N° 382
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

MRE. L’enquête qui dit tout
SOCIÉTÉ. P’ritch à la carte



Editing Fahd Iraqi

MRE. L’enquête qui dit tout
(AFP)

Un sondage mené par le CCME, en collaboration avec le réputé cabinet BVA, cerne au plus près le profil des Marocains de la diaspora. Synthèse.


On les appelle les zmagria. On les reconnaît à leur accent, à l’immatriculation de leurs voitures, à leurs looks. C’est à peu près tout. Au-delà des stéréotypes et des clichés, que sait-on vraiment de nos MRE ? Les statistiques officielles se sont toujours limitées à compter le flux de personnes et de voitures en transit, en plus des transferts en
devises. L’étude, qui vient d’être rendue publique par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME, structure mise en place par le roi en décembre 2007 et présidée par Driss Yazami), comble le vide. Et le sondage mené par le très réputé cabinet parisien BVA auprès de 2819 MRE installés dans six pays du Vieux continent dégage des chiffres qui en disent plus long que des décennies de slogans et de discours.

60% transfèrent des fonds au Maroc
Six personnes sur dix déclarent apporter “un soutien direct et individuel à la famille au Maroc”. Le soutien en question peut prendre la forme de virements bancaires, parfois d’investissements au bled. 24% sont ainsi propriétaires terriens et 37% possèdent un bien immobilier au Maroc. Ils sont aussi nombreux à accéder à la propriété dans leur pays de résidence. Sur un autre plan, 13% possèdent un commerce dans le pays d’accueil, alors que 6% seulement ont des intérêts économiques au Maroc.

50% des MRE sont naturalisés
Ils sont Marocains, mais pas seulement. La moitié d’entre eux ont déjà la nationalité de leur pays de résidence, tandis que 28% ont entamé les démarches pour leur naturalisation. Pour les autres immigrés en situation légale, c’est toujours carte de séjour et passeport vert.

70% rentrent chaque année au pays
La famille, c’est sacré. Ils sont 80% à juger important “le maintien des liens familiaux avec le pays d’origine”. Près des trois-quarts se rendent au moins une fois par an au Maroc. La tendance ne semble pas en baisse auprès de la 2ème génération. Pourtant, le périple est souvent éprouvant. Même si peu de MRE osent s’exprimer sur les difficultés rencontrées (35% ont répondu à la question), le temps d’attente et les tracas administratifs viennent en tête des contraintes liées au retour. La corruption n’est pas passée sous silence : les pots-de-vin à la gendarmerie et à la douane sont cités spontanément par 24% et 17% des sondés. Ils se plaignent souvent d’un manque de reconnaissance de la part des autorités comme de la population marocaine. C’est notamment le cas de 54% de MRE de la 2ème génération.

58% sont satisfaits des avancées du Maroc
“Hamdoullah, tout va bien chez nous”. C’est ainsi que l’on peut résumer la perception des MRE de leur pays d’origine. 66% sont satisfaits des relations entre le Maroc et leur communauté, 58% sont conquis par les droits accordés aux femmes et par l’évolution économique du pays, 54% perçoivent des avancées en matière de droits de l’homme… Petite nuance : les interviewés se disent “plutôt satisfaits” et non pas “très satisfaits”. Autre constat significatif, la 2ème génération des MRE est nettement plus critique que la première. Au sujet des conditions économiques, 39% les jugent insatisfaisantes, 10 points de plus que les parents. Quant à la question des droits de l’homme, ce n’est plus un tabou. 94 % abordent ouvertement le sujet contre 87% pour la première génération. Enfin, les personnes exerçant des professions dites supérieures et les étudiants sont les plus critiques, avec 5 à 10 points d’insatisfaction de plus que la moyenne.

28% sont des ouvriers
En Espagne ou en Italie, ce taux flirte avec les 40%. Les proportions de cadres ou de professions intermédiaires sont très faibles avec respectivement 4 et 11%. Et c’est à la 2ème génération que l’on doit la majorité des MRE en costume-cravate : 5 % au lieu de 3% chez les aînés. Par ailleurs, 40% des MRE déclarent avoir connu une période de chômage au cours des trois dernières années. En termes de conditions de vie, 27% vivent “dans un logement social ou à loyer modéré”. Ce taux recule à 22% chez la deuxième génération.

88% sont mariés à des Marocain(e)s
Les couples mixtes représentent toujours une exception. D’autant que 67% des MRE de la première génération aimeraient voir leurs enfants épouser un(e) Marocain(e) et 78% insistent sur le mariage au sein de la communauté musulmane. La 2ème génération accorde de moins en moins d’importance à ce critère ethnique. 16% d’entre eux sont mariés à des personnes non originaires du bled, soit 4 points de plus que les parents. Et surtout, seuls 33% parmi eux estiment que le mariage avec une Marocaine est “très important”.

94% fréquentent des personnes de même origine
Les MRE sont décidément très communautaires. 62% déclarent avoir “beaucoup” de contacts avec des personnes de la même origine. Quant aux autres fréquentations, les échanges avec les autochtones sont plus importants (87%) qu’avec d’autres étrangers (72%). Chez la 2ème génération, les liens avec la communauté du pays de résidence sont encore plus importants : 62% disent fréquenter “beaucoup” les autochtones, contre 40% seulement pour leurs parents.

64% ne parlent pas marocain à la maison
Ce taux est encore plus fort chez la 2ème génération. Près des trois-quarts d’entre eux utilisent la langue du pays d’accueil dans leurs foyers. D’ailleurs, 95% des parents considèrent comme important le fait que leurs enfants maîtrisent cette langue. Il n’empêche que l’arabe dialectal comme l’amazigh sont assez maîtrisés par la 2ème génération. 87% des parents arabophones déclarent que leurs enfants s’expriment en darija, même si 34% seulement la parlent couramment. Chez les berbérophones, 66% des enfants s’expriment en amazigh, dont 24% couramment.

47% fréquentent régulièrement une mosquée
Près d’un MRE sur deux se rend régulièrement dans une mosquée. La plupart se déclarent “assez satisfaits” de leurs lieux de culte : 65% considèrent que les mosquées qu’ils fréquentent donnent une bonne image de l’islam et 73% jugent les prêches adaptés à leur vie. Ce sont évidemment les hommes qui remplissent les mosquées européennes : seules 29% de femmes y font régulièrement leurs prières. La fréquentation déclarée est assez corrélée au niveau de vie?: 64% chez les commerçants, 62% chez les ouvriers et 32% chez les cadres et professions supérieures.

52% voudraient vieillir au Maroc
Pour leurs vieux jours, une majorité des MRE aimerait rentrer au bercail. Ce n’est donc pas seulement pour les vacances annuelles qu’ils achètent des maisons au pays. Sauf que chez la 2ème génération, on hésite beaucoup plus. Seuls 23% des enfants de MRE déclarent envisager une installation définitive au Maroc.

Zoom Dis-moi où tu résides…
Italie
32% viennent de Casablanca et sont à 18% des commerçants.
40% des parents inscrivent leurs enfants à des activités organisées par des mosquées.
52% viennent au Maroc une fois par an et 38% songent y retourner pour leurs vieux jours.

France
67% suivent l’actualité politique du pays de résidence, soit 12 points de plus que la moyenne.
68% aident financièrement leurs familles au Maroc.
45% ont investi dans la construction ou l’achat de biens immobiliers au Maroc.

Espagne
31% possèdent des terres agricoles au Maroc, le taux le plus élevé parmi les MRE.
23% fréquentent quotidiennement les mosquées, contre 12% en moyenne.
70% envisagent de finir leur vie au Maroc.

Pays-Bas
64% pensent que les Hollandais ont une mauvaise image d’eux.
50% de la deuxième génération fréquentent régulièrement des mosquées.
52% songent vivre provisoirement ou définitivement au Maroc.

Allemagne
20% sont mariés hors de la communauté marocaine.
56% rentrent au moins une fois par an au Maroc.
41% transfèrent des fonds à leurs familles.

Belgique
55% sont propriétaires en Belgique alors que 28% seulement détiennent un bien au Maroc.
58% portent de l’intérêt à l’actualité politique du pays d’accueil.
65% rentrent au Maroc une fois par an.

 
 
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