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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Récit. Le champion du détroit
Jalil Belcaid est devenu, le 10 juin 2009, le premier Marocain à avoir traversé le détroit de Gibraltar à la nage. Retour sur l’exploit et le parcours d’un businessman casablancais passionné de sport.
Vendredi 10 juin. A 14h15 tapante, Jalil Belcaid foule le sol marocain, du côté d’Al Marsa, un village de pêcheurs de la région tangéroise. L’homme d’affaires casablancais (fondateur-associé, entre autres, de Fedex Maroc et patron d’une entreprise de télécoms) vient de réussir |
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son pari en devenant le premier Marocain à traverser le détroit de Gibraltar à la nage. Et ce n’est pas tout. Jalil Belcaid, 47 ans, a également affolé le chronomètre lors de sa virée en mer qui a duré, en tout et pour tout, trois heures et quarante cinq minutes seulement. Une performance de taille, confirme l’organisateur espagnol de l’événement :“Jalil a été surprenant. Les nombreux nageurs, essentiellement européens, que j’ai pu assister, ont passé entre cinq et six heures dans l’eau. Ceux qui sont descendus en dessous de cinq heures sont une petite minorité”, explique-t-il. Parmi ces surdoués des mers, un certain David Meca, ex-champion du monde de natation qui a bouclé sa traversé, en 1999, en deux heures et vingt neuf minutes.“Je ne peux pas me comparer à lui”, relativise Jalil Belcaid, avant de poursuivre :“Meca est un professionnel alors que je ne suis qu’un amateur, pour qui la natation est avant tout une passion. Battre des records n’est pas du tout mon but. J’aime juste me lancer des défis de temps en temps”.
Solitude et angoisse
Parti en matinée du port de Tarifa, Jalil Belcaid a quand même dû batailler pour arriver de“l’autre côté”.“Une fois dans l’eau, j’ai été pris d’angoisse. Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse aussi froid”, raconte-t-il. Le nageur a également dû faire face à la solitude.“Le plus dur c’est de se retrouver isolé de tout. Tu es tout seul dans l’eau, sans repère visuel ni sonore puisque tu as des lunettes sur les yeux et des bouchons dans les oreilles. Mentalement, c’est lassant. Du coup, tu te demandes ce que tu fous dans cette galère”. Légèrement protégé par sa combinaison qu’il a enduite pour l’occasion de vaseline“pour éviter les irritations”, Jalil Belcaid prend son courage à deux mains et file tout droit vers les côtes marocaines. Escorté par deux bateaux d’assistance espagnols, il s’arrête toutes les quarante minutes pour se reposer et se ravitailler. Au menu de chaque pause, du gel à base de sucre et une demi-canette de coca qu’il s’efforce d’avaler en moins de trente secondes.“Il fallait que je m’arrête le moins longtemps possible pour éviter non seulement de refroidir mais aussi de dériver et donc de perdre du temps”. A son troisième arrêt, Jalil Belcaid apprend une nouvelle inattendue : il vient de boucler la moitié de sa traversée en moins de deux heures.“Je ne m’y attendais pas du tout. Je tablais plutôt sur deux heures trente voire trois heures”, reconnaît le sportif. Et de poursuivre :“Ça m’a fait du bien au moral. Il ne restait plus qu’à continuer sur ma lancée”.
Des spaghettis pour lutter contre le froid
Pour arriver à bout des quatorze kilomètres (en ligne droite) du détroit de Gibraltar, l’homme d’affaires a entamé, il y a trois mois, un entraînement intensif digne d’un professionnel. Au menu : une vingtaine de kilomètres en moyenne de natation par semaine en bassin et six kilomètres le week-end en mer. A un mois du jour J, le Casablancais monte la barre plus haut en parcourant exceptionnellement les quinze kilomètres séparant Aïn Diab de Dar Bouazza.“Il fallait que je sache si mon corps pouvait supporter ce genre de distances”, explique-t-il. Quelques jours plus tard, grosse frayeur au large de Casablanca :“Je nageais avec un membre de ma famille par une mer démontée. A un moment, je l’ai perdu de vue et je ne l’ai retrouvé qu’une fois dehors. J’ai eu une frousse terrible”, raconte-t-il, avant d’ajouter, sourire aux lèvres :“Mais bon, le lendemain, on a remis ça”. En revanche, Jalil Belcaid ne s’est pas imposé de régime particulier en prévision de sa traversée?:“En gros, je n’ai rien changé à mes habitudes. J’ai seulement mangé plus de spaghettis pour prendre du volume et avoir moins froid le jour J”, précise-t-il.
Equitation, marathon, triathlon, etc.
Natif de Marrakech, Jalil Belcaid a toujours eu un faible pour le sport de haut niveau. Encore tout jeune, ce fils de militaire, dont le père a été directeur de l’Académie militaire de Meknès, fait la tournée des compétitions hippiques du royaume. Son autre dada à l’époque : le vélo.“Nous habitions de vastes casernes militaires où nous avions pris l’habitudes, mon frère et moi, de nous déplacer à bicyclette”, se rappelle-t-il. Mais très vite, pédaler à l’intérieur de la caserne ne suffit plus aux yeux du jeune Belcaid, qui inscrit dans son programme quotidien une virée, aller-retour, sur deux roues de Casablanca à Nouaceur, d’une distance de quarante kilomètres. Pas mal.
En 1997, Jalil Belcaid se réveille un matin avec une idée fixe en tête : participer à un marathon.“La veille, j’en avais vu un à la télévision. Ça m’a donné envie de m’y essayer. Courir 42 kilomètres est un acte peu commun. Ce côté impossible, un peu fou, m’a séduit”, raconte-t-il. La même année, le jeune homme s’inscrit à la dernière minute au marathon international de Marrakech. Sans aucune préparation, il atteint, le jour J, non seulement son objectif en terminant la course, mais réussit également un chrono honorable : 3 heures 20 minutes. Alors âgé de 35 ans, Jalil Belcaid, séduit par la discipline, entame, aux côtés de ses amis du CMCF (Club marocain des coureurs de fond), une tournée des marathons les plus prestigieux de la planète : New York, Chicago, Paris, Amsterdam, Londres et Berlin, où il affiche deux ans plus tard un chrono affolant : 2 heures 48 minutes.“J’ai continué quelque temps, puis j’ai très vite laissé tomber les marathons parce que je savais que je ne pouvais pas faire mieux. A moins d’arrêter de travailler”, explique t-il.
En attendant le prochain défi
Le marathonien retraité se tourne alors du jour au lendemain vers une discipline sportive encore plus difficile : le triathlon. Un sport qui enchaîne trois épreuves : la natation (3,8 km), le cyclisme (180 km) et la course à pied (42,195 km). Là aussi, Jalil Belcaid devient un habitué des compétitions internationales. Jusqu’en février dernier, lorsqu’un de ses proches lui parle d’une société espagnole qui organise la traversée du détroit de Gibraltar à la nage. Sur le coup, il n’y prête pas trop attention, contrairement à son beau-frère qui s’inscrit sur le champ, et entame un programme de préparation adapté en vue de son périple en mer. “Très vite, en le regardant s’entraîner, il m’a donné envie de me joindre à lui. Malheureusement, il n’a pas pu aller jusqu’au bout, il s’est blessé en cours de route. J’ai dû continuer tout seul”, raconte-t-il. Alors, à quand le prochain exploit ? “Pour le moment, je savoure…Et je me repose un peu, mon corps en a grand besoin”. Ça, on l’a compris. |
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Bio express
1962. Voit le jour à Marrakech
1997. Participe à son premier marathon
1999. Réalise son meilleur chrono lors du marathon de Berlin
2004. Participe à son premier triathlon
2009. Réussit la traversée du détroit de Gibraltar |
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