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Par Fahd Iraqi
"J’aimerais interviewer Mohammed VI"
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Talha Gibriel, Directeur du bureau d’Achark Al Awsat à Rabat (ABDELLATIF SIBARI)
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Antécédents
| 1957. |
Naissance (date approximative) dans la région de
Marawi au Soudan.
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| 1975. |
Arrivée au Maroc pour étudier à la faculté des lettres
de Rabat. |
| 1983. |
Nommé directeur du bureau d’Achark Al Awsat à Rabat. |
| 1984. |
Première interview de Hassan II. |
| 1985. |
Naissance de sa première fille Rouaâ. |
| 2006. |
Première rencontre avec Barack Obama. |
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Le PV
Talha Gibriel vit au Maroc depuis l’âge de 18 ans. Il ne parle pas couramment darija, mais il la comprend parfaitement. Et, surtout, son arabe classique reste intelligible, car dénué de ces termes grandiloquents, incompréhensibles pour le grand public. Son talent et son professionnalisme lui ont valu d’être le plus jeune journaliste à interviewer Hassan II (à l’âge de 27 ans seulement). Parti du Maroc en 2004, il est resté malgré tout attaché à ce pays où il a eu femmes et enfants. C’est dans un de ses entretiens, réalisés depuis Washington, que l’on a appris que George W. Bush avait passé “les meilleurs vacances de sa vie à Marrakech”. Les chefs d’Etat n’impressionnent plus ce Soudanais qui en a interrogé 29 durant sa carrière. Ses dizaines de reportages, signés des quatre coins de la planète, rendraient envieux le globe-trotter le plus érudit. Respects confrère.
Smyet bak ?
Gibriel Moussa.
Smyet Mok ?
Aïcha Youssef
Nimirou d’la carte… de séjour ?
Je n’ai pas encore obtenu ma nouvelle carte. Je traîne aujourd’hui sans matricule.
Vous avez dirigé le bureau d’Achark Al Awsat à Washington lors des élections présidentielles. Obama est donc un de vos contacts…
N’exagérons rien. Mais il est vrai que j’ai eu la chance de le rencontrer à trois reprises. La première fois, alors qu’il n’était qu’un simple sénateur qui n’avait pas encore déclaré sa candidature. J’avais écrit qu’il fallait le suivre de très près…
Qu’est-ce qui vous a impressionné chez lui ?
C’est un personnage à la fois fascinant et captivant. Il est intelligent, cultivé, très charismatique. Surtout, il suit ce qui se passe à travers le monde, ce qui est très rare pour un Américain. Il n’a rien à voir avec un George W. Bush qui a été incapable de pointer le Mexique sur un globe, alors qu’il était gouverneur de l’Etat frontalier, le Texas.
Vous avez préféré revenir à Rabat alors que votre publication vous a offert un nouveau poste au Pakistan. Être sur le terrain, découvrir autre chose, ça ne vous dit plus rien ?
Je voulais vraiment partir au Pakistan. C’était une promotion intéressante : j’allais superviser tous les bureaux du journal dans cette région, encadrer un effectif très important, et mon salaire allait être doublé…
Mais ?
Une telle décision implique toute la famille. J’ai mes enfants qui sont déjà dispersés sur 3 continents alors que leurs mères sont installées au Maroc. La famille a donc organisé un référendum. Et avec un score digne d’un pays du Tiers-Monde c’est-à-dire à l’unanimité- ils ont opté pour le Maroc.
Après 5 ans d’absence, comment vous trouvez le royaume ?
Tout a beaucoup évolué. Je suis ravi de voir que les supports de presse indépendants se sont multipliés. Mais il est malheureux de constater que le nombre de lecteurs n’a pas augmenté. Seul 1% des Marocains achètent un journal.
Cela n’arrange pas vos affaires surtout qu’Achark Al Awsat a perdu de son lustre au Maroc. Comment pensez-vous reconquérir vos lecteurs ?
Dans les années 1980 et 1990, nous étions quasiment seuls et les infos nous arrivaient en priorité. Mais aujourd’hui le paysage médiatique a évolué, du fait de l’existence d’une presse indépendante et des télévisions satellitaires. Je ne pourrais donc pas promettre de ramener les ventes du journal au niveau où elles
étaient auparavant.
Que ferez-vous alors ?
Ma mission est de redonner à Achark Al Awsat l’image d’une publication internationale qui informe sur ce qui se passe à travers le monde. D’ailleurs, avec la rédaction à Londres, nous avons décidé de supprimer l’édition maghrébine d’Achark Al Awsat et de ne faire des couvertures sur le Maroc que lorsque l’actualité le justifie.
Vous êtes toujours interdit de séjour au Soudan…
Je suis un opposant au régime soudanais, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire. Mais je ne suis pas interdit de séjour. C’est juste que si je rentre au pays, je risque de ne pas obtenir mon visa de sortie. C’est ainsi que, malheureusement, je n’ai pas pu assister à l’enterrement de ma mère, ce qui était une épreuve très douloureuse.
Vous n’avez jamais été inquiété quand vous étiez en poste au Maroc alors que vous étiez non grata pour le pouvoir soudanais ?
Un responsable marocain m’a confié que l’ambassade du Soudan avait demandé officieusement que l’on m’expulse du Maroc. Il m’a aussi dit qu’il leur avait répondu que le roi Hassan II n’accepterait jamais. Je suis reconnaissant au Maroc pour cela, car à cette époque j’aurais eu beaucoup de mal à rebondir. Mon passeport soudanais ne m’aurait permis d’aller nulle part.
Cela confirme que Hassan II vous aimait bien. Vous nous avez raconté qu’il voulait même vous offrir une maison. Aujourd’hui, vous accepteriez une villa de la part de Mohammed VI ?
Les cadeaux d’un roi ne se refusent jamais. Mais je pense que Mohammed VI n’a aucune raison de m’offrir quoi que ce soit. En plus, aujourd’hui j’ai fait ma vie et je n’ai plus besoin de maison.
Vous avez publié en 2008 un livre sur les relations entre Hassan II et Kadhafi. Pourquoi ces deux chefs d’Etat, alors que vous en avez connu plusieurs ?
J’avais la particularité, parmi tous les journalistes arabes, d’entretenir des relations avec Hassan II et Kadhafi. Tous deux étaient au courant de cela, et me posaient parfois des questions l’un sur l’autre. Et j’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser cet ouvrage basé sur les off de l’époque.
Kadhafi vous avait interdit de quitter la Libye jusqu’à la parution de son interview. Vous avez dû angoisser ?
C’est vrai. Mais la peur de ma vie, je l’ai eue en 1989 au Libéria, quand j’ai été arrêté par des rebelles qui envisageaient sérieusement de m’éliminer.
Que pensez-vous de la dernière crise diplomatique Maroc-Libye ?
Je pense qu’en Libye, certains responsables espéraient que Mohammed VI soit à la tête de la délégation marocaine. Ils ont donc réagi à chaud. Heureusement, cette crise s’est rapidement dissipée.
Quel est le chef d’Etat que vous aimeriez interviewer aujourd’hui ?
Aujourd’hui, j’aimerais bien interviewer Mohammed VI, que j’ai rencontré quand il était prince héritier.
Vous êtes polygame, une espèce en voie de disparition au Maroc. Vous vous en sortez avec la Moudawana ?
Je n’ai jamais lu la Moudawana et j’espère que je n’aurais jamais à la lire pour ne pas être déçu.
Vous laissez vos femmes porter le pantalon ou vous appliquez la loi soudanaise, qui punit de 40 coups de fouet une femme qui porte un jean ?
Elle est vraiment scandaleuse cette histoire de Soudanaise condamnée pour avoir porté un pantalon. De l’époque de ma grand-mère déjà, les Soudanaises portaient ce qu’elles voulaient et ne se couvraient pas systématiquement les cheveux. |
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