N° 389
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Politique. Chabat, roi de Fès
L'ACTU MAROC



Par Mohammed Boudarham

Politique. Chabat, roi de Fès

(TNIOUNI)

Décrié mais incontournable, Hamid Chabat, reconduit maire de Fès pour la deuxième fois, est une figure politique pas comme les autres. Portrait.


Al’Istiqlal on ne l’appelle plus Chabat, mais “S’di Hamid”. Comme on disait, hier, “S’di Allal” pour désigner le charismatique fondateur du parti. Ce qui signifie clairement que Chabat est aujourd’hui un personnage à la fois craint et adulé. Mais qui est-il, et d’où vient-il ?

Programmé pour gagner
Petit de taille, l’œil vif, l’enfant Hamid, troisième d’une fratrie de trois garçons et deux filles, est le plus proche de son père, Ahmed Chabat, petit notable des Braness. Ce dernier milite à l’Istiqlal. Mais personne ne détecte un tel intérêt chez le petit Hamid, qui rejoint son frère aîné, instituteur à Chefchaouen, le temps de faire ses études primaires et secondaires. En 1970, il rallie Fès pour intégrer l’Institut de technologie appliquée de Fès. Fraîchement diplômé, le jeune technicien-tourneur fait un bref passage par une unité de textile (TexNord), avant de rejoindre un fleuron de l’industrie nationale de l’époque : la SIMEF (Société des industries mécaniques et électriques de Fès). “Que ceux qui émettent des doutes sur mes qualifications expliquent comment, en un an, j’ai été désigné chef de service à la SIMEF !”, se plaît à dire Hamid Chabat, fier de ses états de service. Un an plus tard, il orchestre un ralliement massif à l’UGTM (Union générale des travailleurs au Maroc), syndicat proche de l’Istiqlal.
Chabat a en quelque sorte réussi là où un Noubir Amaoui (patron de la CDT) a échoué : mettre la main sur le syndicat sans rien céder au parti. Responsable régional dès le début des années 1980, il contrôle plusieurs unités de production à Fès et régions, et ne rate aucune activité partisane dans cette ville qui a enfanté le noyau dur des dirigeants de l’Istiqlal. “On a l’impression que ce sont les postes qui le convoitent et non le contraire”, ironise un de ses proches au sujet de l’hyper-activisme dont a toujours fait preuve Chabat. Car l’homme avance. Et vite. Il gravit les échelons syndicaux jusqu’au point où, en 2006, il réussit à destituer Abderrazak Afilal, patron de la centrale. Le tout à la manière forte. Chabat et les siens n’hésitent pas à recourir aux chiens et aux gourdins pour bouter les hommes d’Afilal hors des locaux de l’UGTM et installer aux commandes Mohamed Benjelloun Andaloussi, proche de S’di Hamid.
En janvier 2009, Andaloussi est à son tour débarqué et un congrès porte Chabat à la tête de l’UGTM. Voilà Chabat au sommet.
Une fois l’UGTM soumise, il reste au maire (depuis 2003) de Fès à réaliser un autre exploit : se faire réélire à la tête de la ville. Ce qu’il réussit, haut la main, au lendemain des communales du 12 juin 2009.

Un maire et des milices
A Fès, tous les rivaux politiques de Hamid Chabat, le PJD en tête, l’accusent de recourir à des milices pour terroriser ses détracteurs. Lui préfère parler de “supporters” et d’”amis” pour désigner ses hommes de main. Dans tous les cas, le maire de Fès est un “mobilisateur”. Exemple : quand il se déplace à Rabat, en mai dernier, pour répondre à une convocation de la justice (l’USFP l’a poursuivi pour avoir “souillé”la mémoire du martyr Mehdi Ben Barka), il est escorté par une trentaine de bus remplis d’amis et de supporters. Dans la vie de tous les jours, lorsque Chabat se promène dans les quartiers de la ville, c’est toujours un événement pour la population. Les salles où il est appelé à “se produire” sont souvent bondées de femmes. Pour l’une, il a résolu un problème de logement. Pour l’autre, il a offert un emploi pour ses enfants au chômage.
Chabat est populaire, c’est une évidence. Quand il mène campagne, au milieu des youyous et des vivats, il s’amuse à narguer ses détracteurs dans un style et un langage
très peu diplomatiques. Ses proches s’enorgueillissent de l’avoir vu “chasser” Lahcen Daoudi, dirigeant PJD, de Fès pour le contraindre à “l’exil” à Rabat lors des dernières communales. Même les magistrats de la Cour des comptes n’échappent pas à ses sorties courroucées. Epinglé dans leur rapport de 2008, il convoque une conférence de presse et choisit de passer à l’offensive. On lui reproche d’avoir, entre autres, acquis pas moins de 14 véhicules pour la police ? Sa réponse est sans appel : “Je me conforme aux hautes orientations du pays : garantir la sécurité et lutter contre le terrorisme”. Ceux qui ne sont pas d’accord avec lui sont accusés de “soutenir les terroristes”. Tout simplement.

Demain l’Istiqlal ?
Hamid Chabat caresse dans le sens du poil. Il distribue les anathèmes à gauche et à droite mais évite soigneusement de s’attaquer au cercle royal. Voilà pour la stratégie. Sur le terrain, l’enfant terrible des Braness a fait le vide autour de lui, dompté ses rivaux à l’Istiqlal, battu ses adversaires à l’USFP et au PAM réunis, écœuré le PJD, etc. Que reste-t-il à cet homme qui, par ailleurs, a déjà aligné trois mandats parlementaires (1997, 2002 et 2007) ?
D’abord mener à bien ses projets pour Fès. Celui que l’on surnomme désormais “Lakhssassi” (Monsieur fontaines), pour son goût immodéré pour l’édification de nouvelles fontaines, construit une plage artificielle pour Fès. Et multiplie les partenariats avec certaines villes européennes. Rien qu’en France, il s’est vu offrir 30 bus par la ville de Strasbourg, et 10 par Montpellier. “Je suis là pour servir ma ville et mon pays. Le jour où mon heure viendra, je me retirerai sans le moindre regret”. Gageons que le jour où Chabat voudra se retirer, il briguera un mandat à la tête de l’Istiqlal. Dans l’absolu, cela ne paraît pas si irréalisable. “Des Hamid Chabat, on aimerait en avoir dans toutes les villes du pays”, nous lâche le plus sérieusement du monde un responsable istiqlalien. De là à imaginer, un jour, le populaire et populiste maire de Fès dans le rôle de numéro 1 de l’Istiqlal, il n’y a qu’un pas, que les “Chabatophiles” les plus endurcis ont déjà franchi.

BIO. Les étapes d’une ascension
1953. Naissance à Braness dans la région de Taza
1970. Intègre l’Institut de technologie appliquée à Fès
1975. Rallie, avec un groupe de salariés, l’UGTM
1981. Devient responsable du syndicat de la SIMEF
1990. Prend activement part aux événements de Fès (décembre) et s’éclipse pendant plusieurs mois
1992. Devient vice-président de la commune Zouagha
1997. Préside la même commune et entre au parlement
2003. élu maire de Fès
2007. Rempile pour un troisième mandat au parlement
2009. Devient secrétaire général de l’UGTM et se fait réélire maire de Fès.

 
 
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