N° 383
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

PISCINES PRIVÉES. Un business qui coule de source
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Fadoua Ghannam

PISCINES PRIVÉES. Un business qui coule de source
Une piscine en kit de
30 à 40 m2 coûte entre
90 et 150 000 dirhams. (DR)

Piquer un plongeon chez soi séduit nombre de Marocains. Un rêve de plus en plus accessible avec l’arrivée des piscines en kit.


Avec les dernières vagues de chaleur, Lamia est toute contente de son dernier investissement. En juin, cette Casablancaise, fan des bronzettes dès les premières hausses de température de la saison, a décidé de se faire construire une piscine à domicile. Petit hic, notre trentenaire habite un F3 au Maârif et ne dispose que d’une terrasse d’une vingtaine de mètres carrés pour accueillir son petit carré d’eau tant désiré. Mais
c’était sans compter sur la détermination de Lamia qui, au bout d’une semaine de recherches, a déniché l’entrepreneur qui lui livre sa piscine : une grande cuve de deux mètres de diamètre et de 70 cm de profondeur. Coût de cette lubie : 70 000 DH. Comme Lamia, de plus en plus de Marocains se laissent séduire par l’idée de disposer d’un “pool” à la maison. Du simple bassin rempli d’eau au pur chef d’œuvre artistique, tout le monde y trouve son compte. Et, dans le registre des piscines les plus excentriques installées, celle d’un proche de la famille royale reprenant le drapeau marocain. De dimension presque olympique, le bassin est entièrement recouvert de petites mosaïques noires avec, au centre, une étoile dorée.
Dans tous les cas, effet de mimétisme oblige, la mode est donc aux bassins privés. Selon les estimations de la profession, le Maroc compte près de 22 000 piscines privées, dont 17 000 bassins traditionnels, construits en dur. Impossible d’en savoir davantage puisqu’il n’existe aucun chiffre officiel. “Rares sont les Marocains qui déclarent leurs piscines aux autorités”, note ce professionnel (lire encadré). Selon certaines estimations, un millier de nouvelles piscines sont installées chaque année au Maroc, notamment dans les régions de Marrakech, Casablanca et dans le Nord.

Piscines en kit
Face à cet engouement, le Maroc est devenu une place de premier choix pour les pisciniers mondiaux. Desjoyaux, Waterair, RPI, Magiline… toutes ces sociétés ont ouvert une filiale dans notre pays concurrençant sérieusement la trentaine d’entreprises locales qui se partageaient jusque-là le marché. Et l’entrée dans le secteur de ces spécialistes a révolutionné la construction des piscines à usage domestique. Leur secret ? Des piscines en kit, faciles à installer et à entretenir, et surtout plus économiques. “Au lieu des trois mois indispensables pour construire une piscine traditionnelle, l’installation d’un bassin en kit ne prend qu’une quinzaine de jours pour un investissement beaucoup moins important”, explique Hilal Salmani, directeur commercial d’Aquademar, filiale du Français Desjoyaux au Maroc. Il faut compter donc entre 90 et 150 000 dirhams pour une piscine en kit de 30 à 40 m2, alors qu’un bassin traditionnel, bien ornementé de mosaïque artisanale, coûte entre 100 et 300 000 dirhams selon sa superficie. Autre atout du kit : un coût d’entretien moins cher. Pour le traitement de l’eau et l’entretien des pompes et de la tuyauterie, il faut prévoir un budget de 6 à 8000 dirhams annuellement. Une piscine traditionnelle coûtera 2 à 4000 dirhams de plus. “C’est pour ces raisons que les Marocains sont devenus de plus en plus friands de ces bassins en kit. Il y a cinq ans, les parts de marché du kit ne dépassaient pas 4%. Actuellement, elles sont de l’ordre de 20%”, indique ce directeur commercial. “Ce genre de modèles est particulièrement prisé par les promoteurs immobiliers qui en équipent leurs villas de luxe. C’est ce qui explique le succès récent de la piscine en kit”, précise pour sa part Abdelhadi Issajia, commercial chez Hydroplus.

Plongée dans la crise ?
Mais alors que le secteur affichait ces quatre dernières années un taux moyen de croissance dépassant les 10%, l’euphorie autour des piscines privées est retombée depuis le début de cette année. “Comme la construction de piscines est directement liée à l’immobilier, le secteur a sérieusement pâti de la baisse des investissements en habitat”, analyse Abdelhadi Issajia, qui estime la baisse d’activité des pisciniers à près de 20%. Pour d’autres, la crise ne s’est pas fait ressentir en 2009 mais se répercutera sur les deux années à venir. “Nous continuons aujourd’hui à honorer les contrats que nous avons conclus l’année dernière. Mais il faut avouer que 2010 s’annonce difficile”, estime, pour sa part, Hilal Salmani. Et pour cause : de nombreux grands projets immobiliers et touristiques ont été tout simplement annulés. Pas de résidences de standing en bord de mer ou en pleine palmeraie, donc moins de piscines à construire.

zoom. Le flou juridique
Déclarer son installation hydrique est obligatoire, selon les lois urbanistiques. Mais, hormis les propriétés dont les plans contiennent initialement une piscine, la procédure d’octroi d’une autorisation de construire (délivrée par l’autorité locale pour n’importe quelle nouvelle construction) est rarement initiée. Et aucune loi ne réglemente le processus d’équipement en bassin d’eau au Maroc. Ce vide juridique concerne notamment les normes de sécurité et environnement qui, en principe, doivent être respectée pour ce type de projets. “Au Maroc, il n’y a pas de loi qui impose des normes précises de sécurité pour une piscine”, font remarquer nombre de professionnels. Dans le plus beau pays du monde, il suffit de disposer d’un peu d’espace et de plusieurs dizaines de milliers de dirhams en banque pour construire sa piscine. Ce qui est loin d’être le cas dans les pays européens. En France, par exemple, une loi oblige les pisciniers à équiper obligatoirement leur installation de barrières ou de système d’alarme assurant essentiellement la sécurité des enfants en bas âge. Des normes de sécurité qui ne sont pas entrées en vigueur au Maroc.

 
 
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