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Par Ayla Mrabet
REPORTAGE. A lécole de la comédie
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Les élèves enchaînent
les exercices dimpro. (DR)
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Les Cours Florent passent leur été à Casablanca. Stages d'improvisation, de scène et de caméra font le bonheur de ceux qui veulent bien s'y coller. Tour dhorizon.
Casablanca, 10 heures. Dans l'une des ruelles du quartier Gauthier, le deuxième étage d'une école vibre au rythme des ventilateurs et des éclats de voix. Celle de George Bécot, professeur aux très parisiens Cours Florent, délocalisés, le temps d'un été, à Dar El Beïda. L'exercice est un prologue à la comédie, lance le formateur, chargé du stage |
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d'improvisation. Dans la salle de cours, théâtre improvisé, une dizaine de paires d'yeux suivent ses mouvements. Deux hommes et une poignée de femmes, qui ont investi près de 4300 DH pour 39 heures de cours, répartis en sept jours. Pour la plupart de ces jeunes adultes, c'est un baptême théâtral. Ils ont entre 20 et 40 ans, découvrent le travail sur l'imaginaire, les exercices d'improvisation, s'essayent aux rôles de Vladimir et Estragon, attendent Godot à Casablanca. Avant de se lancer dans le texte, quelques exercices de mise en confiance et récitation d'alexandrin : ça se concentre sur les planches invisibles, s'équilibre, soigne le regard et le parcours, essaye de ne pas paraître robotisé. Ça place ses bras un peu n'importe comment, ne connaît pas vraiment l'alexandrin censé être appris pour aujourd'hui... pas si grave, on improvise, ce cours est fait pour.
George, le prof, ne leur en veut pas de ne pas avoir appris leur texte. Mais il fronce les sourcils, en bon comédien qu'il est. L'essentiel, c'est qu'ils intègrent les codes et donnent libre cours à leur imagination, explique-t-il. Et ça marche. Soumise au regard de ses camarades, une jeune femme élancée s'avance, suivant à la règle les instructions. Sauf que la dame, élégamment perchée sur ses talons, ne clame pas un vers, mais quelques versets du Coran. Et pleure, se laissant submerger par l'émotion. Lors des autres impros, on mélange l'arabe et le français, on tente un petit déhanché, on éclate de rire. L'ambiance est bon enfant, les gaucheries remplacées, la timidité surmontée. Le théâtre, c'est aussi donner la confiance et l'assurance. Avec ce groupe, c'est réussi, se congratule George Bécot. Peu importe l'âge ou le niveau, poursuit-il. La richesse est dans l'échange humain.
Silence, on tourne
Toujours au deuxième étage, une salle de cours abrite un autre groupe. Six élèves regardent deux d'entre eux, face à la caméra, jouer une mini-scène, assis à un bureau. Un jeune homme joue au perchman, tandis que l'image des apprentis acteurs se dédouble sur un écran télé. Le dialogue est simple, deux adolescentes reluquent un garçon et se font des commentaires. Les rires fusent. Parmi les élèves qui observent, Amal Essaqr, jeune comédienne, carte de visite et tout le toutim, venue se frotter à une nouvelle expérience. La jolie jeune femme rondelette a écumé tournages et téléfilms, mais ne s'est jamais vue à l'écran. Faute de montage, filage et autres aléas du métier. Celle qui double en darija le personnage éponyme de la série Ana est motivée, heureuse d'être là. J'aurais voulu que cette semaine dure des semaines, poétise-t-elle. Je n'avais jamais entendu parler des Cours Florent. Je me suis décidée à intégrer le stage d'été, après m'être informée plus en profondeur. La jeune actrice avoue avoir hésité par rapport au prix, mais surtout à la durée. Je me demandais si j'allais vraiment apprendre quelque chose en sept jours. La réponse est oui. Elle apprend à prendre conscience de son apparence devant la caméra, à soigner même le timbre de sa voix.
C'est ce qu'est venu enseigner Philippe Landoulsi, réalisateur et fondateur de l'atelier caméra, il y a 20 ans déjà, aux Cours Florent. Son franc-parler est à l'image de son cours : spontané. Un cinéaste, c'est juste un filet de trapéziste censé rattraper l'acteur. Ne pas le laisser se planter, quitte à lui prendre un peu de son âme. Concrètement, ça veut dire apprendre à jouer juste, à ne pas trop en faire devant la caméra. Dans ce groupe, il y en a qui font du théâtre depuis qu'ils sont mômes, ça ne les empêche pas de jouer faux. D'autres qui viennent de décrocher leur bac et qui se voient déjà en haut de l'affiche, ceux qui sont là pour avoir une bouffée d'air frais, simplement. On voit déjà le changement. La confiance s'est installée. Philippe sourit, remet ses lunettes flashy, et retourne à ses élèves.
Scène de méninges
Non, non, recommence?! Ton articulation est extrêmement molle ! Qu'est-ce qu'on a dit par rapport à la respiration abdominale ? Frédéric Haddou ne houspille pas son élève, il le rappelle simplement à l'ordre. La précision, c'est son domaine. Monsieur le professeur se charge de l'atelier scène, avec poigne et humour. Lors de son cours, il inculque les fondements techniques, fait travailler l'élocution, la voix, et surtout la construction d'un personnage. Le tout par le texte, faisant apprendre et jouer quelques scènes à ses quelques élèves. On est dans le Feydeau, le vaudeville, Badiâ a beaucoup d'énergie, il faut que tu en mettes plus, toi aussi ! Frédéric Haddou fait passer les tandems, apporte ses observations, n'hésite pas à reprendre les scènes, dès le début. Deux dames d'un certain âge, assises, regardent le reste des scènes. Elles sont passées en début de cours. L'une, suivant le conseil de son prof, s'amuse à écrire de mémoire son texte. Malgré ses allures de punition, l'exercice s'avère efficace. C'est émouvant pour moi d'être ici, mon grand-père était marocain, répète Frédéric Haddou. Le maestro de l'interprétation, acteur et professeur, s'amuse du phrasé chantant de ses élèves, leur apprend à maîtriser leur accent. Il n'y a pas vraiment de différence entre les élèves d'ici et ceux de Paris. Sauf, peut-être, qu'il y a plus de chaleur dans leur énergie. Le dernier stage s'arrête le 23 août. Avis aux amateurs qui voudraient se spécialiser. Ou découvrir, tout simplement. |
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Formation. Florent L'bidaoui
Les Cours Florent casablancais prodiguent trois stages : scène, caméra et improvisation. Sept jours d'apprentissage, 39 heures de cours, entre 4 300 et 4 500 dirhams par atelier. Les groupes ne dépassent pas 12 élèves. On ne cherche pas à faire du nombre, assure Kamal Belghmi, responsable de la formation estivale. L'ancien responsable des studios de cinéma à Ouarzazate a fait venir les professionnels de l'école parisienne. C'est une école étrangère, un autre apprentissage. Il s'agit d'asseoir la notoriété des Cours Florent à Casablanca, et de le faire correctement. Et à en croire le réalisateur, qui a lui-même suivi un de ces fameux stages à Paris après y avoir envoyé sa fille, c'est un succès.
Son objectif, c'est d'ouvrir une succursale des Cours Florent à l'année, à partir de septembre 2010. En attendant, le cinéaste parle déjà d'autres stages, durant les vacances scolaires, mais aussi de Cours du soir, etc. Pour l'instant, les élèves bénéficiant des stages d'été passent un examen à la fin de leur formation. Un bilan pédagogique avec un certificat à la clé, valable deux ans et permettant l'accès aux cours Florent à Paris à partir de septembre 2009 pour les meilleurs, détaille Kamal Belghmi. Au cours de la première semaine, trois jeunes ont décroché l'accès aux cours parisiens. Les prochains stages risquent d'être tout aussi profitables aux élèves. Tant mieux. |
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