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Par Souleiman Bencheikh
Think tank. Vous avez dit intelligence économique ?
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Les marchandises chinoises
ont envahi le marché marocain.
(AIC PRESS)
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Une nouvelle discipline fait ses premiers pas au royaume. L’intelligence économique, inspirée du renseignement, doit permettre au pays de mieux défendre ses intérêts sur la scène internationale.
Les think tanks ont déjà fait florès. On ne compte plus les groupes de réflexion plus ou moins indépendants qui se penchent sur les questions stratégiques d’intérêt national : le Cercle des jeunes économistes (CJE), dirigé par Tarik El Malki, fils de l’ancien ministre de l’Education, le Cercle |
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d’analyse politique (CAP) adossé à la Fondation Abderrahim Bouabid, l’hypermédiatisé Amadeus, présidé par Brahim Fassi Fihri, fils du ministre des Affaires étrangères… Ce ne sont là que les think tanks les plus marquants, peut-être les plus actifs, qui s’intéressent, en vrac, aux effets marocains de la crise économique mondiale, aux perspectives de l’Union pour la Méditerranée (UPM), ou encore, pour le CAP, au phénomène El Himma, véritable trublion d’une scène politique remodelée par le haut.
Derrière ce bourgeonnement apparent se cachent parfois des coquilles vides, faussement indépendantes, à la production scientifique rare ou de faible niveau. Trop souvent, le terme de“think tank” sert en fait à enjoliver de simples actions de lobbying et de public relations. A l’opposé, les penseurs de l’intelligence économique nationale annoncent clairement la couleur. S’ils revendiquent l’indépendance de leurs travaux, ceux-ci ne servent qu’un seul objectif : armer le Maroc en vue de la guerre économique qui se joue sur notre territoire et bien au-delà. Pour Abdelmalek Alaoui, qui a récemment publié aux éditions Koutoubia un opus intitulé Intelligence économique et guerres secrètes au Maroc :“L’intelligence économique (IE) est la pratique qui consiste à surveiller son environnement pour l’aide à la décision stratégique. Inspirée de techniques issues du monde du renseignement, elle n’en est pas moins une pratique légale dont l’objectif est de fournir aux décideurs les bonnes informations, au bon moment, pour les aider à mieux orienter leur action”.
Succès commerciaux
C’est à la fin des années 1980, sur les décombres de l’ancienne URSS, que s’est ouvert ce nouveau champ de recherche scientifique dans le monde. A la fin de la guerre froide, de part et d’autre du rideau de fer, plus de 100 000 officiers supérieurs du renseignement doivent envisager leur reconversion. A l’est, elle est politique et elle portera, dix ans plus tard, un ancien colonel du KGB, Vladimir Poutine, à la tête de l’Etat russe. A l’ouest, la nouvelle vie des espions est économique.“Analystes, hommes de terrain, tacticiens... cette élite extrêmement bien formée va peu à peu grossir les rangs des multinationales anglo-saxonnes (…), provoquant l’avènement d’une nouvelle discipline : l’intelligence économique”, explique Abdelmalek Alaoui.
Très tôt, les Japonais font de l’intelligence économique un des moteurs de leurs succès commerciaux, grâce à la mise à niveau et à la mise en commun de leurs ressources cognitives nationales. Le boom nippon des années 1980 s’est ainsi en grande partie appuyé sur le patriotisme économique des touristes japonais, littéralement envoyés à l’assaut du monde. Dûment équipés, ces touristes d’un nouveau genre photographient tout, des monuments historiques aux bâtiments ultra-modernes, en passant par les commerces ou les usines. Une fois rentrés au pays, ces salariés modèles font don de leurs clichés à leur employeur. Un moyen simple pour les entreprises de“se tenir au courant” et souvent de devancer la concurrence, de manière peut-être inélégante, mais légale, et en tout cas efficace.
Un enjeu stratégique
Le Maroc a suivi, naturellement, le mouvement.“Dès les années 1980, explique Driss Alaoui Mdaghri, président de l’Association marocaine d’intelligence économique (AMIE, lire encadré), Hassan II a demandé aux ambassades marocaines de se doter d’un instrument de veille stratégique”. Une première fournée de conseillers économiques a ainsi suivi une formation spécifique dispensée par l’ISCAE et, après un stage de trois mois, a été mise au service du ministère des Affaires étrangères dans les différentes ambassades du royaume. Mais l’expérience n’a pas été immédiatement suivie d’effets et, à l’orée du règne de Mohammed VI, le risque est grand de voir le Maroc lâcher le rythme dans la course économique mondiale. L’affaire Annajat en 2002 est sans doute l’exemple le plus saillant des carences marocaines en termes de renseignement économique. Là où une simple recherche Internet aurait permis d’éviter l’escroquerie, le royaume a dû payer cash le prix de sa négligence. La perte occasionnée est aujourd’hui estimée à 10 millions de dollars.
Depuis, l’intelligence économique est devenue une priorité. Fruit de cette prise de conscience, l’Institut royal des études stratégiques, pensé par le conseiller royal Abdelaziz Meziane Belfkih, entre en fonction en 2008. Mais de l’avis général, ce think tank royal peine, un an après sa création, à trouver sa voie. Pourtant, l’urgence est bien réelle. “Le Maroc, à très court terme, n’est pas à l’abri d’une déstabilisation par une puissance ou entité étrangère. (…) Il n’est pas inimaginable de voir des babouches chinoises très bon marché envahir Casablanca, Fès ou Marrakech”, développe Abdelmalek Alaoui. La présence commerciale chinoise se fait d’ailleurs déjà sentir. Des pans entiers du quartier Derb Omar à Casablanca sont trustés par des “expatriés” chinois parfaitement intégrés et commercialement agressifs. Réponse marocaine : le consulat du royaume à Pékin ne délivre plus de visas qu’avec une très grande parcimonie. Simple, autoritaire et efficace. Preuve s’il en était besoin que les services consulaires et diplomatiques, épaulés (ou contrôlés) par des officiers de liaison de la DGED, sont encore le bras armé de l’Etat en termes d’intelligence économique. |
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Zoom. Une association intelligente
L’Association marocaine d’intelligence économique (AMIE) est née en 2006. Présidée par Driss Alaoui Mdaghri, ancien directeur de l’ISCAE, elle compte à ses débuts une vingtaine de membres, dont une poignée de chevilles ouvrières, qui se réunissent épisodiquement au Technopark casablancais, dans une annexe de l’université Al Akhawayn. Aujourd’hui, l’Association compte une quarantaine de membres : enseignants chercheurs, cadres supérieurs, experts en intelligence économique, tous participent aux Annuelles de l’AMIE. Ces rencontres internationales qui ont accueilli plus de 200 participants les deux premières étaient consacrées à l’intelligence territoriale et à l’enjeu méditerranéen sont les grandes messes d’une association qui se veut par ailleurs discrète. Car la cible n’est pas tant le grand public que la “caste” des décideurs. “L’AMIE est un think tank spécifique. Notre vocation est de sensibiliser les entreprises et les acteurs économiques aux enjeux stratégiques nationaux”, explique son président, Driss Alaoui Mdaghri. |
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