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Par Karim Boukhari
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k.boukhari@telquel.info (DR)
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Le temps
Dix ans, très exactement. Soit un peu plus que le double mandat dun Bush Jr ou dun Clinton avec tous les bouleversements que cela a pu entraîner. Et plus que ne peut espérer un Obama pour essayer de sauver le monde. Dix ans, cest beaucoup, sauf dans la vie dune monarchie ou dun président à vie. Au Maroc, où lon commémore cette semaine même le 10ème anniversaire de laccession de Mohammed VI au trône, on naime pas trop le mot bilan. Peut-être par superstition. A moins que lon ne considère que faire le bilan du roi, dès ses dix ans de règne, serait une forme de manque de respect. La vérité doit se balader |
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entre les deux hypothèses, tant les responsables marocains, et les nombreux cercles concentriques qui gravitent autour du pouvoir, semblent tenir le mot bilan en sainte horreur, recommandant vivement à leurs amis, et aux amis de leurs amis, de léviter à tout prix. Ils lui préfèrent le concept dexamen détape, et plus encore, de première étape. Ce qui nest pas déplacé, vu la particularité marocaine. Particularité, le mot est lâché. Et quel mot ! La notion de temps, avec celle de rythme de développement qui la sous-tend, est complètement déconnectée de la réalité chronométrique. Elle est hors du temps, justement. Si loin de tout. Prenons quelques exemples pour mesurer, tranquillement, tout ce qui fait notre originalité. En 38 ans de règne, Hassan II a consommé tout ce que lAlgérie indépendante a connu comme présidents, Bouteflika compris. Et il a fait la France de De Gaulle à Chirac. Comment sétonner, devant létirement de la notion de temps, de la lenteur extrême des réformes introduites par le royaume ? Figurez-vous que la lutte contre lanalphabétisme était déjà inscrite parmi les objectifs du début de règne de Hassan II, en 1961. 38 ans plus tard, la croisade continue puisque le tiers de la population est encore analphabète. On peut multiplier les exemples pour comprendre, dans tous les cas, que la dilatation du temps dilue lesprit même des réformes. Ce qui est fait aujourdhui a été entamé hier. Et il nest toujours pas fini !
La presse comme elle va
Reporters sans frontières nous rappelle quen dix ans, la presse marocaine a écopé de 25 années de prison et dun peu plus de 20 millions de dirhams damendes. Dans labsolu, le score est paradoxalement honorable, à peu près digne dun pays démocratique. Reporté sur les réalités du marché marocain, qui ne pèse rien à côté de pays à PIB comparable, le bilan prend évidemment une allure plus inquiétante. Avec 25 années de prison et 20 millions de dirhams damendes, il y a de quoi tuer les meilleurs titres de la presse marocaine et distribuer une semaine de prison à la totalité de ses salariés. Rassurons-nous, toutefois : la lourdeur des sanctions, que lon doit dabord à un Code de la presse largement répressif, est le seul point noir véritable du journalisme sous Mohammed VI. Entamé à la fin du règne de Hassan II, le vent de liberté sest précisé depuis. Au point de ressembler aujourdhui à un mouvement. Une nouvelle presse, jeune et indépendante, a fleuri. Elle sest construit un succès intéressant autour dun double parti-pris : une ouverture à la fois sur le présent (la société, ses tendances, ses tabous) et le passé (ses hommes forts, ses scandales, ses mensonges). Vous le savez bien, les journaux qui vous intéressent le plus sont ceux qui transcrivent le mieux la complexité de lactuel et relisent sans censure les pages de notre histoire. Nous sommes un peu dans la situation des pays de lancien bloc soviétique, et de toute lEurope de lEst, qui émergent de plusieurs décennies de totalitarisme. Eux aussi fouinent dans les poubelles oubliées de lhistoire. Eux aussi sollicitent au plus près les réflexes constituants de lindividu daujourdhui. Notre modèle, finalement assez audacieux si on le replace dans le contexte arabe et musulman, est porteur. Cest le plus important. Quand, dans une société, la presse devient le réceptacle des idées nouvelles produites par ses minorités, cest quelle va bien. Malgré tout. |
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