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Par Karim Boukhari
Fiction marocaine
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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| On ne le sait pas assez mais le cinéma marocain ressemble de plus en plus à une industrie, ne serait-ce que par les enjeux d’argent qu’il représente. C’était un gag, c’est désormais une réalité. L’Etat, qui est le premier et (en dehors des mini-contrats de sponsoring décrochés auprès de certains opérateurs économiques) à peu près le seul bailleur de fonds, consacre une enveloppe de 60 millions de dirhams comme aide à la production de films. Aujourd’hui, le pays approche une moyenne de 15 longs métrages produits par an. Demain, il projette de passer à 25. Ce n’est pas irréalisable. Quand on sait que le boom économique de la production audiovisuelle touche aussi les deux |
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principales télévisions publiques, dont le cahier des charges prévoit un quota de 30 téléfilms par an, avec une assiette financière minimale de 30 millions de dirhams (un téléfilm coûte en moyenne 1 million de dirhams), sans parler de la nouvelle manne des sitcoms et des feuilletons, on mesure que le Maroc a effectué, n’ayons pas peur des mots, des pas de géant en la matière. Depuis l’indépendance jusqu’aux années 1980, le royaume comptait parmi les cancres de la planète, au même niveau que les pays les plus pauvres, les plus fermés, du monde. Aujourd’hui, il nargue la plupart de ses voisins et figure, grâce au formidable bond en avant effectué depuis quelques années, parmi les jeunes “industries” les plus décomplexées du Tiers-Monde. Un signe qui ne trompe pas : pour inscrire son enfant dans une école qui forme aux métiers de la télévision et du cinéma, il faut désormais investir autant, sinon plus, que pour le mettre dans une école de gestion et de marketing. Non seulement le cinéma marocain, mais tout le cinéma au Maroc, et toutes les activités attenantes, attirent les jeunes gens de bonne famille et tous ceux qui se soucient de gagner leur vie sans avoir à se serrer la ceinture à la fin du mois.
La bourse et la vache
Avec tout cet argent, tout cet élan, on voit bien qu’il est légitime de se poser les bonnes questions : la fiction marocaine a-t-elle gagné en qualité ? Attire-t-elle les capitaux privés ? Repose-t-elle sur une infrastructure digne de ce nom ? Le débat sur la qualité peut être rapidement évacué. Parce que la multiplication des produits affûte les talents et l’impact tant commercial que culturel de ces mêmes produits dope l’émulation. C’est une règle élémentaire : quand il y a permanence de la production, il y a surabondance de biens et saillies qualitatives à la clé. Notre fiction est globalement meilleure, même s’il reste du chemin avant de voir un film marocain décrocher une Palme d’or à Cannes ou un Lion d’or à Venise. En revanche, la question des investissements privés et des infrastructures fait mal. Il n’y a pas le feu, mais on n’en est pas loin. Le Maroc n’a toujours pas de producteurs dans le sens propre du terme et la multiplication des boîtes de production est un leurre, puisque la plupart fonctionnent avec les moyens fournis par l’Etat. L’argent de la fiction, et plus particulièrement celui du cinéma, circule à sens unique : toujours vers les investisseurs privés, jamais vers la fiction et le cinéma. Pour puiser dans l’imagerie populaire, l’industrie du cinéma, dans l’acceptation large du terme, a les traits d’une vache à lait. Alors qu’elle devrait ressembler à une place boursière où les “joueurs” risquent jusqu’au dernier sou.
L’Etat-providence
Sans argentier autre que l’Etat, sans joueurs capables de “mouiller la chemise”, toute l’industrie liée à l’image et à la fiction s’en remet à la providence. C’était vrai hier et ça l’est toujours. En ce moment même, un contrat programme (et une nouvelle série d’aides publiques accordées aux professionnelles) attend d’être paraphé par le ministère des Finances. Les interlocuteurs de l’Etat, qui ont pris part à la négociation dudit programme, en attendent monts et merveilles. C'est-à-dire tout. Et tout, c’est déjà beaucoup. La rénovation des salles de cinéma, l’éradication du piratage, etc. Le problème avec l’argent de l’Etat, c’est que plus on en a, plus on en réclame. Un exemple, rien qu’un seul, pour tenter de mesurer le “gap” : quand l’Etat, sur le chapitre salles de cinéma (une soixantaine seulement d’écrans exploitables, trop peu pour un pays de 30 millions d’habitants), propose une aide de 900 000 dirhams par salle rénovée, et que les exploitants, en face, réclament au moins quatre fois plus, on se dit qu’il y a un problème. Non ? |
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