N° 389
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Nos 50 ans


Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

La gauche marocaine souffle sa 50ème bougie. Même si elle a émergé avec le parti communiste, qui a vu le jour en 1943 avant de se marocaniser au fil du temps, c’est bien l’UNFP qui a véritablement donné naissance à un Maroc de gauche en 1959. 50 ans, un demi-siècle. Tout de même. C’est avec l’espoir de changer le Maroc (et de renverser la monarchie ?) que Ben Barka et d’autres jeunes gens, portés par le triomphalisme de la post-indépendance, ont fondé l’UNFP en 1959. Un demi-siècle après cette formidable épopée, que reste-t-il ? Répondre “pas grand-chose” serait aussi injuste que totalement erroné. Malgré ses renoncements successifs, et son affaiblissement continuel,
l’USFP, héritière de l’UNFP, ne pourra jamais être mise dans le même panier que les autres formations politiques. Ce n’est pas possible. L’assimiler à n’importe quel rassemblement d’individualités confine à du non-sens. Car tous les partis ne sont pas les mêmes, tous ne sont pas kif kif, comme on serait tenté de le croire. Il n’empêche que le cinquantenaire est célébré, aujourd’hui, avec un certain désarroi. L’USFP, et l’ensemble de la gauche, ont concédé beaucoup trop de terrain à la concurrence. Ils se sont laissé déborder sur le plan des idées (que défendent-ils au juste et qu’est-ce qui les différencie, aujourd’hui, des autres ?) et de l’impact populaire (que pèsent-ils ?). La crise n’est pas seulement identitaire, interne, c’est aussi une crise de chiffres. En 1963, près de 800 000 Marocains ont voté UNFP à l’occasion des premières législatives du pays, soit près d’un électeur sur quatre. En 2007, ils étaient à peine 400 000 à voter USFP, soit moins d’un électeur sur dix. Voyez la différence. Le peuple de gauche s’est réduit comme peau de chagrin et rien n’indique que la reconquête est pour demain. En se redéfinissant continuellement par rapport à la monarchie, notre gauche a oublié ses fondamentaux et une partie de son âme. En desserrant les rangs et en s’invitant dans les salons, elle a changé de monde. A 50 ans bien sonnés, elle ne boxe plus dans la catégorie des poids-lourds. Joyeux anniversaire, quand même.


Le rotavirus de la liberté
Hier encore, on pensait que pour être de gauche, il fallait militer à l’UNFP-USFP ou au PCM-PPS. Ou dans l’un des nombreux atomes, plus ou moins gros, qui en sont issus. Etre de gauche, c’était s’inscrire dans un parti de gauche, s’abonner à Al Bayane et Al Ittihad Al Ichtiraki, plus tard à Anoual, distribuer des tracts et voter à gauche. Ceux qui l’ont fait n’étaient pas spécialement romantiques. Ils ne se sont pas trompés d’époque, puisqu’ils ont agi conformément aux normes en vigueur dans ce temps. Cela a quelque peu changé depuis et, aujourd’hui, le peuple de gauche, porteur de valeurs de progressisme et représentant peut-être malgré lui un front de refus et d’opposition, nourrit le tissu humain des associations et des journaux. C’est la société civile (pour le terrain) et une partie de la presse écrite (pour les idées) qui ont repris, le mieux, le flambeau de la gauche marocaine. Elles canalisent les énergies, lancent les débats et se positionnent en rempart contre l’absolutisme, l’indifférence. Ou la bêtise. C’est à sa société civile et à une partie de sa presse écrite que le royaume doit une partie de son crédit, aujourd’hui. C’est grâce à l’exposition qu’elles peuvent lui offrir que ce pays arrive à grappiller des points, malgré les tares et les carences rédhibitoires qu’on lui connaît. Il se trouve que ce petit corps aux allures d’excroissance a besoin de liberté pour continuer à jouer son rôle de réceptacle et d’éclaireur. Le petit soldat qui sommeille en nous a besoin d’espace et d’armes. La plume pour les journalistes, le muscle pour les acteurs associatifs. C’est cette liberté, ô combien vitale pour le pays entier, qui est régulièrement mise à mal dans chaque nouvelle “affaire” liée à la presse et à ses supposés “dérapages”. Oui. Car la malheureuse actualité de l’affaire du rotavirus royal (lire édito et article p.18) ne doit pas nous faire perdre notre lucidité. Si la justice est en droit d’appliquer la loi, elle ne doit pas assassiner la liberté.

 
 
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