N° 390
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Télévision. Zorroh made in Morocco
Yasmina Khadra. “Le Maghreb préfère le folkore à la culture”
LE MAG CULTURE



Par Meryem Saadi

Télévision. Zorroh made in Morocco

(DR)

Pendant le ramadan, les Maghrébins ont pu suivre sur la chaîne Nessma les folles aventures de Zorroh. Retour sur cette série complètement décalée, réalisée par le Marocain Mohamed Achaour.


Non, les productions marocaines de ramadan n’étaient pas toutes mauvaises. Mais elles n’étaient pas toutes diffusées sur les chaînes nationales. La preuve : la série parodique Zorroh, réalisée par Mohamed Achaour et diffusée chaque soir à 19h15 sur la chaîne
satellitaire maghrébine Nessma. “Chaque épisode de Zorroh est conçu comme un zapping, mêlant humour et clins d’œil à des références cinématographiques ou musicales connues du grand public”, explique le réalisateur. Pendant 5 minutes, une séquence cocasse relate les aventures d’un Zorroh parfaitement arabophone (incarné par Omar Lotfi), entouré de plusieurs personnages tous très hauts en couleurs. Parmi eux, le méchant Moulay Moussa (campé par Fahd Benchemsi), l’attachant sergent Garcia (joué par Mohamed Achaour himself) ou encore la pétulante Zohra, mère de Zorroh (interprétée par l’actrice algérienne Biyouna). Un casting de choc, pour une série comme on n’a pas l’habitude d’en voir au Maroc.

Petits délires entre amis
L’idée d’un Zorroh marocain s’est mise à trotter dans la tête de Mohamed Achaour il y a plusieurs mois. Tout commence lors d’une froide nuit de janvier. Le réalisateur et son ami Younes Lazrak (animateur radio et présentateur de l’émission musicale Korsa sur 2M) sont invités à une soirée… dans une maison qui ressemble étrangement à une hacienda. Très vite, les deux potes à l’imagination débordante commencent à réfléchir à quoi pourrait ressembler un Zorro “made in Morocco”. Les semaines suivantes, le fameux “Zorroh” (avec un “H” à la fin, histoire de lui donner un petit air marocain) est le héros de blagues récurrentes entre les deux joyeux lurons. A tel point qu’Achaour commence à se demander s’il ne tient pas là un personnage idéal pour une série parodique. Il en parle alors à son associée, Meriem El Kaïssi, qui est très vite emballée par le projet. Première étape ? Programmer un casting. Au début, le réalisateur pense tout naturellement à Younes Lazrak pour jouer le rôle du justicier masqué. Mais pour “des raisons professionnelles”, ce dernier ne pourra pas incarner la version marocaine du célèbre Don Diego de la Vega.
Le choix de Mohamed Achaour se porte alors sur Omar Lotfi, jeune acteur révélé au grand public dans Casanegra de Noureddine Lakhmari. “Dès qu’il a entendu parler du projet, Omar avait émis le souhait d’avoir un rôle dans la série”, se rappelle le réalisateur, qui se rend très vite compte que l’acteur “a un physique qui correspond parfaitement au rôle de Zorroh”. Quant au rôle du méchant Moulay Moussa, il est rapidement attribué à Fahd Benchemsi (Al Kadia, Allo Canada), que le réalisateur avait en tête depuis le début. Le reste du casting - auquel s’ajoutent entre autres Driss Roukh, Karim Saïdi ou encore Majdouline Idrissi - se constitue très vite.

Maghreb United
Quelques semaines plus tard, l’épisode pilote est tourné et envoyé à 2M. Mais avant que la deuxième chaîne ne se décide, les frères Karoui, dirigeants de la chaîne Nessma, contactent Mohamed Achaour et lui proposent de faire de Zorroh non pas des épisodes de 26 minutes comme il l’avait prévu, mais des capsules de 5 minutes. Achaour accepte, voyant en Nessma “une belle opportunité pour s’ouvrir sur le reste du Maghreb”. Il décide alors, en concertation avec les frères Karoui, d’ajouter deux nouveaux personnages : le premier incarné par l’actrice algérienne Biyouna et le second par le Tunisien Lotfi Abdelli. Une façon intelligente de susciter l’intérêt des téléspectateurs de tous les pays du Maghreb.
Pendant le tournage, quelques semaines avant le mois de ramadan, l’entente des deux acteurs avec le reste de l’équipe est totale. “Lors du tournage, nous avons vraiment réalisé que les Marocains, les Algériens et les Tunisiens ont exactement le même genre d’humour”, explique Fahd Benchemsi. Heureusement que leur humour était sur la même “longueur d’onde”, puisque la série est basée sur l’improvisation des comédiens. Avant de filmer chaque épisode, Mohamed Achaour ne leur transmet qu’un canevas général et leur permet ainsi de donner libre cours à leur talent. Résultat ? La plupart des épisodes sont très décalés et changent des blagues “déjà vues” que l’on retrouve souvent dans les sitcoms marocaines. Et pendant le tournage, les fous rires étaient monnaie courante. “Cela nous arrivait souvent de refaire des prises parce qu’on était tous morts de rire après une blague lancée par l’un des acteurs”, se rappelle Fahd Benchemsi. Les cascades effectuées par Omar Lotfi déclenchent également l’hilarité générale. Il n’hésite jamais à sauter, tomber, à se cogner plusieurs fois d’affilée ou encore à courir sur les toits. “Le tournage était vraiment comme un camp militaire pour moi. A la fin, mon costume était en lambeaux, et mes santiags dans un sale état”, raconte l’acteur.
Une deuxième saison de cette série complètement décalée est-elle en cours de préparation ? “C’est encore trop tôt pour savoir. Mais une chose est sûre : j’ai assez d’idées en tête pour réaliser même 10 saisons”, affirme Achaour. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts en espérant que Zorroh et ses compères seront de retour prochainement sur le petit écran. Et cette fois-ci, pourquoi pas, dans une version de 26 minutes. En attendant, il est possible de visionner tous les épisodes sur Youtube, et sur la “Fanpage” de la série sur le site communautaire Facebook. A déguster sans modération.

Mohamed Achaour. Entre musique et cinéma
A la fois réalisateur, acteur et musicien, Mohamed Achaour est un homme qui aime toucher à plusieurs domaines. Ce sympathique trentenaire a d’abord été musicien au sein du groupe amazigh Abarraz avant de se lancer dans le 7ème art. Ses premier pas, il les fait en tant qu’assistant-réalisateur sur plusieurs longs-métrages marocains, dont Wake up Morocco de Narjiss Nejjar en 2006. La même année, il co-réalise avec la jeune femme 30 épisodes d’une série comique intitulée Mademoiselle Kamélia, qu’Al Aoula ne s’est jamais décidée à diffuser. Mais il ne s’arrête pas là. Quelques mois plus tard, il réalise un premier court-métrage très remarqué, intitulé Percussion Kid. Celui-ci va d’ailleurs remporter le grand prix du Festival international de la radio et de la télévision du Caire et le prix du meilleur court au Festival du film amazigh. Il enchaîne avec le téléfilm Allo Canada diffusé sur 2M, puis la série parodique Zorroh. Actuellement, ce réalisateur casablancais est en pleine préparation de son premier long-métrage, dont le tournage devrait commencer dans quelques mois. Le pitch ? L’histoire de quatre hajjate fauchées qui vont décider de devenir braqueuses. De l’humour, encore et toujours.

 
 
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