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Par Nina hubinet
Obama. L’état de grâce, pour combien de temps ?
Le président américain a suscité l’enthousiasme sur la scène internationale. Mais entre les mots, retentissants, des premiers discours, et les changements sur le terrain, il y a un pas qui ne sera pas facile à franchir.
Le 22 juillet, le président américain a reçu le Premier ministre irakien à la Maison Blanche. Comme d’autres gestes politiques d’Obama, cette première visite de Nouri Al Maliki à Washington vise à prendre clairement ses distances par rapport à l’administration précédente : il |
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ne s’agit plus de donner des leçons de démocratie aux“alliés” de Bagdad, comme sous l’ère Bush, mais de construire un partenariat d’égal à égal avec les dirigeants irakiens. En six mois, le nouveau président n’a évidemment pas changé la face du monde, mais il a prononcé des discours résolument novateurs, au Caire, Ankara, Moscou, Prague ou Accra. La politique étrangère américaine a amorcé un tournant, au moins dans les mots. Mais pour ne pas décevoir les fortes attentes qu’il a suscitées dans le monde entier, le nouveau locataire de la Maison Blanche a du pain sur la planche.
Séduire les musulmans
“Salam aleikoum”. En prononçant la formule traditionnelle de salutation arabe, en ouverture de son fameux discours du Caire, le 4 juin, Obama s’était déjà acquis une partie de la salle. Lors de son passage à Ankara deux mois plus tôt, le président américain avait déjà prôné la réconciliation entre l’Occident et les musulmans. Officiellement adressé à ces derniers, le discours du Caire a été présenté comme le plus important prononcé par Obama sur la scène internationale depuis son investiture.“C'est le discours sur lequel il a le plus travaillé personnellement”, soulignait Ben Rhodes, son speechwriter, en juin. Le message se devait en effet d’être clair et fort.“Si nous choisissons d’être entravés par le passé, nous n’avancerons jamais”. C’est l’une des phrases-clés : Obama propose aux musulmans de construire une nouvelle relation avec les Etats-Unis, basée sur le respect mutuel. Il encourage l’opinion américaine et les populations musulmanes à laisser de côté les vieux préjugés et les erreurs passées. Pour appuyer son propos, le président américain a rappelé la dette que le monde devait à la culture islamique :“C'est de l'innovation au sein des communautés musulmanes que nous viennent l'algèbre, le compas et les outils de navigation, notre maîtrise de l'écriture et de l'imprimerie, notre compréhension des mécanismes de propagation des maladies et des moyens de les guérir”. Né d’un père musulman, Barack Obama n’a également pas hésité à citer à plusieurs reprises le“Saint Coran”, donnant à son discours une tonalité religieuse qui aurait été mal venue en Europe, mais qui a largement séduit ses auditeurs musulmans. Réaffirmant que les Etats-Unis n’étaient pas, et ne seraient jamais, en guerre avec l’islam, il a rappelé que sept millions de citoyens américains étaient musulmans. Son discours s’est d’ailleurs attaché à souligner ce que l’Amérique et l’islam ont de valeurs communes :“Vivre dans la paix et la sécurité ; faire des études et travailler dans la dignité ; aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu”.
Scepticisme au Proche-Orient
Pour autant, le président américain n’a pas versé dans l’angélisme. Il a clairement évoqué les sujets de tensions entre les Etats-Unis et le monde musulman : guerres en Irak et en Afghanistan, lutte contre le terrorisme, droits des femmes, liberté religieuse ou entraves à la démocratisation. Malgré ces points de friction, ce discours a globalement suscité l’enthousiasme dans le monde arabe, où des millions de personnes ont suivi l’intervention d’Obama. Au Caire, les habitants avaient installé des téléviseurs sur les trottoirs pour pouvoir l’écouter.“Je crois en Barack Obama”, affirmait Shahinaz Abdel Salam, l’une des blogueuses égyptiennes les plus connues, après le discours, même si elle regrettait que le président américain n’ait rien dit sur les violations des droits de l’homme en Egypte. Mais comme la plupart des jeunes arabes, elle attend maintenant de voir si les actes vont suivre les paroles.
Beaucoup jugent que l’implication de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan contredit les déclarations d’Obama. Même si le président américain a rappelé au Caire que les derniers Marines quitteront l’Irak fin 2011. A Gaza, le Hamas n’a pas manqué de relever ces“contradictions”, tout en reconnaissant un“changement tangible” dans le discours, qui a martelé l’opposition américaine à l’extension des colonies juives en Cisjordanie. C’est probablement sur le dossier israélo-palestinien que les populations arabes attendent le plus d’Obama. Il a, certes, pris soin de dénoncer dans son discours les“humiliations grandes et petites” subies par les Palestiniens à cause de l’occupation israélienne, mais beaucoup de responsables arabes sont sceptiques quant à sa capacité à influer sur le conflit.“Oui, il a parlé de deux États, du gel des implantations, mais je ne crois pas qu’il fera pression sur Israël”, déclarait ainsi Mohamed Habib, premier adjoint du guide suprême des Frères musulmans égyptiens, au journal français La Croix le 4 juin.“Ce n’est pas un homme seul qui va changer l’état d’esprit de l’establishment et de l’élite américaines”, jugeait de son côté Najam Sethi, un journaliste pakistanais, interrogé par le quotidien Libération au lendemain du discours du Caire.
L’épine iranienne
Autre dossier délicat que Barack Obama a décidé de saisir à bras le corps : les relations avec l’Iran. Plutôt que de se contenter de réclamer un arrêt du programme nucléaire iranien, comme son prédécesseur, le président américain a tenté de remettre à plat les rapports entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran. Le 19 mars, à l’occasion du nouvel an iranien, il a adressé un discours“au peuple et aux dirigeants” iraniens, leur proposant, là aussi,“un dialogue fondé sur le respect mutuel”, pour mettre fin à trente ans de conflit larvé entre les deux pays. Traduit en persan, le message a pu atteindre, via Internet, un certain nombre d’Iraniens. Si la réaction du régime d’Ahmadinejad semblait d’abord relativement positive, l’affaire Roxana Saberi une journaliste américano-iranienne jugée pour espionnage à Téhéran a rappelé que le rapport de forces et les pressions étaient toujours la règle.
Les élections présidentielles de juin, contestées par l’opposition, ont achevé de remettre à plus tard la main tendue américaine : difficile aujourd’hui d’engager un dialogue avec le président Ahmadinejad, qui orchestre une violente répression contre ses opposants. La dénonciation, pourtant tardive, de ces violences par Obama, a aussitôt déclenché des accusations d’“ingérence” de la part des dirigeants iraniens. De son côté, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a annoncé clairement, début juillet, qu’elle était favorable à des sanctions plus dures contre l’Iran, face au refus persistant du régime d’interrompre son programme nucléaire.
Obama l’Africain ?
Si depuis son arrivée à la Maison Blanche, Obama a clairement mis l’accent sur le Moyen-Orient, nœud de la politique extérieure des Etats-Unis, il n’en a pas pour autant négligé ses origines africaines : le 11 juillet dernier, à Accra, au Ghana, petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest, Obama a exposé sa vision de l’Afrique et des relations américano-africaines. Loin de se poser en“cousin d’Amérique” protecteur, le président métis, fils d’un Kényan, a encouragé les Africains à prendre leurs responsabilités.“L'avenir de l'Afrique appartient aux Africains eux-mêmes”, a-t-il lancé au début de son discours devant le parlement ghanéen, histoire de dissiper tout malentendu : selon lui, on ne peut pas attribuer toutes les difficultés actuelles du continent aux méfaits de la colonisation. Reprenant son slogan de campagne, le président américain a soulevé les clameurs des députés ghanéens :“Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits, changer fondamentalement les choses. Oui, vous le pouvez (yes, you can)”. Certains ont pu y voir un ton moralisateur, du même type que celui du discours de Dakar de Nicolas Sarkozy. L’écrivain djiboutien Abderahmane Waberi, auteur de Aux Etats-Unis d’Afrique, interrogé par le quotidien français Libération, voit au contraire ce message d’un bonœil :“Il veut traiter les Africains sans culpabilité ni infantilisation excessives. Il n’est pas question, ici, d’Obama l’Africain, comme on parlait jadis de Chirac l’Africain. On n’est pas, avec lui, dans une pseudo-relation familiale. En définitive, il traite le Ghana comme il pourrait traiter la Croatie ou l’Argentine”. Dans son discours, Obama a insisté sur la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance,“qui a fait défaut pendant beaucoup trop longtemps, dans beaucoup trop d’endroits”.“L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes”, a-t-il asséné. Dans cette perspective, le choix du Ghana était une sorte de récompense au respect des règles démocratiques : c’est le seul pays du continent à avoir connu deux alternances tranquilles ces dernières années. Ce petit pays a aussi une grande valeur symbolique : le fort de Cape Coast, que la famille Obama est allée visiter, était un haut lieu de la traite négrière, où des milliers d’Afro-américains viennent chaque année en“pèlerinage”. Certains ont aussi évoqué les importantes réserves de pétrole du Ghana, sujet dont Obama a effectivement parlé avec son homologue.
Outre les obstacles inhérents à l’application d’une politique étrangère ambitieuse, Barack Obama doit aussi faire face aux problèmes qu’il rencontre “à la maison”. Une reprise de l’économie encore lointaine, le chantier miné de la réforme de l’assurance maladie, une nouvelle polémique sur la question raciale, suscitée par Obama lui-même. Au niveau national, les pièges politiques sont nombreux, et pourraient finir, s’il n’y prend garde, par paralyser l’action extérieure du président. |
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