N° 382
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

La vérité et plus
Il s’appelle Abdelhak Rouissi, il a été enlevé en 1964 et il passe, depuis, pour le plus ancien disparu du Maroc. Son corps, ou ce qu’il en reste, vient enfin d’être formellement identifié, prélèvements et tests ADN à l’appui. Abdelhak reposait depuis de longues décennies dans une sorte de fosse commune près de Casablanca, son corps fait partie de ceux qui ont été retrouvés grâce au travail de la défunte IER, l’instance mise sur pied par Mohammed VI pour faire la lumière sur les années de plomb. Aujourd’hui, Abdelhak Rouissi sera de nouveau enterré et pleuré par ses frères, ses sœurs, ses neveux et ses nièces. Son père l’a attendu
pendant 16 ans, et sa mère près de 40 ans. Les deux ont rendu l’âme… Je vous invite à faire un bout de réflexion ensemble : imaginons le nombre de kilomètres parcourus, de personnes rencontrées, d’espoirs grandis puis cassés, imaginons le nombre de couverts servis pour personne, de prières dédiées au vide, de fausses promesses, de regards moqueurs ou terrifiés, imaginons les milliers de nuits blanches, perdues à rêver, à imaginer, à se retourner dans tous les sens, à se dire demain, demain, demain… En réalité, l’émotion qui touche la famille Rouissi gagnera tout le tissu démocratique de ce pays. Ce qui vient de se passer est tout de même extraordinaire. Retrouver la trace d’un si vieux disparu, et finir par identifier son corps (la famille a dû recourir à deux tests ADN et attendre trois longues années avant d’arriver au bout de sa peine), préparer un deuil sans cesse différé depuis 45 ans, excusez-moi l’expression, mais voilà qui nous fout dans une vraie pagaille émotionnelle. Cela réveille bien des blessures. Et rouvre des portes que l’on croyait scellées. Avec le cas Rouissi, et alors que la famille a enfin la possibilité de faire son deuil, comment résister à la tentation d’en savoir plus, d’aller plus loin, de connaître ce qui s’est passé et qui a été responsable de quoi ? C’est humain. Même si c’est périlleux. Entre nous, quand on sait, quand on comprend, comment peut-on s’interdire de juger ? Vous le savez bien, c’est à peu près impossible. Juger ne revient pas à signer un acte d’insubordination politique. C’est juste répondre à un besoin individuel, collectif, que l’on peut appeler catharsis. Et que certains, paranoïaques, appellent désordre et mise en péril des institutions de ce pays. Mais non. Au fond, ces interrogations nous ramènent quelques années en arrière, au temps de l’IER, quand le débat contradictoire faisait rage entre les partisans de la vérité nue (que sont devenus les disparus, que sont devenus leurs corps ?) et les partisans de la vérité “et plus” (qui les a enlevés, qui les a tués ?). A l’époque, les premiers l’avaient emporté d’une courte tête. Parce que, au sommet de l’Etat, on en a décidé ainsi. Ce qui, vu le contexte, n’était pas si inopportun. Mais tant qu’il y aura des Ben Barka et des Manouzi à retrouver, et à pleurer, on ne peut pas dire que le parti-pris de la vérité nue, simplement nue, et rien que nue, a réellement gagné la partie.


Le trésor des quinquas
Le Nouvel Observateur nous explique, dans sa livraison de la semaine dernière, que “A 50 ans, tout est possible”. Le “tout” en question englobe bien sûr ce à quoi vous pensez : le sexe. Et bien d’autres jolis recoins. Pour tenter de nous convaincre, le magazine convoque des stars du showbiz comme Sharon Stone, George Clooney, Yannick Noah ou la tumultueuse (demandez à ceux qui ont croisé son chemin sur le tournage d’un film marocain, un certain été 2000) Victoria Abril. Qui édictent, à leur manière, les plaisirs (si, si) et les malheurs d’être quinqua. Sinon, il est amusant de lire, comme le rappelle le journal, que les dictionnaires du 17ème siècle définissaient le vieillard comme étant, simplement, “un homme à partir de 40 ans”. Bon, heureusement que cela a changé depuis. Et que, aujourd’hui, on n’est peut-être vieux qu’à partir du moment où l’on se dit : “Mais où on va, là ?”. Vieux, donc, et insouciant, s’il vous plaît. Car la délicieuse Carole Bouquet nous rassure en avouant, toujours dans le Nouvel Observateur : “A 20 ans, on est insouciant. Peut-être qu’en vieillissant, je vais le redevenir”. Amis quinquas, détendez-vous, faites comme dans Cocoon et plongez dans une eau fraîche et bénite à vous électriser la peau.

 
 
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