N° 381
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB se souvient de l’arrivée de Thriller à Guercif en 1989,
cinq ans seulement après sa sortie américaine.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem est tombé cette semaine sur un étrange objet audiovisuel qui l’a fasciné au plus haut point. L’émission, car c’en est une, s’appelle Al Khayt Al Abyad, le fil blanc pour nos amis les immigrés (ils sont incapable d’apprendre notre langue les pauvres, surtout les français). Résumons l’affaire. Générique impeccable, suivi par un long discours de l’animatrice, qui aime beaucoup s’entendre parler. Elle a raison, elle parle très bien. Elle se délecte de ce mélange maison de classique et de darija qu’on imagine parfaitement réfléchi, probablement le résultat d’une longue négociation avec ses propres complexes. A vue de nez, elle est partie sur un dosage 20% darija (les dictons, les appels à la sagesse populaire) et 80% classique (tout le reste).
Le problème dont il est question aujourd’hui concerne une famille berbère perchée sur une montagne telle que Guercif, à côté, pourrait passer pour Londres en termes d’infrastructures publiques. Le père a foutu le camp, laissant femme et enfants dans une misère noire. La femme aurait pu survivre grâce aux allocations familiales et au revenu minimum d’insertion mais notre vaillant Etat a oublié son volet social quelque part. Il y a dans l’histoire de cette dame et de ses filles une terrible misère morale et financière, un profond dénuement qui contraste avec les moyens mis en œuvre par la télévision pour nous la rapporter en images. Retour sur le plateau : l’animatrice entreprend de questionner la femme abandonnée, et c’est à ce moment précis que nous quittons le monde de la télé-réalité pour entrer dans celui de la science-fiction. Le taux de 80% d’arabe classique, parfaitement acceptable lorsqu’elle discourait toute seule face caméra, devient absurde face à cette dame berbère qui ne comprend manifestement plus rien au problème qu’elle est venue elle-même présenter. La situation, déjà ridicule, va basculer de l’autre côté du réel lorsqu’une avocate redoutablement arabophone viendra donner à la femme des conseils qu’elle ne comprend toujours pas. La femme, déjà intimidée par les caméras, est achevée par cette démonstration de puissance de feu linguistique. Elle répond à peine, elle souffre, elle est dominée.
C’est normal : elle est bête. On ne va pas faire d’effort pour parler la langue des gens bêtes, c’est à eux de s’adapter. On veut bien les filmer, les exhiber, leur donner des conseils sur comment vivre ensemble, faire semblant de s’intéresser à leur cas tant que les autres gens bêtes regardent et que la pub pour les gens bêtes tombe. Mais parler leur langue, non ! Nous sommes des êtres humains civilisés, quand même?! C’est la télévision, pas un souk ! Seule l’intervention du docteur Harakate, parfaitement compréhensible par tout le monde, viendra mettre un peu de bon sens et de modestie dans cette démonstration d’arrogance institutionnelle.
Si un extraterrestre voulait comprendre le Maroc, on lui suggérerait sans hésiter “le fil blanc “comme résumé de nos problèmes nationaux, et c’est en cela qu’elle constitue une émission particulièrement réussie.

Message important
Zakaria Boualem souhaite présenter ses condoléances à tous les fans de Michael Allah y rahmo. C’est très sincère. Il se souvient parfaitement de l’arrivée de Thriller à Guercif en 1989, cinq ans seulement après sa sortie américaine. La ville en avait été bouleversée, même les scorpions s’étaient mis au Moonwalk, c’était formidable. Ensuite, il y a eu les ballades romantico-humanitaires où il fallait se prendre par la main pour sauver les enfants du monde entier les pauvres et là, le Boualem a un peu décroché. Il n’a jamais vraiment goûté les ballades romantico-humanitaires, en fait. Mais il est toujours resté fan de la première partie de la carrière de Michael et ques donc, Allah y rahmo.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés