N° 388
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Drogue. Et voilà Triha !
Fait-divers. Juge et bourreau ?
Grippe A. La fièvre hivernale
Phénomène. 9% ou bikheer
Visite guidée. Une journée avec les gendarmes du ciel
L'ACTU MAROC



Par Mohammed Boudarham

Drogue. Et voilà Triha !

(DR)
Le présumé baron de la drogue Lamfadel Akdi est tombé entre les mains de la police. Son procès pourrait coûter cher à divers responsables de l’Administration territoriale, des services de sécurité et de la justice dans le nord du royaume.


L’été 2009 n’a pas échappé à la règle. Il a eu droit, comme les étés précédents, à son feuilleton judiciaire. Avec, pour le premier rôle, un certain Lamfadel Akdi, alias “Triha”. Depuis l’arrestation, mi-août à Tanger, du baron qui trônait à la tête d’un réseau opérant à
l’international, 16 autres personnes ont été interpellées dans diverses villes du pays, notamment au nord : Chefchaouen, Tanger et Tétouan. Depuis, tout ce beau monde fait un incessant va-et-vient entre le pénitencier de Oukacha et le juge d’instruction de la Cour d’appel de Casablanca, Abdelouahhab Majidi, qui hérite de l’un de ces dossiers chauds qui atterrissaient généralement sur le bureau de Jamal Serhane, magistrat passé spécialiste des “grosses affaires”.

Attrape-moi si tu peux !
Triha, surnom qui signifie “raclée”, nous raconte une source à Bab Berred (région de Chefchaouen, fief du trafiquant), “est connu de tous pour ses activités, surtout depuis qu’il s’est mis à son compte”. Il n’empêche que son arrestation par des policiers en civil, le 17 août au célèbre café Bouhri sur la corniche tangéroise (ancienne propriété d’un notable de la ville cédée à Triha) a surpris. L’homme passait pour un intouchable. Il semblait opérer au grand jour sans jamais être sérieusement inquiété. Arrêté et poursuivi à plusieurs reprises, il a toujours été lavé de tout soupçon. La dernière fois, il y a un peu plus d’un an, il s’est même permis le luxe de se livrer “spontanément” à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Condamné en première instance par le tribunal de Tétouan à six ans de prison ferme, il a tout simplement été acquitté en appel. Ce qui a bien fait jaser à Tétouan, où l’on évoque régulièrement les appuis (dans les corps de la gendarmerie, de la police et de la justice) dont Triha aurait bénéficié.
Après la tempête médiatique du début d’été, le procureur général de la Cour d’appel de Casablanca, Abdellah Alaoui Belghiti, a laissé entendre, devant les caméras de la télévision, qu’aucune personne impliquée dans ce réseau ne sera épargnée. Chose promise, chose due. Le 25 août, le patron du Parquet annonce que 16 personnes se trouvent en état d’arrestation. Deux jours plus tard, une 17ème personne rejoint les cellules de Oukacha : Mohamed Jouhari, ancien député RNI (lire encadré).

Baron ou homme de main ?
Triha n’est pas exactement un Don Corleone. Son rôle et son poids, selon plusieurs sources concordantes, semblent avoir été légèrement “gonflés”. “Une bonne partie de ceux qui ont été arrêtés sont de vrais barons de la drogue devant lesquels Triha fait figure d’enfant de chœur”, explique l’une de nos sources à Tétouan. Soit, mais pourquoi se retrouve-t-il aujourd’hui sous les feux de la rampe ? “Parce que son nom a été divulgué en premier, l’affaire s’appelle Triha, c’est tout”. Des nuances doivent être apportées à cette version des faits. Sans être le plus gros trafiquant de drogue du pays, Triha n’est pas un débutant. Un bref retour sur son “parcours” nous en donne l’illustration.
Issu d’une famille nombreuse, très peu lettré, Triha a appris le “métier” sur le tas, au point de devenir grossiste, opérant essentiellement dans la région. Pour maquiller ses activités, il s’est lancé, en parallèle, dans l’immobilier, le commerce et la restauration. Mais il n’a jamais défrayé la chronique mondaine, contrairement à un Mounir Erramach ou un Chérif Ben Louidane, autres célébrités de la drogue tombées dans les filets de la justice. “Depuis des années, il a cultivé l’image du trafiquant traditionnel attaché à la tribu et à la famille. Il était connu de tous mais il s’interdisait de trop s’afficher en public, préférant se faire discret, menant ses activités le plus normalement du monde”, dit de lui une source locale. Triha, qui affiche aujourd’hui 45 ans au compteur, passe même pour l’un des généreux mécènes de la localité de Bab Berred, venant en aide aux petites gens qui le lui rendent bien. “Il aurait été impossible de l’arrêter dans son fief. Les habitants en auraient empêché la police”, explique notre interlocuteur.

Purges et règlements de compte
L’instruction en cours devrait s’étaler sur un mois, voire plus. Avec, éventuellement, de nouvelles arrestations. Pour l’heure, selon une source judiciaire à Rabat, aucun responsable de la police, de la gendarmerie ou encore de l’Administration n’a été arrêté, même si plusieurs noms circulent déjà. Le Conseil supérieur de la magistrature ne s’est pas prononcé, pour sa part, sur le cas des juges soupçonnés d’avoir “collaboré” avec le trafiquant de Bab Berred. Aujourd’hui, le suspense demeure entier, amplifié par l’inévitable radio-médina. A Tétouan, Tanger et Chefchaouen, des rumeurs font état de l’implication de hauts gradés des services de sécurité, de juges, de caïds… et même d’un gouverneur de préfecture toujours en exercice dans la région. “Ces rumeurs ne sont pas forcément innocentes”, s’inquiète une source sécuritaire dans le nord. Car l’occasion est belle pour régler des comptes entre rivaux, à tous les échelons. A Casablanca, où le juge d’instruction continue d’auditionner les 17 accusés, les quelques indiscrétions qui filtrent de l’enquête indiquent que Triha aurait livré les noms de ses complices et protecteurs. Sans plus. A Oukacha, par prudence, le baron a été placé en cellule isolée pour éviter tout contact avec les autres accusés. Seule l’ouverture du procès, qui ne devrait intervenir que dans quelques semaines, est susceptible de lever le voile sur les nombreuses zones d’ombre qui planent sur l’affaire.

Dégâts collatéraux. Du rififi au RNI
Mostafa Mansouri, président du Parlement et du RNI (Rassemblement national des indépendants), voit rouge. Son parti n’a pas digéré le fait que son nom soit associé, sur la place publique, à l’arrestation de Mohamed Jouhari. Et pour cause, Jouhari, ancien député des “bleus”, ne fait plus partie de la formation de Mansouri depuis 2002. “Mêler le RNI à toute cette histoire est un acte prémédité dont le but est de ternir, à tort, notre image”, s’insurge un responsable du parti. Réuni en catastrophe, le bureau politique du RNI ne compte pas rester les bras croisés. Après avoir saisi le ministère de la Communication, il compte protester auprès du ministère de l’Intérieur, voire de la primature. “On pourrait même évoquer cette triste affaire lors de la prochaine session parlementaire” poursuit notre source.

 
 
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