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Par Yasmina Assaoui
Tendance. L’Auberge marocaine
Partager loyer, canapé et frigo est devenu un véritable mode de vie. Après les étudiants, de plus en plus de jeunes actifs se mettent à la colocation.
Quartier Bourgogne, Casablanca. Chaleur étouffante. Maria, chemisier blanc et petit chignon, ralentit au niveau d’un immeuble propret mais peine à trouver une place où se garer. “C’est mon plus gros souci de colocataire : une seule place de parking pour trois voitures”, lance cette assistante maternelle de 27 ans. Quatre étages et quelques cliquetis de |
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clef plus tard, la porte s’ouvre sur un intérieur douillet. Petit tour des 100 m2 : trois chambres avec salle de bain privative et un grand salon ouvert sur une cuisine américaine high-tech. Le mobilier est disparate, patchwork de matières et de couleurs assemblé au gré de l’arrivée de chacun d’entre eux, sur fond de déco vintage façon eighties. L’ambiance un peu estudiantine est trompeuse, les maîtres des lieux sont trois jeunes actifs. Après avoir partagé les bancs du même lycée, et une fois leurs diplômes en poche, ce trio de très bons copains a décidé d’emménager dans ce 3 pièces. “ça arrangeait tout le monde financièrement”, explique Dounia, responsable d’une agence de voyage et locataire initiale de l’appartement. “Il est difficile de trouver un appartement spacieux, avec un minimum de standing, et abordable pour une seule bourse”, surenchérit Mouncef, photographe et troisième mousquetaire. “A Casa, avec mes 3500 dirhams mensuels pour le loyer, la seule chose que j’aurais pu m’offrir seul aurait été un placard à balais”, s’amuse ce Rbati de 26 ans.
Motivations financières et autres
Phénomène anglo-saxon rendu célèbre par la (cultissime) série Friends, la colocation a fait son entrée au Maroc par la petite porte. Peut-être en raison du flou juridique qui l’entoure (lire encadré). Hier système D, elle est aujourd’hui un bon plan B face à la crise du logement. “La première motivation est financière, le prix des loyers dans les grandes villes ayant explosé”, confirme le responsable d’une agence de location casablancaise. Certains bailleurs, qui ont flairé la bonne affaire, se sont d’ailleurs adaptés à cette nouvelle demande. Mohamed, (heureux) propriétaire d’un immeuble à Maârif extension, se frotte les mains : “Depuis deux ans, j’ai transformé mes 8 apparts en colocations”. De menus travaux, une salle de bain en plus par-ci, une petite chambre grignotée sur le salon par-là, vite rentabilisés. “Pour 2 ou 3 personnes, on peut augmenter le loyer d’un appart de 2000 ou 3000 dirhams”, poursuit-il. Résultat : une jolie prime à l’année et des apparts qui ne désemplissent pas. Mohamed se permet même de faire la fine bouche quant au choix des colocataires, car il y a du beau monde à la porte.
Bon salaire et colocation font parfois bon ménage. Tous les prétendants à la colocation ne sont pas poussés par des contraintes financières. Certains cherchent à rompre avec l’esseulement de la vie urbaine. Amina, la trentaine flamboyante, se sentait un peu seule dans son 120 m2 après son divorce. Cette prof de français a ouvert sa porte à une avocate de 27 ans. “On partage des moments agréables entre femmes. C’est une jolie complicité”, se ravit, tout sourire, notre instit’. Même cas de figure pour Hamid, ingénieur agronome converti à la cohabitation. “Ça permet d’éviter le silence d’un appart vide après le boulot le soir, de se sentir un peu entouré et… de partager les tâches ménagères”, énumère-t-il. Devenu addict aux dîners à 6 mains et aux soirées poker avec ses coloc’ et leurs amis, devenus les siens, Hamid se dit “épanoui”. Lucide, notre homme profite de cette “phase transitoire entre la vie étudiante et la vie maritale”.
Aléas de la communauté
Safaa et Youssef*, deux jeunes tourtereaux, ont aussi choisi cette option avant de se raviser. Employés de banque, collègues et concubins, le couple co-loue avec l’accord du bailleur un appartement situé à Mers Sultan. C’était sans compter sur le conservatisme ambiant du quartier casablancais. “Tout a commencé lorsque le voisinage a compris que nous n’étions pas mariés”, raconte notre banquier. Insultes, jets d’œufs à chaque entrée ou sortie de l’immeuble, lettres de menaces… leur nid douillet a tourné au bunker. Pour Houda, la colocation a aussi tourné au cauchemar. Du jour au lendemain, ses deux colocataires ont cessé de payer leur part du loyer sans quitter les lieux. Seule locataire officielle sur le contrat de bail, cette cadre en assurance vit avec une épée de Damoclès sur la tête : l’expulsion. “Je vis entre les petits règlements de compte mesquins des coloc’ et le harcèlement téléphonique du proprio. C’est impossible”, se plaint la jeune femme.
La promiscuité peut également être un problème difficile sur le long terme. “Impossible de ramener mes conquêtes d’un soir à la maison sans passer un coup de fil à mes colocataires’”, explique Hicham, qui met ses déboires sentimentaux sur le compte des règles trop contraignantes de la vie en communauté. “Pareil pour mes amis, ils sont trop bruyants, trop envahissants… donc non grata”, déplore cet assistant en pharmacie. La coloc’, c’est être chez soi, mais aussi chez les autres.
*Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés |
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Questions utiles. Que dit la loi ?
Existe-t-il au Maroc une loi spécifique à la colocation ? Non. La colocation est soumise aux dispositions de la loi n° 6-79 organisant, depuis 1980, les rapports contractuels entre les bailleurs et les locataires de locaux d'habitation ou à usage professionnel.
Le contrat de bail doit-il comporter les noms de tous les colocataires ? Si le contrat comporte le nom de l’un des colocataires, le bailleur n’est tenu que vis-à-vis de celui avec lequel il a signé le contrat de bail. Il est possible de signer différents contrats de bail pour chacun d’entre eux, à condition qu’il ne porte pas sur le même local mais des chambres différentes qui composent le local loué. Le colocataire dont le nom ne figure pas dans le contrat est considéré comme un occupant sans droit ni titre. Dans ce cas, le bailleur peut demander son expulsion.
Est-il légal de co-louer avec une personne du sexe opposé ? En ce qui concerne la colocation du même local à des personnes de sexe opposé, la loi sur la location ne prévoit rien et par conséquent aucune disposition dans le cadre de cette loi ne lui est opposable. Cependant, le bailleur qui loue le même local à des personnes de sexe opposé peut être poursuivi (en cas de survenance de problèmes troublant l’ordre public ou les bonnes mœurs) dans le cadre de la loi pénale, pour incitation à la débauche par exemple.
(En collaboration avec le cabinet Jenkal & associés, Casablanca)
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