N° 390
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Terrorisme. Al Qaïda à bout de souffle?
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet

Terrorisme. Al Qaïda à bout de souffle?

(AFP)

Huit ans après le 11 septembre 2001, Al Qaïda semble affaiblie, incapable d’agir en dehors de l’axe Irak-Afghanistan-Pakistan. Mais d’autres pays pourraient devenir de nouveaux réservoirs de terroristes.


Oussama Ben Laden a fait sa rentrée, comme tout le monde. Histoire de se rappeler au bon souvenir des Américains, huit ans après le 11 septembre. “Nous poursuivrons une guerre d'usure contre vous de toutes les façons possibles”, a-t-il ainsi affirmé en évoquant l’Irak et
l’Afghanistan, dans un enregistrement audio diffusé le 14 septembre sur le site As-Sahab. Un discours très traditionnel pour le chef terroriste. Mais ce message intitulé “Déclaration au peuple américain”, qui se voulait une réponse au discours du Caire d’Obama, comporte des propos plus surprenants. Ben Laden invite les citoyens américains à faire pression sur leur gouvernement pour qu’il retire ses troupes d’Irak et d’Afghanistan, et leur demande de se prononcer contre le soutien à Israël de leur administration. Pour de nombreux analystes, il s’agit d’un ton nouveau. “Pas une seule fois dans ce message, et contrairement à son habitude, Ben Laden n'a mentionné les martyrs qui ont mené les attaques du 11 septembre et ne les a salués”, relève Diaa Rachwane, le directeur adjoint du Centre Al-Ahram d’études stratégiques et politiques, basé au Caire. Au contraire, le chef terroriste tente de justifier les attaques du 11 septembre, affirmant que c'est le soutien des Etats-Unis à Israël, “parmi d’autres injustices”, qui a conduit Al Qaïda à perpétrer cet attentat. La cause palestienne donc, plutôt que la volonté de frapper “le grand Satan”, motif moins aisément justifiable.

Porte de sortie
Selon un responsable américain de la lutte antiterroriste, le message de Ben Laden “ne semble pas contenir le signal d'un attentat imminent”. Mieux, le chef de la “nébuleuse” Al Qaïda décrit Barack Obama comme une victime des néo-conservateurs, “impuissant” à arrêter la guerre en Afghanistan parce qu’il est “otage des groupes de pression, notamment du lobby juif”. Vu la popularité du nouveau président américain en Afrique et dans le monde arabe, Ben Laden préfère peut-être ne pas l’attaquer de front. D’après l'analyste saoudien Anouar Eshki, chef du Centre des études stratégiques et légales basé à Djeddah, ce message montre que Ben Laden “se trouve dans une position difficile” et “cherche une porte de sortie pour arrêter ses attaques”.
Huit ans de “guerre contre le terrorisme” n’ont pas laissé la “nébuleuse” indemne. Les frappes des drones de l’armée américaine en Afghanistan et au Pakistan ont tué au moins cinq chefs opérationnels d’Al Qaïda depuis un an et demi, tout en faisant de nombreuses victimes civiles. Même au Waziristan – cette zone tribale frontalière où se cacheraient Ben Laden et ses lieutenants – le réseau terroriste commencerait à être démantelé, selon Anouar Eshki. “Ils sont incapables d'agir hors du Waziristan (…). Ils se cachent. Ils sont à la merci de jeunes Occidentaux (…) qui veulent s'entraîner et revenir en Occident commettre des attentats”, confirme Marc Sageman, ex-agent de la CIA et spécialiste du terrorisme islamiste, interrogé par Le Monde. Or les volontaires seraient de moins en moins nombreux : en Europe et aux Etats-Unis, les cellules autonomes d’apprentis terroristes sont en général découvertes avant d’arriver à leurs fins. Le travail des services de renseignement a fini par porter ses fruits. De fait, depuis les attaques dans le métro londonien en 2005, l’Europe n’a plus connu d’action de grande ampleur portant la marque d’Al Qaïda.
Sur le plan idéologique, aussi, le mouvement terroriste a perdu du terrain. Les attentats sanglants perpétrés par des branches d’Al Qaïda et qui ont fait des centaines de morts musulmans en Irak, en Afghanistan, au Pakistan ou en Algérie ont fini par inverser le capital de sympathie dont bénéficiait Ben Laden dans l’opinion arabe et musulmane depuis 2001. D’autre part, les diatribes anti-chiites du numéro 2 d’Al Qaïda, l’Egyptien Ayman Al Zawahiri, ont discrédité le mouvement auprès des organisations islamistes chiites, comme le Hezbollah libanais.

Irak, Afghanistan : la guerre continue
Le mouvement terroriste ne représenterait donc plus une menace sérieuse pour les Etats-Unis. Pourtant, la guerre continue en Irak et en Afghanistan. Le retrait des troupes étrangères est programmé pour la fin 2011 en Irak, et la stratégie du général Petraeus, consistant à utiliser l’insurrection sunnite pour contrer les combattants d’Al Qaïda, a permis de faire baisser le niveau de la violence dans le pays. Mais les réseaux jihadistes, qui n’existaient pratiquement pas du temps de Saddam Hussein, sont toujours là : le 19 août dernier, six attentats à la bombe et des tirs de mortier ont fait au moins 95 morts et près de 600 blessés à Bagdad. Les kamikazes venaient d’être libérés d’une prison américaine. Mardi, lors de la visite du vice-président américain Joe Biden à Bagdad, des tirs de mortier ont même failli atteindre l’ambassade des Etats-Unis, située dans la “zone verte” ultra-sécurisée. La situation reste donc fragile.
En Afghanistan en revanche, les insurgés talibans ne montrent aucun signe de fléchissement. Ils ont plutôt tendance à étendre leurs zones d’influence. Dimanche 13 septembre, le chef d'état-major américain, l'amiral Michael Mullen, a affirmé qu’Al Qaïda bénéficiait toujours du “soutien des talibans en Afghanistan et au Pakistan”, pour tenter de re-légitimer la guerre en cours côté afghan, que la majorité des Américains désapprouvent désormais. “Si l'administration Obama veut sécuriser les Etats-Unis, il ne faut pas faire la guerre en Afghanistan. Les insurgés afghans et pakistanais ne voyagent pas”, affirme au contraire l’ancien agent de la CIA Marc Sageman.

Somalie, Yémen : les nouveaux refuges
Pour de nombreux analystes, le danger pourrait venir aujourd’hui des pays où sont repliés les combattants d’Al Qaïda. En Somalie, où la guerre civile fait rage depuis 18 ans, les milices Al-Shabab, liés à Al Qaïda, prospèrent. Les pays occidentaux commencent à s’inquiéter de leur influence sur la diaspora. Vingt jeunes Américains d’origine somalienne ont quitté Minneapolis l’an dernier pour aller se battre aux côtés d’Al-Shabab. L’un d’entre eux s’est fait exploser en octobre 2008 en Somalie, faisant plus de 30 morts. L'armée américaine n’est pourtant pas passive : lundi 14 septembre, Saleh Ali Saleh Nabhan, connu comme l’un des chefs d’Al Qaïda pour la Corne de l’Afrique, a été « éliminé » par une opération héliportée américaine en Somalie. Un succès pour Washington, qui ne devrait pourtant pas changer grand-chose sur le terrain.
Au Yémen, pays d’origine de la famille Ben Laden, la guerre civile en cours depuis 2004 favorise également le repli des jihadistes. Une aggravation du conflit est à craindre depuis la reprise des combats dans le nord du pays, le mois dernier, entre l’armée et les rebelles al-Houtistes (ultimes représentants du zaydisme, une branche du chiisme qui reconnaît l'imam Zayd Ben Ali comme le cinquième et dernier imam). En mai dernier, l'International Crisis Goup recommandait à la communauté internationale de “faire pression sur les deux parties pour négocier une médiation”. Et éviter que le Yémen ne devienne le nouveau terrain de jeu d’Al Qaïda.

 
 
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