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Par Driss Bennani
SAHARA. Négociations informelles, mode demploi
Loin des médias, et de Manhasset, le Maroc et le Polisario devraient bientôt (re)négocier. Que va-t-il se passer ?
Selon toute vraisemblance, le Maroc et le Polisario sapprêtent à tenir une nouvelle série de négociations autour de lavenir du Sahara. Mais contrairement à celles de Manhasset aux Etats-Unis, ces rencontres devraient rester informelles, selon le jargon onusien. Cela veut simplement dire que les délégations seront plus petites et que les médias seront tenus à lécart de ces rencontres. Les deux parties se |
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retrouveront en tête à tête pour des discussions libres et non engageantes, explique un dignitaire sahraoui, qui a suivi de très près plusieurs rounds de négociations entre le Maroc et le Polisario. Jusquà présent, le Polisario est le seul à communiquer autour de ces nouvelles rencontres. Il y a une semaine, Mohamed Abdelaziz proposait, depuis Cuba où il se trouvait en visite officielle, la tenue de ces négociations informelles à Vienne, en Autriche. Cette semaine, cest Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario, qui affirmait quun nouveau round informel de négociations préliminaires pourrait se tenir fin juillet dans un pays européen. Du côté marocain, cest le silence radio. Le ministère des Affaires étrangères préfère ne pas commenter ces déclarations, même si des cadres de ce département annoncent ce nouveau round de négociations comme imminent et, de toutes les manières, incontournable puisque piloté par lONU.
La touche Ross
Cest même lune des principales recommandations du secrétaire général de lONU à son nouvel envoyé spécial, lAméricain Christopher Ross. Après deux tournées dans la région, le successeur de Peter Van Walsum est arrivé à une conclusion majeure : les conditions dune reprise de pourparlers directs et officiels ne sont pas réunies. Cela signifierait-il léchec des négociations de Manhasset ? Oui, répond un membre du Corcas qui a préféré garder lanonymat. Les négociations américaines entre le Maroc et le Polisario nont abouti à rien de concret. Si ce nest cette déclaration de Van Walsum décrivant loption de lindépendance comme irréaliste. Normalement, ces négociations officielles devaient être précédées par des rencontres informelles qui auraient servi à définir un code de conduite et des objectifs communs à atteindre. Cest ce quessaie de faire Ross aujourdhui, conclut notre observateur.
Soit, mais cela comporte un risque majeur pour le Maroc. Les deux parties doivent remettre les compteurs à zéro, cest le propre des négociations informelles. Mais cela narrange pas le Maroc qui a déjà obtenu du secrétaire général de lONU une précieuse recommandation : celle de tenir compte des avancées réalisées depuis avril 2007 (et donc du plan dautonomie marocain) et de la résolution 1318, appelant à une solution politique négociée au lieu dun référendum impossible. En fait, commente notre observateur, cette situation est surtout embarrassante pour Christopher Ross qui doit jouer à léquilibriste. A linternational, il jouit de la même réputation quun James Baker par exemple. Il reste sensible aux principes des droits de lhomme et de lautodétermination, également chers à la nouvelle administration américaine. Il doit même avoir des pistes de résolution en tête et ces négociations informelles devraient simplement lui permettre de tâter le terrain, avant de dévoiler ses plans pour la région.
Et lautonomie ?
Dans labsolu, lhistoire du Maroc avec ces négociations informelles nest pas très heureuse. Les dernières, tenues en 2000 à Genève, Berlin et Londres avaient débouché sur le fameux plan Baker II prévoyant une période transitoire dautonomie de 5 ans, suivie dun référendum incluant loption de lindépendance. Le Maroc avait sèchement rejeté ce plan, ce qui avait même provoqué la démission de Baker. Aujourdhui, la donne a changé. Un nouveau plan dautonomie a été mis sur la table par la partie marocaine. En plus dêtre salué par plusieurs puissances de par le monde, lONU la bel et bien retenu comme une piste sérieuse pour la résolution du conflit. Tout indique donc que la délégation marocaine (probablement la même que celle de Manhasset) ira défendre le même plan, avec les mêmes arguments. Mais cette fois, les deux parties seront un peu plus libres dans leurs négociations, nuance un cadre au ministère des Affaires étrangères. Le Maroc peut par exemple créer des dissensions au sein de la direction du Polisario ou aller plus loin dans son opération de séduction de certains négociateurs. Théoriquement, lAlgérie ne sera pas présente à ces rencontres, cest un avantage considérable pour le Maroc. Peut-on pour autant parier sur une réelle avancée dans ce conflit, déjà vieux de 34 ans ? Rien nest moins sûr. Selon différents observateurs, aucune des grandes puissances mondiales nest pressée de résoudre ce conflit, à condition de rester sous contrôle. Tout au plus, affirme ce militant associatif à Laâyoune, Ross recommandera lélargissement des prérogatives de la Minurso à lobservation des droits de lhomme au Sahara. Ce que le Maroc refusera. Et le plan dautonomie dans tout cela ? Lautonomie est une solution politique à un conflit territorial, répond un haut cadre aux Affaires étrangères. Il ne sera mis en uvre quen total accord avec lONU avec comme unique objectif, celui de clore définitivement ce dossier. Cela dit, le Maroc peut très bien aller vers une régionalisation poussée à laquelle le roi a déjà appelé dans un de ses discours. Selon un membre du Corcas : Le roi pourrait même rencontrer personnellement certains dirigeants du Polisario et jouer sur la symbolique dune pareille initiative pour rassurer les populations sahraouies. Mohammed VI, alors prince héritier, avait déjà rencontré des responsables du Front en 1997. Ces derniers ont dailleurs toujours affirmé quils navaient aucun problème avec le roi du Maroc. Certains, appartenant au mouvement dissident Khat Achahid, ont même déjà appelé Mohammed VI à leur ouvrir les portes de son Palais. |
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