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Par Meryem Saadi
CINÉMA. Hrash comme une image
Il sappelle Ismaël El Iraki et il sera
peut-être, demain, un grand cinéaste. Portrait.
Attention, la relève arrive. La sphère du cinéma marocain devra très bientôt compter avec un nouveau venu. Fraîchement diplômé de la prestigieuse école française de cinéma La Fémis (école nationale supérieure des métiers de limage et du son), Ismaël El Iraki, 26 ans, fait déjà parler de lui à létranger. Son premier court-métrage, Carcasse, a remporté en mai dernier un prix dans le cadre du Short |
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film corner du Festival de Cannes. Hrash, son deuxième court-métrage - initialement son projet de fin détudes fait encore plus fort. Sélectionné dans une dizaine de festivals en Europe et en Amérique du Nord, il a décroché le prix du jury au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand, ainsi que le prix FNAC, récompensant les nouveaux talents. Ce court-métrage à la fois trash, profond et plein dhumour est la preuve en images que Ismaël El Iraki ne manque pas de talent. Et encore moins daudace.
Scorsese et les autres
Quand jétais au lycée, le cinéma marocain ménervait plus quautre chose, se souvient Ismaël El Iraki. A lépoque, le jeune Rbati, cinéphile et grand consommateur de cassettes VHS, fréquente régulièrement les cinéclubs, mais na alors aucune intention de devenir réalisateur. Le déclic se fait bien après le bac. Alors quil est à Paris pour des études de philosophie et de cinéma, il entend parler de La Fémis et décide de se présenter au concours dadmission de lécole, quil réussit sans grande difficulté. Pendant quatre ans, ce fan de Martin Scorsese, Spike Lee ou encore Jacques Audiard apprend le métier de réalisateur, et tourne une quinzaine de films, tous très différents. Parmi eux, un film fantastique gnaoui, un film de guerre, ou encore de gangsters. Des exercices dans lesquels le Maroc est toujours présent, dune manière ou dune autre. Cela ma toujours gêné que le règlement de notre école ne nous permette pas de tourner à létranger. Mais jai souvent contourné le problème en recréant des paysages marocains en studio, se rappelle lartiste. Pour son projet de fin détudes, il a enfin la possibilité de senvoler vers le Maroc, avec toute une équipe de techniciens. Pendant deux semaines, ils posent leurs valises et leurs caméras à Casablanca pour mettre en scène les galères de deux potes, Asaâd et Lwiyen.
Laventure Hrash
Pour son dernier court-métrage en tant quétudiant, Ismaël El Iraki ne fait pas dans la demi-mesure, conscient que cette production sera sa carte de visite. Le casting de Hrash na rien damateur. Le personnage principal est interprété par Saïd Bey (Rih El Bhar, Ex-Shamkar), et le méchant campé par Mourad Zaoui (Wake up Morocco, Kandisha). Léquipe se permet même un déplacement au Sahara, pour tourner les scènes de début et de fin du court-métrage. Nous avons également enregistré toute la voix off du film en plein milieu du désert, avec un magnétophone datant des années 1970, raconte El Iraki. Résultat ? Difficile de croire que Hrash nest quun projet de fin détudes. Les arrêts sur image, inspirés de Mean Streets de Martin Scorsese, donnent au film une touche particulière. Lamitié entre les deux personnages principaux du film de Scorsese ma également beaucoup inspiré pour Hrash, ajoute le réalisateur.
En avril dernier, Hrash a été sélectionné pour la compétition du Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan. Lorsque Ismaël El Iraki apprend la nouvelle, il est fou de joie de pouvoir, pour la première fois, montrer son travail au public et aux professionnels marocains. Mais, malheureusement, il déchante très vite. Cinq minutes avant la projection, les organisateurs mont dit quil nallait pas être diffusé. Jétais furieux, et jai appris plus tard quils se sont rétractés parce quils considéraient que le langage du film était trop vulgaire pour le festival, explique, avec amertume, le réalisateur.
Maghribi tal mout
Mais cet incident ne la pas poussé à laisser de côté son pays dorigine pour ses prochains films. Je suis maghribi tal mout, comme dirait le rappeur Bigg, affirme le cinéaste, qui compte tourner tous ses films au Maroc, même sils sont produits par Why Not Productions, une boîte française. Mon pays ma toujours plus inspiré que Paris. Il suffit que je mattable dans un café à Casablanca pour avoir des idées plein la tête, poursuit-il. Son prochain projet ? Un long-métrage musical, sur la culture rock au Maroc. Zenka Contact racontera la love story hardcore entre une prostituée et un rockeur à Casablanca. Je suis un grand fan de rock, et jai toujours été impressionné par le nombre de mythes qui circulent au Maroc sur Jimi Hendrix ou encore Jim Morrison. Je veux retranscrire cela dans mon film, détaille Ismaël El Iraki. Pour cette nouvelle aventure, le réalisateur compte sentourer de léquipe et des acteurs qui ont travaillé sur Hrash. Lambiance était tellement bonne sur le tournage quil ny a aucune raison que je change déquipe, indique le jeune homme, qui a des projets plein la tête et souhaite enchaîner sur un film traitant du trafic de haschich. En attendant, le public marocain pourra découvrir son travail vers fin décembre, si tout va bien, grâce à la sortie dun DVD réunissant Carcasse et Hrash, et mis en vente par la FNAC à la fois en France et au Maroc. Accrochez-vous, cest du lourd. |
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Face à face. Hrash vs Casanegra
Une chose est sûre. Les points communs entre Hrash de Ismaël El Iraki et Casanegra de Noureddine Lakhmari ne manquent pas. Les deux films se déroulent à Casablanca, ville dangereuse et fascinante, où riches et pauvres se croisent à un moment. Et surtout, les deux films tournent autour de lamitié entre deux jeunes hommes. Adil et Karim dans Casanegra (interprétés par Omar Lotfi et Anas Elbaz), et Asaâd et Lwiyen dans Hrash (campés par les excellents Saïd Bey et Abderrahmane Oubihem). Sans oublier lutilisation dun langage cru - indéniablement plus trash dans le film dEl Iraki que dans celui de Lakhmari - et la violence qui se dégage de certaines scènes. Effectivement, on peut dire quon retrouve la même énergie dans les deux films. Mais nos cinémas restent quand même très différents, affirme Ismaël El Iraki. Mais le jeune réalisateur ira-t-il aussi loin dans son premier long-métrage que dans Hrash, court-métrage non destiné à la distribution ? Il semble bien que oui. Casanegra a changé la donne et ouvert plusieurs portes. Maintenant les réalisateurs marocains savent quils peuvent se permettre daller loin sans avoir peur que leurs films soient censurés. Et cela, cest grâce au courage de Lakhmari, analyse El Iraki. |
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