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De Youssef Ziraoui
Le Jazz ma sauvé
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Philippe Lorin
Fondateur de Tanjazz (TNIOUNI)
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Antécédents
| 1941. |
Naissance à Antibes. |
| 1961. |
Master de Lettres Classiques à la Sorbonne |
| 1961. |
Service militaire, en France, puis en Algérie |
| 1963. |
Intègre lagence Publicis |
| 1993. |
Perd sa femme et sinstalle à Tanger |
| 1997. |
Se remarie |
| 2000. |
Lance Tanjazz |
| 2008. |
Crée le festival Tanger Latina |
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Le PV
Complexe. Un mot qui résume bien la personnalité de Philippe Lorin, fondateur de Tanjazz. Bien né, il refuse dintégrer lEcole normale supérieure. A la rue dUlm, il préfère la Sorbonne. Enrôlé dans larmée, hélas soupire-il, il dit pourtant nen garder que de bons souvenirs. En mai 1968, Lorin nest pas un hippie baba cool, mais un jeune cadre dynamique qui fait carrière dans la réclame. Mélomane mais pas (vraiment) musicien, amateur de théâtre, son paternel le dissuade de se lancer dans le métier de comédien : Je ne devais pas être assez sûr de moi pour affronter mon père, confie-t-il. Un père athée, une maman juive ultra-pratiquante, Lorin est déiste, sans plus (disons que je vis dans la certitude et je mourrai perplexe, résume-t-il). Au milieu des années 1990, le publiciste retraité sinstalle dans la ville du détroit, à une époque où Tanger enregistrait de fréquentes coupures deau, une ville pas tout à fait nickel, un peu déglinguée, décrit-il, qui ne me ressemble pas. Complexe, on vous dit.
Smyet bak ?
Jacques Lorin
Comme ça, vous comprenez la darija ?
Chouya, vous pouvez y aller.
Smyet mok ?
Simone Abravanel.
Nimirou dla carte
dsijour ?
901106U.
Tanjazz, que vous avez créé il y a dix ans, a fait des émules. Vous nêtes pas un peu jaloux des autres festivals qui empiètent sur vos platebandes ?
Non, je suis un thuriféraire du jazz dans ce pays. Tous les événements apparentés à Tanjazz me réjouissent. Maintenant, excusez-moi mais, Gloria Gaynor invitée à Jazzablanca, je trouve que ça ne fait pas très jazz.
Votre jazzman préféré ?
Miles Davis, celui que jécoute le plus souvent.
Dans une autre vie, vous auriez aimé être black et habiter Harlem ?
Oui, pourquoi pas ? Jaurais bien habité Harlem entre 1942 et 1960
Il paraît que vous êtes un peu musicien. Vous jouez du piano debout ?
De la batterie en fait, un peu de contrebasse aussi. Jai encore deux batteries que je sors pendant le festival, car si on ne pratique pas, ça se perd.
La nouvelle scène marocaine vous inspire quoi ?
Je connais bien. à Tanjazz, nous avons même une grande scène gratuite pour les groupes de la nouvelle scène. Je les écoute parfois, les Fnaïre, H-Kayne. Souvent, ce sont des groupes intéressants, après, ils sont plus ou moins professionnels. On sent les influences reggae, rap, raï, slam, etc. Peut-être faudrait-il explorer de nouvelles voies musicales.
Les Fnaïre et leur rap traditionnel, ça vous fait swinguer ou grincer des dents ?
Je citerai Voltaire : Je hais vos idées, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez les exprimer.
Vous qui êtes publiciste, un petit slogan pour le Maroc, à la place du plus beau pays du monde?
Là, tout de suite, ça va être difficile, je nai pas lhabitude de pondre des accroches en deux minutes. Disons, Plus on connaît, plus on aime
Vous avez une superbe villa, la seule dailleurs, au Cap Spartel. Il paraît que vous nêtes pas content quon construise à côté.
On construit actuellement un café et un petit gîte au Cap. Si ces gens ont une autorisation, ça ne me pose aucun problème
Plutôt Méditerranée ou Atlantique ?
Jhabite à leur point de rencontre. Mais plutôt Méditerranée. Petit, je passais mes vacances dans le sud de la France, où jallais pêcher des petits poissons pour la bouillabaisse.
A Tanger, vous fréquentez la haute ?
Je fréquente de tout, des gens de léquipe du festival, des jeunes et, finalement, très peu de Français.
Vous êtes amis avec Pierre Casalta, le patron de Médi1 ?
Pas vraiment. Jai été interviewé quelquefois à Médi1. Casalta me recevait quelques minutes dans son bureau pour me parler de sa vie, son uvre. Cest quelquun quon dit fort désagréable, pourtant, il a été très chaleureux avec moi.
Vous nêtes pas un peu orientaliste sur les bords ?
En tout cas, je ne suis pas nostalgique de la période du protectorat. Le Tanger davant a sa place au musée. Mais jaime remonter le temps, cest sûr.
Il paraît que votre femme se plaint que vous ayez la bougeotte.
Ah bon, je vais sortir la zarouata alors (explose de rire). En tout cas, elle ne sen plaint pas à moi directement. Mais cest vrai que je ne peux pas rester oisif, à moccuper de mes plantes. Je ne suis pas un légume.
Votre péché capital ?
Limpatience.
Ce nest pas vraiment un péché capital
Cest vrai
(réfléchit). Disons lorgueil, mais pas dans le sens de vanité. Je suis quelquun quon blesse très facilement en fait. Du coup, je ménerve, et puis après, les gens me font la tête.
Internet, Facebook, ça vous parle ?
Facebook, ça ne me dit rien, je ny suis pas dailleurs, mais jaime surfer sur Myspace, découvrir les profils dartistes, me documenter sur le théâtre, la musique.
La dernière fois que vous avez pleuré ?
A la mort de ma première épouse, jai beaucoup pleuré, surtout le soir, quand je me retrouvais seul. Et puis, plus récemment, jai failli pleurer en lisant un papier non signé dans un journal tangérois, où ils ont été ignobles avec moi.
Plutôt couche-tôt ou couche-tard ?
Couche-tard pendant le festival, où je mendors à lheure à laquelle je me lève habituellement. Le reste de lannée, je suis super couche-tôt, lever à 6 heures du matin, je promène mon chien et je fais un peu de gym, car la bête (il parle de lui, ndlr) se fait vieille, je reçois des amis aussi.
Cool, la vie
Oui, la vie est un beau cadeau. Jaimerais juste dormir moins de huit heures par jour, car jai limpression de perdre mon temps.
Quelle qualité faut-il pour devenir votre ami ? Etre beau, riche, célèbre ? Les trois à la fois ?
Rien de tout ça, cest comme pour les couples, il faut avoir des atomes crochus. Je suis né dans une famille bourgeoise, mais le jazz ma sauvé. Dans un groupe, vous pouvez avoir un saxophoniste banquier, un trompettiste ouvrier, etc.
Vous regrettez davoir fait larmée ?
Oui et non. Quelque part, je suis aussi content davoir fait mon service militaire, parce que cela permet de sortir du ghetto de la bourgeoisie. Cest dommage quil ne soit plus obligatoire, même si mes petits-enfants me prennent pour un gros con réac quand je dis ça (rires). Cela dit, quand jai fait mon service militaire, je navais pas trop le choix. A lépoque, même si on avait une jambe de bois, on nétait pas réformé pour autant.
Vous étiez du genre bon petit soldat ou plutôt rebelle ?
Mes opinions mont valu plusieurs séjours en prison quand jétais en Algérie. A lépoque, on navait même pas le droit de lire lExpress ou le Nouvel Obs. Mais jai eu la chance de ne pas être au combat, donc je nai rien fait que jaie eu à regretter. Jai même refusé de marcher sur Alger quand les généraux putschistes français ont tenté de renverser le pouvoir.
Vous êtes bagarreur ?
Pas du tout, je fais 1m88, donc comme tous les grands de taille, je suis plutôt indolent.
Croyant ?
Ça dépend des jours. Je connais bien le judaïsme, car ma mère est de confession juive. Je transmets les traditions à mes enfants, mais je suis loin dêtre un fanatique. Nen déplaise à ceux qui pensent le contraire. |
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