|
Par Karim Boukhari
|
k.boukhari@telquel.info (DR)
|
La vérité et plus
Il sappelle Abdelhak Rouissi, il a été enlevé en 1964 et il passe, depuis, pour le plus ancien disparu du Maroc. Son corps, ou ce quil en reste, vient enfin dêtre formellement identifié, prélèvements et tests ADN à lappui. Abdelhak reposait depuis de longues décennies dans une sorte de fosse commune près de Casablanca, son corps fait partie de ceux qui ont été retrouvés grâce au travail de la défunte IER, linstance mise sur pied par Mohammed VI pour faire la lumière sur les années de plomb. Aujourdhui, Abdelhak Rouissi sera de nouveau enterré et pleuré par ses frères, ses surs, ses neveux et ses nièces. Son père la attendu |
|
pendant 16 ans, et sa mère près de 40 ans. Les deux ont rendu lâme
Je vous invite à faire un bout de réflexion ensemble : imaginons le nombre de kilomètres parcourus, de personnes rencontrées, despoirs grandis puis cassés, imaginons le nombre de couverts servis pour personne, de prières dédiées au vide, de fausses promesses, de regards moqueurs ou terrifiés, imaginons les milliers de nuits blanches, perdues à rêver, à imaginer, à se retourner dans tous les sens, à se dire demain, demain, demain
En réalité, lémotion qui touche la famille Rouissi gagnera tout le tissu démocratique de ce pays. Ce qui vient de se passer est tout de même extraordinaire. Retrouver la trace dun si vieux disparu, et finir par identifier son corps (la famille a dû recourir à deux tests ADN et attendre trois longues années avant darriver au bout de sa peine), préparer un deuil sans cesse différé depuis 45 ans, excusez-moi lexpression, mais voilà qui nous fout dans une vraie pagaille émotionnelle. Cela réveille bien des blessures. Et rouvre des portes que lon croyait scellées. Avec le cas Rouissi, et alors que la famille a enfin la possibilité de faire son deuil, comment résister à la tentation den savoir plus, daller plus loin, de connaître ce qui sest passé et qui a été responsable de quoi ? Cest humain. Même si cest périlleux. Entre nous, quand on sait, quand on comprend, comment peut-on sinterdire de juger ? Vous le savez bien, cest à peu près impossible. Juger ne revient pas à signer un acte dinsubordination politique. Cest juste répondre à un besoin individuel, collectif, que lon peut appeler catharsis. Et que certains, paranoïaques, appellent désordre et mise en péril des institutions de ce pays. Mais non. Au fond, ces interrogations nous ramènent quelques années en arrière, au temps de lIER, quand le débat contradictoire faisait rage entre les partisans de la vérité nue (que sont devenus les disparus, que sont devenus leurs corps ?) et les partisans de la vérité et plus (qui les a enlevés, qui les a tués ?). A lépoque, les premiers lavaient emporté dune courte tête. Parce que, au sommet de lEtat, on en a décidé ainsi. Ce qui, vu le contexte, nétait pas si inopportun. Mais tant quil y aura des Ben Barka et des Manouzi à retrouver, et à pleurer, on ne peut pas dire que le parti-pris de la vérité nue, simplement nue, et rien que nue, a réellement gagné la partie.
Le trésor des quinquas
Le Nouvel Observateur nous explique, dans sa livraison de la semaine dernière, que A 50 ans, tout est possible. Le tout en question englobe bien sûr ce à quoi vous pensez : le sexe. Et bien dautres jolis recoins. Pour tenter de nous convaincre, le magazine convoque des stars du showbiz comme Sharon Stone, George Clooney, Yannick Noah ou la tumultueuse (demandez à ceux qui ont croisé son chemin sur le tournage dun film marocain, un certain été 2000) Victoria Abril. Qui édictent, à leur manière, les plaisirs (si, si) et les malheurs dêtre quinqua. Sinon, il est amusant de lire, comme le rappelle le journal, que les dictionnaires du 17ème siècle définissaient le vieillard comme étant, simplement, un homme à partir de 40 ans. Bon, heureusement que cela a changé depuis. Et que, aujourdhui, on nest peut-être vieux quà partir du moment où lon se dit : Mais où on va, là ?. Vieux, donc, et insouciant, sil vous plaît. Car la délicieuse Carole Bouquet nous rassure en avouant, toujours dans le Nouvel Observateur : A 20 ans, on est insouciant. Peut-être quen vieillissant, je vais le redevenir. Amis quinquas, détendez-vous, faites comme dans Cocoon et plongez dans une eau fraîche et bénite à vous électriser la peau. |
|