N° 382
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

CHINE. Une mosaïque fragile
L'ACTU MONDE



Par Samir Achehbar

CHINE. Une mosaïque fragile
Près de 186 personnes ont trouvé la mort lors des affrontements. (AFP)

La province du Xinjiang, à majorité musulmane, a été le théâtre de violences ethniques. Détails.


A près le Tibet, en mars 2008, voici venu le tour du Xinjiang (région à majorité musulmane du nord-ouest de la Chine), d’être endeuillé par des émeutes. Près de 186 personnes ont trouvé la mort dimanche 5 juillet dans la capitale de la province, Urumqi, selon un bilan officiel, dans ce qui semble être le premier incident ethnique depuis très longtemps. En encourageant des Chinois de l’ethnie Hans, majoritaire
dans toute la Chine, à s’installer dans la province, pour diluer la masse musulmane des 8 millions de Ouïgours turcophones, le pouvoir central a créé une situation explosive. De plus, les velléités séparatistes des musulmans de la province du Xinjiang, qui jouit d’une large autonomie mais toujours sous surveillance du pouvoir central, sont vues d’un mauvais œil par les autorités chinoises, qui n’hésitent pas à employer la force pour les réprimer.
Deux versions s’opposent pour expliquer l’origine des émeutes. Les populations locales pointent du doigt les autorités, coupables selon elles d’avoir réprimé une manifestation pacifique, qui demandait que la lumière soit faite sur l’assassinat de deux Ouïgours, survenu la même semaine. L’autre version, celle de Pékin, accuse la population locale de s’être livrée à des pillages et d’avoir attaqué des passants appartenant à l’ethnie Hans. Les autorités voient derrière ces troubles la main des Ouïgours de l’étranger, représentés par Rabiya Kadeer, porte-parole de la communauté installée aux Etats-Unis. Voire la main d’Al Qaïda. Mais les Ouïgours de la province, qui ont manifesté en brandissant le drapeau chinois, réfutent les accusations de séparatisme, demandant simplement que leur communauté ne soit plus la cible de discrimination.

Les silences de la communauté internationale
Vu la gravité de la situation, le président Hu Jintao a quitté précipitamment le G8 qui se tenait en Italie le 6 juillet. Les autorités ont déployé un impressionnant dispositif de sécurité, instauré un couvre-feu, encore en vigueur dans Urumqi, capitale de la province et théâtre des événements, et même interdit la prière du vendredi en fermant les mosquées le vendredi 10. Mais, les incidents ont repris le week-end du 11 et 12 juillet. Et si, aujourd’hui, les choses se sont tassées, elles ne sont pas pour autant réglées. Les deux communautés, ouïgoure et han, se regardent désormais en chiens de faïence, dans l’attente du moindre relâchement sécuritaire pour passer à l’attaque.
Pendant ce temps, la communauté internationale observe un silence pour le moins inquiétant. Car, désormais, la Chine est une puissance économique et militaire que l’Occident doit ménager. Les événements du Xinjiang n’ont ainsi déclenché aucune réaction officielle. Mis à part quelques ONG, telles Amnesty International ou Human Rights Watch, qui ont dénoncé les massacres et le double jeu des autorités chinoises, seule la Turquie a dénoncé ce que son Premier ministre Tayyip Erdogan a qualifié de génocide.

 
 
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