N° 388
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Libye. 40 ans et toutes ses dents
L'ACTU MONDE



Par Nina hubinet

Libye. 40 ans et toutes ses dents

(AFP)

Mouammar Kadhafi a réussi à imposer son autorité absolue sur un pays aux immenses réserves pétrolières, sans améliorer véritablement le sort de ses citoyens.


Le “roi des rois d’Afrique”, comme il se désigne lui-même, doit tenir son rang. Six jours de fête ont été décrétés à Tripoli pour célébrer ses quarante ans de pouvoir. Mardi 1er septembre au soir, un spectacle d’une heure et demie a retracé “l’épopée” de Mouammar Kadhafi, en mêlant danseurs, feux d’artifice, cavalcades et jets d’eau. Le Français
Martin Arnaud, qui avait conçu la cérémonie d’ouverture du Mondial 1998 de football en France, orchestrait le show. Seule ombre au tableau : aucun des dirigeants occidentaux invités par le Guide libyen n’était présent. Tous avaient prudemment choisi d’envoyer un ambassadeur ou un ministre pour les représenter. Même Silvio Berlusconi, présent dimanche à Tripoli pour commémorer la signature du traité d’amitié signé un an auparavant avec la Libye, est rentré en Italie avant le début de la fête. Malgré ses efforts pour regagner l’estime de la communauté internationale, Mouammar Kadhafi reste peu fréquentable aux yeux des Occidentaux.
L’accueil triomphal réservé à Abdelbasset Al Megrahi lors de son retour à Tripoli, le 20 août, a en effet refroidi plus d’un dirigeant européen. Cet ancien agent des services de renseignements libyens, condamné en 2001 à la prison à vie pour l’attentat de Lockerbie (qui avait causé la mort de 270 personnes en 1988) a été libéré par la justice écossaise. Atteint d’un cancer de la prostate en phase terminale, Al Megrahi n’aurait plus que trois mois à vivre. Au-delà des raisons humanitaires, cette libération semble avoir été motivée par un juteux contrat pétrolier promis à la British Petroleum, d’après le quotidien britannique The Times dimanche 30 août.

Inspiré par Nasser
Lors de l’arrivée au pouvoir de Kadhafi, il y a quarante ans, les pays occidentaux n’ont pas vu d’un mauvais œil le changement de régime en Libye. Le 1er septembre 1969, le colonel Kadhafi, âgé d’à peine 27 ans, renverse le roi Idriss el-Sanousi, avec l’aide de 12 autres officiers libyens lors d’un coup d’Etat sans effusion de sang. Le nouveau leader, qui se dit inspiré par Nasser, lance en 1973 la “révolution culturelle islamique”, puis proclame la “Jamahiriya arabe, populaire et socialiste” en 1977. Dans les discours, il s’agit d’une démocratie directe, basée sur des comités locaux. Dans les faits, Kadhafi et son clan monopolisent progressivement le pouvoir, tout en ménageant les différentes tribus du pays. Les six millions de Libyens n’ont pas vraiment leur mot à dire.
Le régime se lance parallèlement dans une offensive anti-occidentale : dans les années 1980, Tripoli est impliqué dans plusieurs attentats sanglants. Après celui visant des soldats américains dans une discothèque de Berlin en 1986 (trois morts), les Etats-Unis bombardent Tripoli et Benghazi, faisant 101 victimes, dont la fille adoptive de Kadhafi. Puis viennent les attentats contre un Boeing de la Pan Am au-dessus de Lockerbie, en Ecosse en 1988 (270 morts) et contre un DC-10 d’UTA (reprise par Air France) au-dessus du désert du Ténéré, au Niger, en 1989 (170 victimes). Le régime libyen est très fortement soupçonné, mais refuse de collaborer aux enquêtes. En 1992, le Conseil de sécurité de l’ONU décrète un embargo aérien et militaire contre la Libye. Allié affiché de toutes les guérillas du monde, le colonel Kadhafi est soupçonné de soutenir certaines organisations terroristes.

Après la révolution, les contrats pétroliers
A la fin des années 1990, le Guide libyen comprend que le vent tourne : le mur de Berlin est tombé, les guérilleros marxistes ne seront bientôt qu’un souvenir. Il opère donc un virage à 180 °C et accepte de livrer des suspects dans l’attentat de Lockerbie. Après la condamnation d’Al Megrahi en 2001, l’embargo contre la Libye est suspendu. Pour peaufiner son image de repenti, Kadhafi annonce en 2003 la fin de son programme d’armes de destruction massive. Le pouvoir libyen verse 2,7 milliards de dollars pour indemniser les familles de victimes de l'attentat de Lockerbie et un million de dollars par victime du DC-10 d’UTA. Depuis, Kadhafi a planté sa fameuse tente bédouine dans plusieurs capitales européennes, où l’on s’est presque habitué à ses exigences excentriques et à ses diatribes anti-israéliennes, tout en lorgnant ses pétro-dollars.
“On entre dans une phase de coopération”, assure Moncef Djaziri, spécialiste de la Libye à l'université de Lausanne, interrogé par RFI. Selon lui, les négociations entre Tripoli et Londres autour de la libération d’Al Megrahi montrent que Kadhafi a définitivement tourné le dos à la confrontation avec l’Occident. Il privilégie désormais les intérêts économiques de son pays, au sous-sol immensément riche en pétrole et en gaz. La Libye doit rattraper son retard : elle dispose des premières réserves d’or noir d’Afrique, mais ses installations d’extraction et de prospection sont vétustes. L’Europe, qui cherche à diminuer sa dépendance au pétrole saoudien et au gaz russe, pousse à une normalisation des relations avec Tripoli. Elle peut non seulement acheter des hydrocarbures, mais aussi vendre des infrastructures aux Libyens. Les Européens comptent aussi sur la Libye pour lutter, en amont, contre l’immigration clandestine venue d’Afrique.
Mais les Libyens ne profitent pas vraiment des retombées de la manne pétrolière et de la croissance du PIB à 6%. “Cela fait 40 ans que c’est la même chose, 40 ans de retour en arrière plus que d’avancées”, estime ainsi un habitant de Tripoli interrogé par la BBC. Si le taux d’alphabétisation - 84% - est, officiellement, assez haut, plus de 30% de la population active est toujours au chômage. Le pays, tenu d’une main de fer depuis la révolution du 1er septembre, n’est pas au bord de l’insurrection pour autant. Sauf événement imprévu, le plus ancien chef d’Etat africain en exercice devrait pouvoir jouer encore longtemps les trublions dans les sommets internationaux.

Diplomatie. Quand Tripoli négocie…
Les années 2000 ont été propices aux règlements de compte entre Tripoli et les Européens : indemnisation des familles de victimes des attentats des années 1980, fin de l’embargo, excuses italiennes pour les exactions commises pendant la période coloniale, etc. La détention de cinq infirmières bulgares et d’un médecin palestinien accusés d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens, l’un des derniers sujets de discorde, s’est soldée en juillet 2007 par une libération médiatique, orchestrée par Nicolas Sarkozy. Un contentieux reste cependant en suspens : deux hommes d’affaires suisses sont retenus à Tripoli depuis plus d’un an. Ils ont été arrêtés en représailles à la brève détention, à Genève, d’Hannibal, le fils du colonel Kadhafi, accusé d’avoir maltraité deux domestiques, un Marocain et une Tunisienne. Les excuses officielles du président suisse, présentées le mois dernier, n’ont pas suffi : la Libye exige maintenant le versement d’une caution d’un demi million d’euros pour libérer les deux hommes.

 
 
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