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Par Karim Boukhari
Délire de nationalité
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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Extraits de conversations d’un dîner entre amis :
• Alors, ton mari a obtenu la nationalité française ?
• Non, il lui reste à tenter la nationalité espagnole. Il la mérite autant.
• Et s’il ne l’obtient pas ?
• Il devra se contenter de sa nationalité marocaine et ce serait embêtant. A l’aéroport, les queues réservées aux non-Européens sont interminables. Moi, qui ai la double nationalité, j’ai le temps de tamponner mon passeport et de fumer une cigarette de l’autre côté de la frontière, en attendant que mon mari se dégage de la queue marocaine.
• Finalement, on a de la chance, nous autres, de posséder la double nationalité.
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• Oui, c’est le seul moyen pour passer toutes les frontières sans encombrement possible.
Citizen Cannes
Si vous n’êtes toujours pas rentrés de vacances, et que vous aimez le cinéma, on vous recommande vivement de lire “La vie passera comme un rêve”, le livre-témoignage de Gilles Jacob, président et cheville ouvrière du Festival de Cannes depuis 1977 (Ed. Robert Laffont, 2009). Le Citizen Cannes, comme on l’appelle, y livre les coulisses réjouissantes d’un festival qui passe pour le plus important événement culturel au monde. Traitement plutôt à la moulinette. Intrigues, lobbying, caprices et volte-face, tout y passe. Comment résister, devant ce livre drôle et instructif, au plaisir de reproduire deux citations d’immenses cinéastes, cousins lointains, à l’art jouissif pour l’un (Woody Allen) et déprimant pour l’autre (Ingmar Bergman). Woody : “On pense que je suis un intellectuel parce que je porte des lunettes, on croit que je suis artiste parce que mes films perdent de l’argent”. Bergman (qui n’a pas pu se déplacer à Cannes qui lui a offert une palme symbolique en 1997): “Pardonnez à un vieil homme de n’être pas là ce soir. Après avoir, des années et des années, joué avec des images de vie et de mort, la vie m’a rattrapé et maintenant je me sens timide et fragile. Avec honneur et humilité, je dis merci à chacun de vous”.
A propos d’un sondage
Sommes-nous allés trop vite ? Trop loin ?
Il est facile de dire, aujourd’hui, comme le prétendent nos accusateurs, que nous serions allés vite et loin. Que nous sommes un simple ramassis de têtes brûlées et de jeunes gens impatients. Que le Maroc, comme on nous l’a répété en coulisses, “n’est pas prêt”.
Alors quoi, il n’est pas prêt ce Maroc qui a osé solder les années de plomb de l’ère hassanienne ? Ils ne sont pas prêts ces Marocains en voie d’émancipation personnelle ? Elles ne sont pas prêtes, toutes ces femmes qui aspirent à l’égalité ? Et tous ces hommes épris de liberté et de citoyenneté ? Tous ces gens n’ont donc rien à dire, rien à penser ?
Dans le fond, censurer l’opinion des Marocains ne signifie rien d’autre que cette opinion est sans intérêt. Et que ces Marocains ne méritent pas d’être écoutés. Comment, après cela, croire un seul instant que le Maroc est une construction démocratique ? Comment ne pas douter de la sincérité du discours officiel quand il met en avant des valeurs de citoyenneté, d’égalité, de modernité ?
Nous savons tous que s’interdire d’écouter, c’est se condamner à ne pas comprendre. Cela n’a jamais servi personne, et encore moins les intérêts supérieurs d’un Etat.
La censure repose sur une logique rétrograde, la même qui nous a empêchés, il y a 20 ans, de lire des reportages sur la prostitution masculine ou le trafic de drogue au Maroc, en croyant bien faire. Evidemment que cela n’a servi à rien.
Nous nous sommes posé toutes ces questions, et bien d’autres encore, avant de réaliser le fameux sondage qui nous a valu d’être saisis. Un travail sérieux, mené dans les règles de l’art et de la bienséance. Un travail dont les résultats*, que l’on nous a interdit de vous communiquer, nous confortent dans l’idée que, oui, sonder l’opinion des Marocains fait bien partie des urgences de ce pays.
* Les résultats les plus spectaculaires, et sans doute les plus surprenants, sont ceux qui portent sur la vitesse des réformes menées par Mohammed VI, et sur les décalages que cela a pu produire auprès d’une frange de l’opinion publique |
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