N° 388
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

"Faire rire, c’est sérieux"

Hanane Fadili
Humoriste (AIC PRESS)

Antécédents

1974. Naissance à Casablanca
1991. Signe à 17 ans son premier contrat avec 2M,
pour l’émission Foukaha.
2000. S’installe à Paris pour suivre les Cours Florent.
2003. Hanane Show sur 2M.
2006. Caméra Lakoum sur TVM.
2007. Présente la cérémonie d’ouverture du
Festival de cinéma de Marrakech.
2009. Ach Khsarti Ila Dhakti sur 2M.

Le PV
Chez les Fadili, le clan c’est sacré. Et Hanane n’échappe pas à cette règle. Elle vous reçoit après le ftour, encore entourée de sa famille, comme pour se rassurer. Ils sont venus, ils sont tous là. Son bébé Adam dans les bras du mari, sa sœur comédienne, son père Aziz, acteur, qui n’est jamais trop loin, et sa mère qui tient à jour le CV de sa fille. C’est elle qui vous rappelle la date de telle émission produite par Hanane. Il y a même le neveu, le fils du frère de Hanane, réalisateur de son état. Un vrai Kompass artistique. On se perdrait presque dans les présentations. Mais c’est comme ça chez les Fadili, un artiste peut toujours en cacher un autre…


Smyet bak ?
Aziz Fadili

Smyet mok ?
Fatema Kanouna

Nimirou d’la carte
BE 679374. Les gens que vous interrogez donnent leur vrai numéro ?

Oui, et de mémoire le plus souvent.
Normal, au fond. On a toujours sa carte sur soi car nous avons la culture de la fourgonnette de police. On apprend même, par précaution, le numéro par cœur. Des fois qu’on oublierait ses papiers à la maison.

On dit qu’une femme que l’on fait rire est à moitié conquise. Ça marche aussi avec les hommes ?
Il faut plutôt poser la question à mon mari. Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas la comique qu’on voit à la télévision. Faire rire, c’est mon job. Je fais relâche une fois à la maison.

Interpréter 22 personnages dans le même spectacle, ça rend schizophrène ?
Rassurez-vous. Là, c’est Hanane qui vous parle, pas un de ses personnages.

Qu’est-ce qui vous fait rire ?
Les choses drôles qui arrivent de manière spontanée. Par exemple, voir quelqu’un glisser et tomber.

C’est cruel…
Oui, un peu. J’aime aussi les engueulades dans la rue, du moment qu’elles ne tournent pas à la violence.

Et les humoristes marocains, ils vous font rire ?
Je ne veux pas les juger car je n’aimerais pas qu’ils me jugent. Je préfère parler de l’humour marocain en général. Il est en crise car il se répète dans les sujets, sans jamais sortir des sentiers battus.

Vous appréciez pourtant Abderraouf qui n’a jamais changé de registre…
Je parlais du Abderraouf d’une certaine époque, celui qui me faisait rire quand j’étais gamine. Aujourd’hui, il doit faire évoluer son personnage.

Comment créez-vous vos personnages ?
J’enregistre automatiquement, et sans m’en rendre compte, des expressions, des gestes et des attitudes. Ces détails remontent à la surface quand j’ai besoin de créer un personnage.

Cela fait 5 minutes que l’on parle doctement d’humour. C’est grave docteur ?
C’est très grave. Faire rire, c’est sérieux. A cause du stress et de la fatigue, il m’arrive de pleurer avant de réussir à boucler un sketch.

Votre petite nature vous a joué des tours dans Al Wadi, téléréalité libanaise à laquelle vous avez participé…
C’était une adaptation de la Ferme des célébrités : des gens connus sont réunis à la campagne et se débrouillent comme ils peuvent pour se nourrir. Pour manger, il fallait se lever à 6 heures du matin et espérer que la poule ponde. On pouvait se retrouver à 14, avec trois œufs au déjeuner. J’ai abandonné car j’avais faim et le rythme de vie était trop dur à supporter.

Au point de refuser de participer aux tâches ménagères ?
Le candidat libanais, un mannequin, m’a demandé de manière agressive de faire la vaisselle. Il cherchait juste le bon moment pour étaler ses muscles devant les caméras. Il n’allait pas me la faire à moi. Je lui ai joué le rôle de la Casaouia en furie.

Vous espériez gagner ce concours de popularité?
Je n’étais pas là pour ça. Le jeu était basé sur le vote par sms. Le public marocain a beau vous apprécier, il ne prendra pas la peine d’en envoyer un pour vous soutenir. Il veut bien t’aimer, mais fabor (rire). D’ailleurs, vu le prix du sms, le candidat saoudien avait le plus de chances de gagner (rire).

Haifa Wehbe faisait partie des candidates. Elle est comment dans l’intimité ?
C’est une fille formidable et d’une grande sensibilité. Elle est adorable.

Et au réveil, à 6 heures du matin, quand il faut aller checker la poule ?
Même à ce moment-là, sans maquillage, elle est belle.

Les Fadili sont artistes de père en fille et travaillent ensemble. C’est le vieux principe de l’entreprise familiale ?
Les journalistes me reprochent souvent de ne travailler qu’avec ma famille. C’est saoulant à la longue. Notre équipe roule bien, pourquoi la changer ?

Vous partez au boulot ensemble le matin ?
A 2M, nous arrivons en convoi familial sur les tournages. Là-bas, ils nous surnomment la famille Adams.

Le travail, c’est mieux qu’au temps de papa ?
Aujourd’hui, je peux refuser des projets, discuter les détails d’autres. Mais dans les années 1970, un comédien n’avait pas ce luxe. Personne n’avait de considération pour ce genre de métier. A l’école, quand j’indiquais artiste comme profession du père, les enseignants traduisaient “chômeur”.

Vendre des crédits bancaires dans une pub, ça vous amuse vraiment ?
Oui, car les annonceurs ne m’ont rien imposé. Je me suis éclatée à écrire les textes et, en plus, j’étais bien payée. J’ai eu le beurre, l’argent du beurre et la fermière.

Justement, vous feriez une pub pour du beurre ?
Non. Ni pour de la confiture, d’ailleurs. J’ai associé mon nom à celui d’une banque car c’était valorisant pour ma carrière.

Et pour de l’huile comme Samira Saïd ?
Chacun est libre de vanter le produit qu’il veut. L’huile c’est important aussi. Car sans lwil, pas de tagine.

Un beau rôle dramatique au cinéma, ça vous tente ?
Ce serait un challenge pour moi. Tout comédien a envie de se surpasser, besoin de se prouver des choses, la volonté de changer de registre. Je rêve d’un rôle aussi fort que celui de Coluche dans Tchao pantin.

Comique inconnue en France, vous vous êtes retrouvée sur le plateau de Nulle part ailleurs
(Canal +) de la grande époque. Comment ?
Je donnais une série de spectacles à Paris en 1999. Une femme marocaine faisant de l’humour, c’était intrigant pour les médias pendant ces années-là. J’ai ainsi eu droit à plusieurs télés françaises et des articles dans la presse. Mais Canal + reste mon meilleur souvenir. Des fleurs vous attendent dans la loge, ils sont au petit soin pour vous, vous mettent en valeur. ça me changeait de la télé marocaine.

Entre tradition et modernité, vous vous situez où ?
Disons que je n’aime pas la modernité qui fait table rase du passé. Je suis exaspérée par les gens qui t’affirment :“Ouais je suis francisant, j’en ai rien à foutre de la culture marocaine.” Si tu ne sais pas d’où tu viens, tu ne sauras jamais où tu veux aller. Pour moi, ces gens-là sont paumés.

 
 
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