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Par Fahd Iraqi
Financement. Cher, cher crédit
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L’encours des crédits habitat
accordés aux particuliers dépasse
les 106 milliards de dirhams.
(TNIOUNI)
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Avec un secteur immobilier qui s’essouffle, un marché financier perturbé par la rareté des liquidités, plusieurs établissements de crédit ont décidé d’augmenter leurs taux à long terme. Légitime, sauf quand il y a entente entre banques censées être concurrentes.
Futurs propriétaires, méfiez-vous. Si vous avez fait une simulation pour un emprunt immobilier il y a quelques mois, revenez illico chez votre banquier. Tout est à refaire car les taux d’intérêt viennent de grimper de |
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plusieurs points. Une hausse passée sous silence et qui, de surcroît, a fait l’objet d’une concertation entre les différentes banques.
C’est un hebdomadaire de la place qui a déniché le scoop. Il relate une réunion tenue au Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) où les banquiers se seraient mis d’accord pour augmenter les taux à long terme. Confirmation auprès de Noureddine Cherkani, président du directoire de Wafa Immobilier. “La hausse a bien été décidée dans le cadre d’un accord avec le GPBM”, nous lance le responsable, pendant que ses confrères affirment le contraire. “Une telle pratique est complètement illégale”, explique Rachid Agoumi, directeur général adjoint du Groupe Banques Populaires. Même son de cloche du côté du GPBM : “Notre dernier conseil remonte à juin dernier. Je crois qu’il n’y a même pas eu de réunion le 31 août, et même si c’est le cas, l’ordre du jour ne pouvait inclure une telle disposition”, nous explique une source autorisée au Groupement.
Petits arrangements entre concurrents
Le lobby des banques, aussi puissant soit-il, ne pourrait jamais aller jusqu’à entériner officiellement une entente sur les prix. Sur le terrain, il est difficile d’établir une telle connivence sur les taux de crédits immobiliers, étant donné la multiplicité des critères qui rentrent en ligne de compte pour fixer un taux : le risque client peut, par exemple, être apprécié différemment d’un établissement à l’autre. Cela dit, il est possible que les banques se soient arrangées entre elles de manière informelle. Ce ne serait pas la première fois. Le dernier exemple flagrant remonte à 2006. A l’époque, Attijariwafa bank a pris toute la place bancaire de court en ramenant les dates de valeur à J+2, alors que chez les autres banques un chèque émis sur Rabat mettait 8 jours avant d’être encaissé à Casablanca. Les autres établissements ont fini par s’aligner sur Attijariwafa, mais tous en voulaient au président de la banque (Khalid Oudghiri à l’époque) d’avoir précipité une telle mesure. Nombreux sont les banquiers qui déclareront publiquement que, dans le cadre du GPBM, ils avaient convenu de ne revoir les dates de valeur que des mois plus tard. Un aveu clair que l’entente entre concurrents est de mise dans le circuit bancaire.
Malgré tout, entente ou pas, les banques ont l’habitude de garder leurs différences. “Par expérience, même quand les banques s’entendent, chacune finit par faire ce qui l’arrange”, nous explique un haut responsable de Bank Al-Maghrib. Un bref tour de la place donne la tonalité. “Effectivement, nous avons revu à la hausse les taux pour les crédits immobiliers à long terme”, confirme Rachid Marrackchi, directeur général de la BMCI. De son côté, le directeur adjoint de la Banque Populaire préfère rester évasif : “Notre grille tarifaire peut évoluer à n’importe quel moment. Mais dans la conjoncture actuelle, une hausse des taux sur le crédit immobilier me paraît peu probable, sachant que la demande a tendance à baisser”.
Crise de liquidités
Le marché a beau s’essouffler, selon les banquiers, le crédit immobilier reste néanmoins une des plus importantes rubriques dans les comptes des créances bancaires. L’encours des crédits habitat accordés aux particuliers dépasse les 106 milliards de dirhams, environ 20% de la totalité des prêts. Généralement, ces crédits sont accordés pour une durée de 15, 20 voire 25 ans. En face, les ressources des établissements bancaires sont généralement constituées de dépôts à vue ou à très court terme. Le décalage entre les ressources et les emplois bancaires pourrait légitimer cette récente augmentation des taux. “Nous prenons des risques en accordant des crédits à vingt ans alors qu’on se refinance à un an”, nous explique un banquier.
Aujourd’hui que le manque de liquidités est très palpable, la tentation est grande chez les banquiers de vendre l’argent plus cher. Surtout qu’une anomalie a été constatée sur la courbe des taux depuis plusieurs mois déjà : emprunter sur cinq ans coûte plus cher qu’emprunter sur 20 ans, alors que l’efficience du marché voudrait que ce soit le contraire, car les ressources sont mobilisées pour une plus longue durée (la prime de risque est donc censée être nettement plus élevée). Or jusque-là, pour fixer les taux minimums, Bank Al-Maghrib prenait comme mètre-étalon le taux des bons du Trésor qu’elle majorait de la même prime de risque quelle que soit la durée du crédit. De plus, depuis deux ans, le Trésor n’emprunte plus de l’argent sur le long terme (15 ou 20 ans) préférant lever des fonds à court ou moyen termes (1 et 5 ans). Résultat : les taux à long terme n’ont pas bougé alors que le prix des moyen et court termes a sensiblement augmenté. “C’est cette situation incohérente qui a décidé certaines banques à sauter le pas et augmenter les taux”, nous explique un dirigeant de banque. Les autorités de tutelle se penchent d’ailleurs sur un nouveau mode de calcul de ces taux de référence. “L’idée est de les dissocier des taux des bons du Trésor et de les indexer plutôt sur le coût de refinancement des banques”, nous explique Mounir Razki, directeur des opérations monétaires de Bank Al Maghrib. Un travail de très longue haleine. |
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Taux. Fixe ou variable ?
La récente hausse des taux ne concerne que les nouveaux crédits. Pour les anciens, rien ne devrait changer. Ceux qui ont contracté un emprunt à taux fixe devront payer la même mensualité jusqu’à l’échéance de leur crédit. Pour les crédits à taux variable, la traite évolue à chaque date anniversaire du crédit. La tendance a jusque-là été à la baisse mais, pour l’année prochaine, les clients verront sans doute gonfler leurs mensualités. En cause, l’assèchement des liquidités sur le marché monétaire, qui tire les taux à court terme vers le haut. Selon les statistiques de Bank Al-Maghrib, les bons du Trésor à 52 semaines ont connu une variation maximale de +0,44% depuis le début de l’année. Cette hausse sera sans aucun doute répercutée sur les taux variables qui devraient augmenter au moins dans les mêmes proportions. Sachant qu’un taux fixe est généralement 0,8% plus cher qu’un taux variable, ce dernier reste une bonne affaire. Pour le moment. |
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