N° 382
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

SAHARA. Négociations informelles, mode d’emploi
PARLEMENT. Un air de vacances
PARTIS. Après les élections, les millions
FAITS-DIVERS. Crimes en famille
L'ACTU MAROC



Par Driss Bennani

SAHARA. Négociations informelles, mode d’emploi
(AFP)

Loin des médias, et de Manhasset, le Maroc et le Polisario devraient bientôt (re)négocier. Que va-t-il se passer ?


Selon toute vraisemblance, le Maroc et le Polisario s’apprêtent à tenir une nouvelle série de négociations autour de l’avenir du Sahara. Mais contrairement à celles de Manhasset aux Etats-Unis, ces rencontres devraient rester informelles, selon le jargon onusien. “Cela veut simplement dire que les délégations seront plus petites et que les médias seront tenus à l’écart de ces rencontres. Les deux parties se
retrouveront en tête à tête pour des discussions libres et non engageantes”, explique un dignitaire sahraoui, qui a suivi de très près plusieurs rounds de négociations entre le Maroc et le Polisario. Jusqu’à présent, le Polisario est le seul à communiquer autour de ces nouvelles rencontres. Il y a une semaine, Mohamed Abdelaziz proposait, depuis Cuba où il se trouvait en visite officielle, la tenue de ces négociations informelles à Vienne, en Autriche. Cette semaine, c’est Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario, qui affirmait qu’un “nouveau round informel de négociations préliminaires pourrait se tenir fin juillet dans un pays européen”. Du côté marocain, c’est le silence radio. Le ministère des Affaires étrangères préfère ne pas commenter ces déclarations, même si des cadres de ce département annoncent ce nouveau round de négociations comme “imminent et, de toutes les manières, incontournable puisque piloté par l’ONU”.

La touche Ross
C’est même l’une des principales recommandations du secrétaire général de l’ONU à son nouvel envoyé spécial, l’Américain Christopher Ross. Après deux tournées dans la région, le successeur de Peter Van Walsum est arrivé à une conclusion majeure : les conditions d’une reprise de pourparlers directs et officiels ne sont pas réunies. Cela signifierait-il l’échec des négociations de Manhasset ? “Oui, répond un membre du Corcas qui a préféré garder l’anonymat. Les négociations américaines entre le Maroc et le Polisario n’ont abouti à rien de concret. Si ce n’est cette déclaration de Van Walsum décrivant l’option de l’indépendance comme irréaliste. Normalement, ces négociations officielles devaient être précédées par des rencontres informelles qui auraient servi à définir un code de conduite et des objectifs communs à atteindre. C’est ce qu’essaie de faire Ross aujourd’hui”, conclut notre observateur.
Soit, mais cela comporte un risque majeur pour le Maroc. Les deux parties doivent remettre les compteurs à zéro, c’est le propre des négociations informelles. Mais cela n’arrange pas le Maroc qui a déjà obtenu du secrétaire général de l’ONU une précieuse recommandation : celle de tenir compte des avancées réalisées depuis avril 2007 (et donc du plan d’autonomie marocain) et de la résolution 1318, appelant à une solution politique négociée au lieu d’un référendum impossible. “En fait, commente notre observateur, cette situation est surtout embarrassante pour Christopher Ross qui doit jouer à l’équilibriste. A l’international, il jouit de la même réputation qu’un James Baker par exemple. Il reste sensible aux principes des droits de l’homme et de l’autodétermination, également chers à la nouvelle administration américaine. Il doit même avoir des pistes de résolution en tête et ces négociations informelles devraient simplement lui permettre de tâter le terrain, avant de dévoiler ses plans pour la région”.

Et l’autonomie ?
Dans l’absolu, l’histoire du Maroc avec ces négociations informelles n’est pas très heureuse. Les dernières, tenues en 2000 à Genève, Berlin et Londres avaient débouché sur le fameux plan Baker II prévoyant une période transitoire d’autonomie de 5 ans, suivie d’un référendum incluant l’option de l’indépendance. Le Maroc avait sèchement rejeté ce plan, ce qui avait même provoqué la démission de Baker. Aujourd’hui, la donne a changé. Un nouveau plan d’autonomie a été mis sur la table par la partie marocaine. En plus d’être salué par plusieurs puissances de par le monde, l’ONU l’a bel et bien retenu comme une piste sérieuse pour la résolution du conflit. Tout indique donc que la délégation marocaine (probablement la même que celle de Manhasset) ira défendre le même plan, avec les mêmes arguments. “Mais cette fois, les deux parties seront un peu plus libres dans leurs négociations, nuance un cadre au ministère des Affaires étrangères. Le Maroc peut par exemple créer des dissensions au sein de la direction du Polisario ou aller plus loin dans son opération de séduction de certains négociateurs. Théoriquement, l’Algérie ne sera pas présente à ces rencontres, c’est un avantage considérable pour le Maroc”. Peut-on pour autant parier sur une réelle avancée dans ce conflit, déjà vieux de 34 ans ? Rien n’est moins sûr. Selon différents observateurs, aucune des grandes puissances mondiales n’est pressée de résoudre ce conflit, à condition de rester sous contrôle. “Tout au plus, affirme ce militant associatif à Laâyoune, Ross recommandera l’élargissement des prérogatives de la Minurso à l’observation des droits de l’homme au Sahara. Ce que le Maroc refusera”. Et le plan d’autonomie dans tout cela ? “L’autonomie est une solution politique à un conflit territorial, répond un haut cadre aux Affaires étrangères. Il ne sera mis en œuvre qu’en total accord avec l’ONU avec comme unique objectif, celui de clore définitivement ce dossier. Cela dit, le Maroc peut très bien aller vers une régionalisation poussée à laquelle le roi a déjà appelé dans un de ses discours”. Selon un membre du Corcas : “Le roi pourrait même rencontrer personnellement certains dirigeants du Polisario et jouer sur la symbolique d’une pareille initiative pour rassurer les populations sahraouies”. Mohammed VI, alors prince héritier, avait déjà rencontré des responsables du Front en 1997. Ces derniers ont d’ailleurs toujours affirmé qu’ils n’avaient aucun problème avec le roi du Maroc. Certains, appartenant au mouvement dissident Khat Achahid, ont même déjà appelé Mohammed VI à leur ouvrir les portes de son Palais.

 
 
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