N° 388
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Grippe A. La fièvre hivernale
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L'ACTU MAROC



Par Fadoua Ghannam

Grippe A. La fièvre hivernale

(DR)

D’après l’Organisation mondiale de la santé, 10 millions de Marocains risquent de contracter le virus de la grippe AH1N1. Explications.


Au ministère de la Santé, les premières journées de ramadan ont été très chargées. Entre réunions marathoniennes, conférences et rencontres avec la presse, les directeurs centraux de ce département et autres proches collaborateurs de Yasmina Baddou ne savent plus où donner de la tête. Face à la grippe A, les quatre prochains mois
s’annoncent “chauds”, selon le directeur de l’épidémiologie lui-même, Omar Mnazhi. S’il ne cache pas que la situation pourrait devenir délicate à l’approche des saisons automnale et hivernale, il affiche tout de même cet optimisme auquel les officiels marocains nous ont habitués depuis le déclenchement de l’épidémie grippale, en mai dernier.
Pour ce spécialiste, le Maroc est capable de faire face à ce virus qui s’érige en cauchemar sanitaire à l’approche des vagues de froid, et ce, alors même que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cesse de tirer la sonnette d’alarme et affirme que plus de deux milliards d’êtres humains pourraient contracter la grippe A d’ici la fin de l’année 2009, soit un taux de pénétration de 30% sur tous les continents. “Si on applique ce taux à notre pays, 10 millions de Marocains risquent de contracter le virus entre septembre et décembre prochain”, explique le directeur de l’épidémiologie. Avant de se rattraper en précisant que cette population ne tombera pas nécessairement malade : “Selon nos prévisions, seule la moitié d’entre eux (5 millions) auront besoin d’une prise en charge médicale”.

Nouveau plan gouvernemental
Les semaines et mois à venir s’annoncent donc cruciaux. Les services de santé du royaume se préparent à affronter cette menace hivernale en renforçant le dispositif déjà mis en place par le gouvernement de Abbas El Fassi. Un plan qui a nécessité la mobilisation de 800 millions de dirhams. Cet argent a permis l’acquisition de deux millions de doses de Tamiflu, seul antiviral efficace pour ce genre d’affection, et l’achat de six millions de masques respiratoires et bavettes qui ont été distribués sur les délégations régionales et provinciales de la santé à travers tout le territoire. Mais le nouveau plan de riposte contre la grippe A, qui a été d’ailleurs à l’ordre du jour du dernier Conseil de gouvernement, tenu jeudi 3 septembre, apporte une nouveauté : des actions ciblées. Un “comité d’experts”, épine dorsale du plan, sera créé dans les jours à venir avec pour mission principale d’établir une hiérarchisation de la population cible des actions gouvernementales.

Les médecins et les enfants d’abord
“Au cas où l’épidémie prend des proportions importantes, il est primordial de fournir les soins hospitaliers aux personnes qui en ont le plus besoin”, précise notre source au sein de l’Ordre national des médecins. Font partie de cette “population vulnérable”, selon le jargon hospitalier, certaines professions : médecins, infirmiers, personnels navigant, employés des ports et aéroports et personnel touristique, en contact permanent avec les porteurs de virus. D’autres personnes se trouvent vulnérables à cause de leur âge ou de leur état de santé précaire, comme les enfants en bas âge, les personnes âgées, les femmes enceintes et les individus souffrant de maladies chroniques.
Composé de représentants des instances ordinales des médecins et pharmaciens en plus de responsables du ministère de tutelle, le comité d’experts aura à décider, au fur et à mesure de la situation épidémiologique sur le terrain, du nombre de doses de médicaments et de vaccins à acheter. Et pour ne pas être à court de traitements durant cette seconde phase de développement de l’épidémie, le ministère table sur les génériques. En plus de Roche, laboratoire pharmaceutique qui détient le brevet de fabrication du Tamiflu à l’échelle mondiale, le laboratoire marocain Genpharma fournit les dépôts du ministère de la Santé. La fabrication du Genflu (nom commercial du générique) a commencé cet été en vertu d’un accord passé avec l’Indien Hetero Drugs Limited, qui a négocié un contrat de licence avec la société-mère Roche au niveau mondial.

Prévention. Vaccine qui peut
En juillet, la ministre de la Santé Yasmina Baddou a annoncé la commande d’un million de doses de vaccins contra la grippe A auprès de quatre laboratoires mondiaux : Novartis, Sanofi Aventis, GSK et Baxter. Entre juillet et août, cette commande est passée à six millions de doses et leur livraison est prévue pour le courant du mois d’octobre. A partir de là commencera une grande campagne de vaccination contre la grippe A. Seront particulièrement ciblées des personnes dites vulnérables, qui sont en contact avec la maladie ou présentent des signes de faiblesse (âge, maladies chroniques, grossesses, etc.). Pour un effet maximum de ce vaccin, deux injections, qui doivent absolument provenir du même flacon, seront nécessaires. Ce qui veut dire que la vaccination devra se faire au domicile ou sur le lieu de travail de chacun. Mais des sources médicales mondiales doutent, dès à présent, de l’efficacité de ces vaccins qui sont toujours en phase d’essai et qui n’ont pas obtenu, jusque-là, l’autorisation de vente dans aucun pays européen ou nord-américain. Le rythme de production de ces vaccins ne risque pas de satisfaire toute la demande mondiale. Les six millions de doses commandées par le Maroc en sont un parfait exemple. Pour une population de 62 millions de personnes, la France en a commandé 93 millions de doses, pour l’automne-hiver 2009.

 
 
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