très lue, accessoirement “emmerdante” : en lui collant des peines de prison à n’en pas finir ou des amendes astronomiques ? La justice et les esprits qui semblent la guider ont résolu le problème en usant des deux à la fois. Cela revient au même : les deux sentences ont vocation à intimider les journaux, placés de fait en état de sursis. Nos quatre confrères, qui ont été condamnés à verser la somme cumulée de 10 millions de dirhams, peuvent se rassurer : à ce niveau, le délit incriminé s’efface de lui-même devant la lourdeur de la sentence prononcée. Quant à la profession, elle soutient, aujourd’hui, des victimes, pas des coupables.

 
 
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