N° 383
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

De Hassan Hamdani

“Je n’ai trahi personne”

Driss El Yazami
Président du Conseil de la
communauté marocaine
à l’étranger (TNIOUNI)

Antécédents

1952. Naissance à Fès
1970. Arrive en France pour des études de commerce
1975. Expulsé vers le Maroc à cause de son combat pour
les immigrés
1976. Entre en clandestinité. Est condamné à la prison
à vie par contumace.
1977. Fuit le Maroc à bord d’un voilier
1995. Est de retour après 18 ans d’exil
2004. Nommé membre de l’IER
2007. Nommé à la tête du CCME

Le PV
Driss El Yazami n’est pas du matin, fume comme un pompier pour se réveiller, répond aux questions d’une voix mezzo voce. Il ne s’ennuie pas, c’est juste qu’il aimerait vous expliquer les choses en douceur, sur un ton professoral, histoire de vous faire saisir les nuances de son discours. C’est un repenti du marxisme-léninisme et de la dictature du prolétariat. Ses anciens camarades l’accusent d’avoir troqué les piquets de grève contre un beau bureau dans une institution officielle. Lui s’en défend. Ce sont eux qui sont restés prisonniers d’un nœud spatio-temporel, celui des années 1970, époque d’idéaux dépassés aujourd’hui. Maîtriser les mots n’a pas fait d’El Yazami un sauveteur d’Alerte à Malibu. Il a juste appris à nager entre deux eaux : ses convictions passées et sa croyance dans la transition démocratique. Peut-être aussi à noyer le poisson quand il le faut…


Smyet bak ?
Mhamed El Yazami El Hassani

Smyet mok ?
Aïcha Fechtali

Nimirou d’la carte ?
Je ne le connais pas par cœur.

Que rétorquez-vous aux militants d’extrême-gauche qui vous accusent d’avoir retourné votre veste ?
J’ai rompu avec le marxisme-léninisme à la fin des années 1960, suite à la lecture d’Alexandre Soljenitsyne qui racontait les goulags. Cette rupture date de plus de 30 ans, bien avant l’arrivée de Mohammed VI au pouvoir. Je n’ai donc pas le sentiment d’avoir trahi qui que ce soit. Driss Benzekri et Ahmed Herzenni, accusés eux aussi d’avoir abandonné leur idéal, ont rompu avec le marxisme-léninisme lors de leurs séjours en prison. Ce que l’on peut nous reprocher, par contre, c’est d’être sorti du gauchisme en silence.

En tant qu’ancien membre de l’IER (Instance équité et réconciliation), pensez-vous que Mohammed VI aurait dû présenter des excuses pour les exactions de Hassan II ?
Le fait même de créer l’IER a été une forme d’excuses. Il n’y a jamais eu quelqu’un pour nous empêcher de faire ce que nous voulions. Nous avons voulu que les auditions soient diffusées à la télévision et elles l’ont été. Qui plus est, aucun pays au monde n’a indemnisé autant que le Maroc les victimes de la torture.

Dans une tribune publiée récemment dans Le Monde, vous parlez de la movida marocaine. Mais vous confondez les groupes de rap et les groupes de fusion…
J’ai un fils qui fait du rap à Paris, mais j’avoue que je ne suis pas un spécialiste du genre.

Votre tribune était illustrée par une caricature de Mohammed VI. Comment cela a été interprété en haut lieu ?
Je n’ai eu aucun écho.

Responsable au sein de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), vous avez été une caisse de résonance concernant la violation des droits de l’Homme au Maroc. Est-ce toujours le cas ?
Oui. Je vous rappelle d’ailleurs que la FIDH a envoyé une mission d’étude sept jours à peine après les évènements de Sidi Ifni. Nous avons aussi été les premiers à publier un rapport où nous révélions des cas de torture.

Vous militez pour le rapatriement de la dépouille de Abdelkrim Khattabi au Maroc. Où en êtes-vous ?
La maladie et le décès de son fils, Saïd Khattabi, ont retardé les choses. Mais j’ai bon espoir que cela se fasse bientôt.

Pourquoi insister autant ?
Le Maroc a reconnu sa diversité culturelle et sa dimension rifaine. Mais il faut des actes symboliques forts pour les concrétiser.

Vous êtes parti en France à la fin des années 1960 pour faire une école de commerce, et vous vous êtes retrouvé à organiser des grèves de la faim pour défendre les immigrés. Pourquoi un tel changement ?
J’ai découvert le maoïsme, qui a pour principe de sortir des universités pour aller vers les masses. J’ai vu les conditions de vie lamentables des immigrés. En France, à l’époque, il y avait souvent des meurtres racistes.

Vous avez vécu le retour au pays avec porte-bagages et attente à la frontière ?
A mon retour d’exil, j’ai tenu à revenir en voiture avec ma famille, mais en visitant l’Andalousie pour y faire du tourisme. Je n’ai pas vécu ce que vit un immigré moyen.

Après 18 ans d’exil, qu’est-ce qui vous a le plus étonné une fois au Maroc ?
Les femmes qui travaillaient comme serveuses dans les cafés. Cela n’existait pas quand j’ai quitté le pays.

Pourquoi aimez-vous autant l’écrivain Driss Chraïbi ?
Son ouvrage Les boucs est le livre le plus fort qui ait été écrit sur la condition des immigrés.

En France, avez-vous vécu la misère sexuelle des premiers immigrés marocains ?
Non. Je vivais dans un milieu imprégné des idées de 1968 et de la libération des mœurs. Par contre, je voyais à Barbès, le dimanche matin, des cohortes de Maghrébins faire la queue pour s’offrir une prostituée. C’était une des choses les plus dures à voir.

Comment lutter contre la peur qui habite les immigrés quand ils franchissent la frontière marocaine et l’impression de rentrer dans une zone de non-droit ?
Ils ne sont plus habités par cette peur. J’ai vu des gens de retour au pays klaxonner à la douane car ils en avaient marre d’attendre. La garantie d’un droit, c’est avant tout l’action des citoyens contre les abus de pouvoir. C’est donc à eux de refuser de donner un bakchich aux douanes. A mon retour, un policier m’a dit “makayne kahwa”. Je lui ai rétorqué que sa demande était l’une des raisons qui m’avaient fait quitter le Maroc.

Diplômé du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Lille, vous avez la réputation d’avoir la dent dure avec la presse marocaine.
C’est une réputation infondée. J’aime la presse marocaine que je trouve de plus en plus dynamique. Cela dit, il est insupportable de trouver dans certains quotidiens deux fois le même article publié dans le même numéro.

Vous pensez qu’il y a un racisme anti-MRE au Maroc ?
Il faut éviter les généralisations. J’ai lu la chronique d’un journaliste qui expliquait que “s’hab taliane” sont plus méchants que “s’hab frança”. Or il n’y a pas d’un côté les Marocains du Maroc et de l’autre les Marocains de l’étranger. Mais plutôt des gens issus de milieux sociaux différents avec chacun un parcours individuel.

Les Subsahariens ne seraient-ils pas nos “bougnoules” ?
Le jour de la commémoration du 60ème anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, j’ai expliqué aux ministres que le Maroc était le deuxième pays à avoir ratifié la déclaration des droits du migrant. Il est donc évident que l’on ne peut pas demander l’application de ce texte pour les nôtres ailleurs et refuser de l’appliquer ici aux Subsahariens. Il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures.

Malgré le chômage endémique qui sévit au Maroc ?
Pour rappel, créer un lien entre le nombre de chômeurs et le nombre d’immigrés était un argument du Front national. Il nous faut l’accepter, le Maroc est devenu un pays d’immigration. Et nous avons sans doute besoin d’immigrés dans certains secteurs économiques.

La fondation Hassan II chargée des MRE est critiquée pour son inefficacité. Vous en pensez quoi ?
Le CCME doit évaluer les politiques publiques. Quand nous aurons des choses à dire sur la Fondation Hassan II, nous le ferons par avis consultatif.

Donc, nous n’aurons pas votre avis sur la Fondation Hassan II…
Pas dans l’immédiat.

 
 
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