N° 382
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

PAIEMENT. E-commerce à faible débit
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L'ACTU ÉCONOMIE



Par Hicham Oulmouddane

PAIEMENT. E-commerce à faible débit
(DR)

Avec plus d’un million de cyberacheteurs potentiels, le paiement en ligne a sans doute de beaux jours devant lui au royaume. Mais pour l’heure, il tarde à décoller.


Nabil, jeune cadre BCBG, jubile à l’idée de partir en vacances. Confortablement installé devant son laptop, il part à la chasse de la bonne affaire dans un voyage virtuel à travers les sites Internet des voyagistes et des hôteliers du royaume. Nabil ne se laisse pas pour autant distraire par les offres qui pullulent sur la Toile. Il sait très bien
ce qu’il veut (lézarder sur une plage du sud du Maroc) et il finit par le trouver, au bout de cinq minutes seulement de connexion. Sur la page Web d’un hôtel à Agadir, la rubrique “promotions” lui fait un clin d’œil répétitif et insistant. Un clic plus tard, l’offre crève l’écran : séjour d’une semaine, all inclusive, pour le prix attractif de 3000 DH. Les photos de la piscine et des chambres du palace finissent par le convaincre. Arrive, alors, le moment fatidique : le paiement en ligne. Nabil se gratte la tête, hésite. Des scénarios anxiogènes l’envahissent. “Et si je me fais pirater ma carte bancaire ? Et si ce n’était qu’une simple arnaque”, pense notre cyber-consommateur en herbe, qui décide malgré tout de tenter l’expérience. Il suit les instructions : saisie du numéro de la carte bancaire, sa date de validité, et code en 3 chiffres au dos de la carte de paiement. Silence religieux, pendant que la plateforme de paiement électronique vérifie ces données. Et en moins d’une minute, Nabil reçoit la confirmation de sa réservation sur sa boîte mail. La tension est retombée. Détendu, Nabil se remet à rêver à ses vacances tant attendues.

Volumes médiocres, offre réduite
Comme Nabil, 22 000 Marocains ont payé un bien ou un service par Internet depuis que le e-commerce est devenu opérationnel, en novembre 2007. En comparaison avec les 5,4 millions de cartes bancaires en circulation, le paiement en ligne en est encore à ses balbutiements. Tout au long de l’année 2008, les achats payés par Internet ont cumulé un chiffre d’affaires de 38 millions de dirhams, avec une moyenne de 2500 dirhams par transaction. Mais les opérateurs tablent sur le doublement du chiffre d’affaires dès l’année 2009 pour atteindre les 80 millions de dirhams. “Les sites locomotifs ne se sont mis au paiement par carte qu’en 2009 : Maroc Telecom, Lydec, AirArabia, RAM,etc. Ce mode de paiement prendra donc sa vitesse de croisière en 2010”, assure Rachida Benabdallah, directrice générale du Centre monétaire interbancaire (plate-forme chargée d’exécuter le paiement entre différentes banques). Et pour cause, la billetterie et le paiement des factures se taillent la part du lion dans le montant global des paiements en ligne avec 50% du chiffre d’affaires (au premier semestre 2009). Les opérateurs misent d’ailleurs gros sur ce genre de prestation pour familiariser les consommateurs avec le paiement en ligne et gagner leur confiance.
En effet, de l’aveu même des professionnels, l’utilisation d’Internet pour effectuer et (surtout) régler ses achats, ne fait pas encore partie des habitudes de consommation. “Le Marocain aime trop le cash”, répètent en chœur les opérateurs pour justifier l’absence d’engouement pour ce mode de paiement. “Pour le consommateur local, louer une voiture en ligne est encore considéré comme un luxe”, renchérit un responsable d’Europcar. Outre la perception des consommateurs, des données fondamentales limitent l’accessibilité à ce mode de paiement : un taux d’analphabétisme toujours élevé (42%), la fracture numérique (3 connexions Internet pour 100 habitants), et le niveau quasi insignifiant de bancarisation des Marocains (30%) sont autant de freins au développement du e-commerce. Mais “tous ces facteurs nous laissent optimistes quant au potentiel de ce moyen de paiement”, nuance un responsable de Maroc Télécommerce, la plate-forme qui permet d’abriter les sites marocains marchands.

Cartes marocaines non grata
Last but not least, le paiement électronique pâtit au Maroc de la rigidité du régime des changes. Mis à part les cartes de paiement internationales, les cartes bleues marocaines sont non grata sur les sites marchands étrangers. Pourtant, au lancement du paiement en ligne, les opérateurs parlaient d’une nouvelle circulaire de l’Office des changes qui permettrait de disposer d’une dotation de 10 000 dirhams (en plus de la dotation touristique plafonnée à 20 000 dirhams par an) par personne pour pouvoir payer des biens et services à l’international. Deux ans plus tard, cette circulaire n’a pas encore vu le jour, et ce n’est pas le niveau actuel des réserves en devises de Bank Al-Maghrib qui laisserait espérer sa promulgation.
Quant aux offres marocaines, payables en dirhams, elles restent cruellement réduites. Jusqu’à fin 2008, on ne recensait pas plus de 40 sites affiliés à Maroc Télécommerce. Mais là encore, les opérateurs ne perdent pas confiance : ils comptent finir l’année 2009 avec une centaine de sites marchands sur la Toile marocaine. Néanmoins, cela devrait passer par une révolution dans les mentalités des commerçants. Rares parmi eux sont ceux qui se montrent enthousiastes par rapport à ce mode de paiement, et la plupart se plaignent plutôt du coût élevé de la mise en ligne et de l’entretien d’un site de cyber-achat. “Pourtant, il est moins coûteux pour une PME d’ouvrir un site d’achat en ligne que de déployer un large réseau commercial”, rétorque-t-on du côté de Maroc Télécommerce. Et il y a aussi les contraintes de l’économie mondiale qui imposent parfois à des sociétés d’avoir une plus grande visibilité. “Certaines entreprises qui opèrent dans un secteur comme le tourisme, sont condamnées à mourir si elles n’entrent pas dans la Toile pour vendre leurs services”, ajoute notre source. En fait, commerçants comme consommateurs peinent à trouver leurs marques par rapport au paiement en ligne. Trop virtuel ?

Paiement online.
Les questions qui se posent Est-ce suffisamment sécurisé ?
Les échanges entre le cyberacheteur et la plateforme e-commerce obéissent à des normes de cryptage exigées par Visa et Mastercard. Des normes qui garantissent la confidentialité et l’intégrité des données échangées, le tout sous la supervision du Centre monétaire interbancaire (CMI) qui traite déjà toutes les opérations monétiques au royaume.

Combien ça coûte ?
Pour chaque opération, c’est le vendeur qui paye des frais. Au-delà des charges de mise en place qui varient entre 1000 à 3000 DH et d’un abonnement mensuel (250 DH), pour chaque transaction, le commerçant paie une commission de 2 à 3,5% (en fonction du secteur d’activité) que se partagent Maroc Télécommerce et le CMI. Ce dernier reverse d’ailleurs une bonne partie de sa commission à la banque émettrice de la carte de paiement.

Que faire en cas de fraude ?
En cas de doute sur une transaction, l’acheteur peut toujours saisir sa banque qui, à son tour, alerte le CMI pour enquêter sur les détails de la transaction contestée. En cas de fraude avérée, la victime est remboursée. “On n’a encore jamais connu un tel incident”, affirme notre source au CMI. Normal, vu le volume négligeable des achats en ligne.

 
 
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