N° 383
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem s’est installé à Casablanca. Mais attention :
il déteste qu’on dise du mal de sa ville !

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem est régulièrement interpellé au sujet de ses origines. Comment se fait-il qu’il soit de Guercif ? Et pourquoi Guercif d’abord ? S’il avait été fassi ou marrakchi, personne ne se serait étonné. Mais cette ville de Guercif interpelle, c’est un fait. Respectant à la lettre l’esprit de partage et de diffusion de la culture que s’est imposé ce magazine dès ses premières heures, Zakaria Boualem a décidé de répondre aux questions récurrentes qu’on lui pose sur sa ville natale. Et nous allons commencer sans plus attendre par la plus importante.

Pourquoi Guercif existe-t-elle ? C’est une question vexante mais légitime. On peut en effet se demander ce qu’un humain irait foutre dans un
endroit où il fait aujourd’hui 45 degrés à l’ombre (cette statistique est trompeuse puisqu’en fait, il n’y a pas d’ombre). Pour information, il existe à côté de Guercif une charmante bourgade du nom de 3agrab, alias scorpion. Il ne s’agit pas d’un hommage au groupe allemand de hard rock mais plus probablement de la nature de l’unique habitant du lieu. C’était juste une info en passant, histoire de planter le décor. J’ajoute qu’à Guercif, il fait très froid l’hiver, qu’il y pousse surtout des cailloux, et que, une fois installé là-bas, on se retrouve loin d’à peu près tout. C’est pourtant ce dernier point qui est à l’origine de la création de la ville. En l’an 345 de l’Hégire, un homme originaire d’Oujda a décidé de se retirer du monde. Il s’était chamaillé avec son voisin pour une broutille, une histoire de clôture déplacée. Particulièrement susceptible et fier, il a juré de ne jamais revenir chez lui et a tenu parole. Lorsqu’il a estimé qu’il avait suffisamment marché pour être sûr que personne ne viendrait le suivre, il s’est subitement arrêté. C’était l’ancêtre de Zakaria Boualem. Malheureusement, il s’est trouvé un cousin un peu têtu lui aussi pour partir à sa recherche. C’est comme ça que ça se passe chez nous : lorsque vous êtes seul, on estime que vous avez un problème, alors on vient vous tenir compagnie, et c’est là que les problèmes commencent. L’ancêtre de Boualem avait désormais un voisin, avec qui il pouvait se bagarrer. La ville de Guercif était née, et tous ses habitants hériteront du caractère ombrageux de ses deux fondateurs.

D’où vient le nom de la ville ? Il existe une légende qui raconte qu’un des ancêtres de Boualem, soupçonnant un voisin de lui avoir dérobé une poule, l’avait menacé d’un sabre pour obtenir ses aveux avant de le trucider. C’était une technique très courante à l’époque, presque un service rendu au voleur qui trouvait dans cette pratique l’occasion de laver sa conscience avant de rejoindre son créateur. Il avait hurlé au voisin “guerr, bessif !” toute la nuit, assez pour convaincre ceux qui passaient par là que c’était le nom de la ville. Il est évident que cette légende est absurde, et ne résiste à aucune analyse. Le nom de la ville a été en fait donné par les français, du temps du protectorat. La réputation de la population locale était telle qu’à chaque fois qu’un voyageur souhaitait se rendre dans ce village sans nom, on le prévenait : attention, ils sont un peu “agressifs”.

Comment appelle-t-on les habitants de Guercif ? Les Guercifils, parce qu’ils sont capables d’en déclencher une tout seuls, à tout moment.

Reste enfin une question. Depuis des années, les Marocains sont à peut près libres de leurs mouvement, dans la limite des places disponibles et de nos frontières hermétiques. D’où la question : pourquoi les habitants de Guercif sont-ils restés à Guercif ? Zakaria Boualem lui-même, après s’être posé la question quelques années, a réalisé qu’il n’avait pas vraiment de réponse, et il s’est aussitôt installé à Casablanca. Mais attention : il déteste qu’on dise du mal de sa ville !

 
 
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