N° 386
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Artistes et historiens


Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

A Safi, tout le monde connaît une histoire, une anecdote ou un dicton lié au caïd Aissa Ben Omar. Si Aissa, comme on l’appelle, a dominé la région des Abda qu’il a gouverné à lui seul jusqu’au début du 20ème siècle. Plus qu’un roi, un peu moins qu’un dieu, il faisait à peu près tout ce que bon lui semblait. Il emmurait ses ennemis, kidnappait toutes les femmes qu’il convoitait, rackettait les commerçants, etc. Le caïd – roi, qui avait droit de vie et de mort sur ses sujets, n’avait pas son pareil pour mêler le plaisir à l’horreur. Il lui arrivait d’organiser des orgies déferlantes de plaisirs pendant que, dans la pièce d’à côté, ses sbires étaient en train d’immoler une poignée d’invités particuliers. “Quand on
allait chez Si Aissa, on avait une chance sur deux de ne plus revoir le jour”, raconte-t-on, aujourd’hui encore, dans les vieilles familles de Safi, où la simple évocation de la mémoire du caïd suffit à refroidir l’atmosphère. C’était il y a un siècle, à l’époque pré-coloniale du bled siba. Mais le caïd, que ni le sultan ni la France n’ont pu ou voulu vraiment mater, avait un petit problème, le seul en définitive : certains de ses sujets, poètes et rebelles dans l’âme, chantaient régulièrement ses“exploits”. Et montaient en épingle sa cruauté, appelant au passage les populations soumises à se révolter. Parmi ces voix dissonantes, il y avait celle de Kherboucha, une des toutes premières icônes de la Aïta, art populaire majeur… C’est cette histoire que vous ne trouverez dans aucun manuel scolaire, entre mythes et réalités, musique et politique, aux résonances parfaitement contemporaines, qu’a choisi de raconter, en la romançant, un petit film marocain,“Kherboucha”, actuellement en salles. Même si le produit reste très moyen, nous saluons la démarche. Le patrimoine local, largement méconnu, injustement méprisé, mérite d’être“violé”. Qu’on le déterre, citoyens, qu’on s’en empare, quitte parfois à lui tordre le cou. Car l’histoire appartient autant aux artistes qu’aux historiens. Les Algériens, par exemple, l’ont compris avant nous, eux qui ont revisité, très librement, leur histoire (voir le film“Les Folles années du twist”, de Mahmoud Zemmouri, qui revient ironiquement sur le FLN et la guerre de libèration). Les Marocains leur emboîtent enfin le pas : aujourd’hui timidement, demain peut-être férocement.


Caution royale
Le football marocain est très culturel. Il obéit encore à des réflexes purement patriotiques. Avec, aux moments de doute et de crise, le recours systématique au fameux arbitrage royal. Oui, comme la réforme du statut de la femme ou le toilettage du champ religieux. Le foot, finalement, c’est une métaphore, une représentation permanente et un parfait condensé de notre structure mentale. Alors voilà : pratiquement éliminés de la course au Mondial, les Lions de l’Atlas ont été confiés à un team de quatre coachs marocains. Comme après la déroute de 1979 (1-5 devant l’Algérie) ou l’élimination du Mondial 1982 (0-2 face au Cameroun), quand l’équipe du Maroc a été retirée des mains“étrangères” au profit des nationales. Cette fois encore, le réflexe protectionniste, ou nationaliste, l’a emporté. Et où est-ce qu’on est allés chercher les nouveaux coachs ? Dans le giron royal, voyons. Contrairement à toute logique sportive, le nouveau sélectionneur et son principal adjoint, dont le palmarès est vierge de tout trophée, n’appartiennent pas à un club de l’élite. Leur seul fait d’armes est d’avoir fait monter le petit FUS, club de la capitale, de la deuxième division à la première. Mais le FUS appartient à Mounir Majidi, qui“appartient” à sa manière au roi. C’est donc la caution royale qui a bercé le choix de Hassan Moumen et de Houcine Ammouta, parachutés à la tête des Lions de l’Atlas. Ce qui, transposé à d’autres sphères (économiques, religieuses, politiques) de l’actualité marocaine, nous ramène à un schéma vieux comme notre histoire : quand on se perd, il n’y a rien de mieux que de retourner au chemin qui mène tranquillement au palais royal.


Happy end
C’est le clap de la fin. L’été. Les vacances. Le moment, peut-être, de demander réellement à sa femme ce qu’elle veut faire du week-end. De l’aider à sortir la poubelle du soir ou à promener le chien. Peut-être, dans un moment de faiblesse, de lui dire enfin “Je t’aime”. Pas coincé entre deux rendez-vous, le cœur battant la chamade mais l’esprit ailleurs, non, juste naturellement, comme cela devrait se passer entre une femme et un homme. Vous le savez bien, c’est parfois le plus dur. Et si les longues, longues vacances peuvent au moins servir à cela, je vous le dis : bonnes vacances.

 
 
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