ZB se souvient de larrivée de Thriller à Guercif en 1989,
cinq ans seulement après sa sortie américaine.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem est tombé cette semaine sur un étrange objet audiovisuel qui la fasciné au plus haut point. Lémission, car cen est une, sappelle Al Khayt Al Abyad, le fil blanc pour nos amis les immigrés (ils sont incapable dapprendre notre langue les pauvres, surtout les français). Résumons laffaire. Générique impeccable, suivi par un long discours de lanimatrice, qui aime beaucoup sentendre parler. Elle a raison, elle parle très bien. Elle se délecte de ce mélange maison de classique et de darija quon imagine parfaitement réfléchi, probablement le résultat dune longue négociation avec ses propres complexes. A vue de nez, elle est partie sur un dosage 20% darija (les dictons, les appels à la sagesse populaire) et 80% classique (tout le reste).
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Le problème dont il est question aujourdhui concerne une famille berbère perchée sur une montagne telle que Guercif, à côté, pourrait passer pour Londres en termes dinfrastructures publiques. Le père a foutu le camp, laissant femme et enfants dans une misère noire. La femme aurait pu survivre grâce aux allocations familiales et au revenu minimum dinsertion mais notre vaillant Etat a oublié son volet social quelque part. Il y a dans lhistoire de cette dame et de ses filles une terrible misère morale et financière, un profond dénuement qui contraste avec les moyens mis en uvre par la télévision pour nous la rapporter en images. Retour sur le plateau : lanimatrice entreprend de questionner la femme abandonnée, et cest à ce moment précis que nous quittons le monde de la télé-réalité pour entrer dans celui de la science-fiction. Le taux de 80% darabe classique, parfaitement acceptable lorsquelle discourait toute seule face caméra, devient absurde face à cette dame berbère qui ne comprend manifestement plus rien au problème quelle est venue elle-même présenter. La situation, déjà ridicule, va basculer de lautre côté du réel lorsquune avocate redoutablement arabophone viendra donner à la femme des conseils quelle ne comprend toujours pas. La femme, déjà intimidée par les caméras, est achevée par cette démonstration de puissance de feu linguistique. Elle répond à peine, elle souffre, elle est dominée.
Cest normal : elle est bête. On ne va pas faire deffort pour parler la langue des gens bêtes, cest à eux de sadapter. On veut bien les filmer, les exhiber, leur donner des conseils sur comment vivre ensemble, faire semblant de sintéresser à leur cas tant que les autres gens bêtes regardent et que la pub pour les gens bêtes tombe. Mais parler leur langue, non ! Nous sommes des êtres humains civilisés, quand même?! Cest la télévision, pas un souk ! Seule lintervention du docteur Harakate, parfaitement compréhensible par tout le monde, viendra mettre un peu de bon sens et de modestie dans cette démonstration darrogance institutionnelle.
Si un extraterrestre voulait comprendre le Maroc, on lui suggérerait sans hésiter le fil blanc comme résumé de nos problèmes nationaux, et cest en cela quelle constitue une émission particulièrement réussie.
Message important
Zakaria Boualem souhaite présenter ses condoléances à tous les fans de Michael Allah y rahmo. Cest très sincère. Il se souvient parfaitement de larrivée de Thriller à Guercif en 1989, cinq ans seulement après sa sortie américaine. La ville en avait été bouleversée, même les scorpions sétaient mis au Moonwalk, cétait formidable. Ensuite, il y a eu les ballades romantico-humanitaires où il fallait se prendre par la main pour sauver les enfants du monde entier les pauvres et là, le Boualem a un peu décroché. Il na jamais vraiment goûté les ballades romantico-humanitaires, en fait. Mais il est toujours resté fan de la première partie de la carrière de Michael et ques donc, Allah y rahmo. |