C’est trop. Zakaria Boualem dépose les armes,
il a besoin de se reposer quelques mois.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Le nouveau sélectionneur de notre glorieuse équipe nationale s’appelle Hassan Moumen. Cet homme sera assisté par un trio formé de Jamal Sellami, Houcine Ammouta et Abdelghani Naciri. A la lecture de cette nouvelle surréaliste, Zakaria Boualem a aussitôt pensé au jury de Studio 2M, allez savoir pourquoi.
Il a ensuite basculé dans le doute. Il est ainsi fait, le Zakaria Boualem : passé un certain niveau d’absurde, il bascule dans le doute. Comment analyser ces étranges nominations ? Veut-on signifier au public marocain qu’on a renoncé à toute forme de football dans ce pays ? S’agit-il d’une décision pleine de bon sens économique, puisque ces messieurs Ammouta, Naciri, Moumen et Sellami auront du mal à faire pire que les noms ronflants qui les ont précédés, |
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tout en coûtant quatre fois moins cher, même à quatre ? Sont-ils les seuls à avoir répondu au téléphone ? Sont-ils brillants et nous auraient échappé ? Notre Fédération a-t-elle juré d’entrer dans l’histoire comme la plus grande consommatrice d’entraîneurs au monde, et décidé aussitôt de passer à la vitesse supérieure en les engageant et en les virant par paquet de quatre ? Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? Comment en est-on arrivés là ? A quelle heure va-t-on se réveiller ?
Puis, Zakaria Boualem a compris : nos dirigeants sont fatigués. Au bout du rouleau, complètement à plat, vidés. Ils sont même prêts à envoyer le Difaâ d’El Jadida terminer les qualifications au nom du Maroc, pourvu qu’on les laisse tranquilles. ça tombe bien, Zakaria Boualem lui aussi est épuisé. Il n’en peut plus, c’est trop pour lui. Au début de ses aventures, il s’en allait, guilleret, traquer les absurdités de notre système pour venir les raconter à TelQuel avec un petit sourire. C’était mignon. Puis ça a grossi. Des gens qu’il ne connaît pas se sont mis à lui raconter leurs problèmes, comme s’il pouvait déjà régler les siens. Il s’est donc mis à gérer l’absurde des autres, ce qui constitue une bonne définition de l’enfer. Soudain, il a été dépassé par les événements, complètement submergé…
En sept ans d’aventures, il a supporté deux élections législatives et deux élections communales, des histoires de satanisme avec des cendriers qu’on a voulu nous faire passer pour le crâne du Malin himself, une élimination à la Coupe du Monde et une autre à l’organisation de la Coupe du Monde, des guerres contre l’axe du mal et quelques attentats au milieu de tout cela. C’est beaucoup. Et voilà que l’on nomme messieurs Ammouta, Sellami, Naciri et Moumen à la tête de notre équipe de football. C’est trop. Zakaria Boualem dépose les armes, il va se reposer quelques mois. Voilà la meilleure des attitudes possibles, une des rares phrases sensées publiées dans cette rubrique : il faut que chacun aille se reposer…
Ne me demandez pas où Zakaria Boualem va prendre sa retraite, il n’en sait rien lui-même. Il va aller là où personne ne va jamais. Et surtout, il va se taire. Si jamais, malgré ses précautions, on parvient à lui annoncer une nouvelle absurde, il répondra que c’est une très bonne idée. Vous pouvez donc virer dès demain messieurs Ammouta, Naciri, Moumen et Sellami et les remplacer par un duo Captain Majid/Sindibad El Bahri si ça vous chante, vous pouvez tranquillement travailler sur le TGV de 2032, prenez votre temps, vous pouvez organiser de nouvelles élections avec des poulets, des tracteurs et des poulpes, allez-y gaiment, que Dieu vous assiste. De toute façon, il n’y a rien ni personne pour vous en empêcher. Zakaria Boualem, lui, va se reposer. Soyons bien clairs : il ne s’agit pas du congé légal et minimum du mois huit, comme on dit chez nous. Non, on parle d’un silence salvateur qui devrait se prolonger jusqu’au mois de novembre.
Rendez-vous dans trois mois, donc, et in challah. Et merci. |