N° 391
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UNESCO. Hosni, c’est fini!
L'ACTU MONDE



Par Youssef Aït Akdim

UNESCO. Hosni, c’est fini!

(AFP)

Au terme d’un suspense haletant, le candidat égyptien, Farouk Hosni, a été battu par la Bulgare Irina Bokova. Donné archi-favori, il a payé cher ses penchants antisémites.


Paris. Mardi 22 septembre. Il est 20 h au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Tout le monde attend l’annonce des résultats du dernier tour de scrutin pour connaître le nom du nouveau directeur général de l’organisme, après deux mandats du Japonais Matsuura Koichiro. Jamais cette élection
n’avait déchaîné tant de passions. La raison ? Un homme, candidat archi-favori depuis le début de la course : Farouk Hosni. Le ministre égyptien de la Culture est soutenu par les pays arabes, quelques pays d’Europe du sud et surtout par la France, le pays hôte qui a, un peu, quitté la réserve habituelle. Nicolas Sarkozy se payait ainsi le luxe de rompre la solidarité européenne. En coulisses, on évoque un deal complexe où Le Caire aurait assuré Paris d’une plus grande implication à la tête de l’Union pour la Méditerranée, chère au président français mais mise en mode veille prolongée depuis l’offensive israélienne contre Gaza, fin 2008. Cela fait donc déjà quelques mois que l’Egypte lorgne la présidence de l’organisation.

La voix de son maître
A 71 ans, Farouk Hosni est un ancien peintre qui a fait toute sa carrière politique dans le giron du pouvoir égyptien. Diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts d’Alexandrie, il a été attaché culturel à l’ambassade d’Egypte à Paris, président de l’Académie égyptienne des Arts à Rome, avant d’être nommé ministre de la Culture en 1987. A la tête d’une administration pléthorique de 100 000 fonctionaires, Hosni détient le record de longévité pour un poste ministériel. En 2005, il avait présenté sa démission du gouvernement, après l’incendie mortel du théâtre Bani Souif. Le président Moubarak l’avait refusée. Les mauvaises langues accusent Farouk Hosni d’avoir étouffé la culture, de l’avoir mise au service du pouvoir dictatorial de l’autre Hosni (Moubarak). Et d’égrener la liste de censures, de reculades, qu’il a été prêt à endosser. Dans les milieux intellectuels égyptiens, on ne veut pas soutenir la candidature d’un homme qui représente le visage de l’intolérance gouvernementale. C’est la position défendue par Alaa Al Aswany, l’auteur du best-seller L’Immeuble Yacoubian : “Il ne s’agit pas d’un match de foot. Quand l’Egypte joue contre l’Allemagne, je soutiens bien évidemment l’Egypte. Mais là, c’est mon honneur d’écrivain qui est en jeu, et je me dois d’être juste et objectif”.

Une odeur de soufre
En fait, la candidature de Farouk Hosni n’a jamais fait l’unanimité. Début mai, Bernard-Henri Lévy mène la fronde. Dans une tribune publiée avec ses compères Claude Lanzmann et Elie Wiesel dans le quotidien Le Monde, le philosophe reproche au ministre égyptien des déclarations antisémites. En 2008, le ministre, répondant à un député islamiste dans les couloirs du parlement, affirmait qu’il “brûlerait lui-même les livres israéliens qu’il trouverait” dans la Grande Bibliothèque d’Alexandrie. Quelques jours plus tard, M. Hosni s’était excusé pour ces propos, selon lui sortis de leur contexte.
De l’intérieur du monde arabe, des voix critiques s’élèvent pour dénoncer les propos de Hosni, même si ce dernier se défend d’être antisémite. Pour l’intellectuel soudanais Abdelwahab El-Effendi, qui s’exprime sur les colonnes du quotidien panarabe Al Qods Al Arabi, “ces déclarations relèvent d’une bêtise sans bornes. Un livre est source de savoir, quelle que soit sa langue et d’où qu’il vienne ; seuls les ignorants peuvent le nier”. Et d’enfoncer le clou, reprenant une critique qui fera florès : “Ces propos auraient été indignes d’un chef des services de renseignements ; de la part d’un ministre censé protéger la culture et encourager l’édition, c’est d’autant moins pardonnable”.

Coup de théâtre
Le mal est fait, Hosni est dès lors systématiquement poursuivi par cette accusation, d’autant qu’il ne nie pas avoir tenu ces propos, préférant une défense maladroite : je l’ai dit, mais je ne le pensais pas. Gamal Al Ghitany, qui est l’un de ses plus grands critiques, ne l’accable pas sur ce point. Selon l’écrivain cairote, et rédacteur en chef du renommé Akhbar Al Adab : “Ceux qui ont écrit dans Le Monde étaient en colère et ils avaient raison. Quand le ministre de la Culture du plus grand pays arabe dit qu’il va brûler des livres, c’est un scandale”. Mais pour Al Ghitany, Hosni répondait aux Frères musulmans : “Ils l’ont mis dans l’embarras. Il ne le pensait pas vraiment”.
Le mal était fait. Tout au long de la semaine de vote, Hosni a semblé manquer de peu le coche. Jeudi 17, lors du premier tour, le candidat égyptien recueille le plus grand nombre de voix : 22 (sur un total de 58), loin devant sa rivale Bokova (8 voix). L’intense campagne de lobbying de Bernard-Henry Lévy et de la journaliste américaine Arianna Huffington, entre les tours de scrutin, a convaincu l’administration Obama de s’opposer à la candidature égyptienne. Les Européens sont de plus en plus convaincus de la nécessité d’une candidature unique. C’est chose faite deux jours plus tard, après le troisième tour, avec le retrait de la candidate autrichienne Benita Ferrero-Waldner. Ce 22 septembre, 18h30, lors du quatrième round, Hosni est alors au coude-à-coude avec la Bulgare Irina Bokova : 29-29. A ce moment, la délégation égyptienne sent le vent tourner. Elue au cinquième tour, par 31 voix contre 27, grâce, dit-on, au revirement de dernière minute de la France, Irina Bokova a du chemin à faire pour redorer le blason de l’institution.

Unesco, kesaco ?
Francophile, ancienne communiste, diplômée de Harvard, la nouvelle directrice générale de l’Unesco a des atouts pour plaire. Mais après le suspense de cette élection, les observateurs ne cachent pas leur pessimisme. Arrivera-t-elle à redresser l’organisation méconnue du public. Sous l’ère Matsuura (1999-2009), l’Unesco a continué à décerner 33 prix annuels, dont la majorité restent confidentiels. Il y a bien l’inscription au patrimoine culturel et naturel de l’humanité, véritable marque de l’organisation. Une enquête publiée dans la dernière livraison du Monde diplomatique dénonçait l’inféodation de Matsuura à l’administration Bush, qui mit fin en 2003 au retrait des instances de l’organisation, ordonné vingt ans plus tard par le président Reagan. Ce retour de Washington serait le seul point à mettre à l’actif du directeur japonais. Avec celui de la Grande-Bretagne et de l’Afrique du Sud. Le défi est aussi financier, puisque Bokova risque de se retrouver aussi dépendante des dons des Etats, manne irrégulière qui a longtemps entretenu les accusations de financement occulte. Corruption, gaspillages en tous genres, la nouvelle directrice générale de l’Unesco aura fort à faire. Bon courage.

Diplomatie. Un rêve arabe
Dans cette course à la tête de l’Unesco, un argument de la candidature égyptienne sonnait bon le dialogue des civilisations. Farouk Hosni serait devenu le premier Arabe à la tête de l’organisation de la place de Fontenoy, dans le XVème arrondissement de Paris. Ce rêve déçu met à mal les ambitions diplomatiques du Caire. Le gouvernement de Hosni Moubarak a refusé de présenter un candidat moins controversé, sûr de son droit de présider une organisation de l’ONU. Pour la première fois depuis près de 20 ans, l’Egypte sera sans grand diplomate, signe d’une perte d’influence sur la scène internationale. En novembre prochain, Mohamed El Baradei quittera la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique après trois mandats. Avant lui, le prestige égyptien aura vécu longtemps sur le seul nom de l’ancien secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros Ghali. En Egypte, après la surprise de la défaite, on cherche déjà les coupables du côté des “faux amis” : la France qui aurait fait volte-face lors du dernier vote, le Liban qui aurait rompu la solidarité arabe, mais surtout le “lobby sioniste”. Evidemment.

 
 
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