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Par Myriem Khrouz,
envoyée spéciale dans le nord
Drogue. SOS toxicos
L’Etat lance une nouvelle campagne contre la drogue, dont l’utilisation s’est “démocratisée” au fil des années. Etat des lieux.
“Il y a environ 500 000 consommateurs problématiques de cannabis”, avance Jallal Toufiq, directeur de l’hopital Arrazi à Salé et du Centre national de prévention, de traitement et de recherche en addictions. Selon le professeur, 4,2% de la population a une utilisation problématique (dépendance ou abus) de la drogue, et a besoin de se |
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faire traiter. En plus des traditionnels kif, haschisch et maâjoun, les drogues dites “dures” ont fait leur apparition sur le marché marocain il y a une quinzaine d’années. La région Nord est la plus touchée. La consommation d’héroïne, de cocaïne et plus récemment de drogues de synthèse ne cesse d’augmenter, ces drogues s’étant rapidement “démocratisées” avec des doses atteignant parfois 30 à 40 dirhams l’unité.
A partir de 2000, les autorités commencent à réaliser réellement l’ampleur du phénomène. A l’époque, à part quelques lits dans les structures psychiatriques et un “traitement” axé uniquement sur l'abstinence et le sevrage, le Maroc est dépourvu de stratégie. Une approche globale est alors mise en place. En avril 2000, un service de désintoxication et de lutte contre la toxicomanie est créé au sein de l’hôpital psychiatrique Arrazi à Salé. Puis en 2004, un premier centre public médico-psychologique, celui de Hasnouna est ouvert à Tanger. Deux autres structures sont actuellement en cours de création à Tétouan et à Nador. Mais si la prise de conscience a eu lieu, les capacités d’accueil de ces établissements restent largement insuffisantes.
Sida et hépatite en hausse
La consommation croissante de drogues dures s’est rapidement doublée de son corollaire?: la propagation de certaines maladies, le sida et l’hépatite C en tête, liées au partage des seringues. “Selon une étude faite dans le nord du Maroc, 20% des consommateurs de drogues dures le font par injection de seringue”, s’alarme le professeur Jallal Toufiq. L’étude des pratiques des usagers de drogues injectables, selon la terminologie scientifique, indique que 51 % des consommateurs partagent les seringues et le matériel de préparation, qui n’est “désinfecté” qu’avec de l’eau courante essentiellement. Ce qui fait des consommateurs d’héroïne et de cocaïne la première population à risque de contamination par le VIH.
Pour contrer la propagation du sida et changer le regard porté sur les toxicomanes, l’OMS, en partenariat avec le ministère marocain de la Santé, a mis en place le programme Menhara. “Il vise à mettre en œuvre, contrôler et évaluer les services de prévention et de traitement du sida chez les usagers de drogues injectables au Moyen-Orient et en Afrique du Nord”, détaille le professeur Jallal Toufiq qui dirige le programme. “La grande nouveauté, c’est que ce n’est pas un programme de lutte contre la toxicomanie, mais réellement de réduction des risques. Le but n’est plus aujourd’hui de réprimer ou de criminaliser mais d’accompagner, de rendre moins pénible la dépendance et, surtout, de réduire les risques”, explique le docteur Ilham Lagrich, qui dirige au sein de l’hôpital Arrazi le “knowledge hub”. Ce pôle de connaissance est chargé, dans le cadre du projet Menhara, de mesurer l’ampleur des risques liés à la consommation de drogues sur la région Algérie, Tunisie et Maroc, d’organiser des formations et de faire un plaidoyer auprès des décideurs.
Méthadone, seringues et préservatifs
Ce type de programme, déjà en place dans plusieurs pays occidentaux, repose sur des traitements de substitution à la méthadone, mais aussi sur la distribution gratuite de seringues et de préservatifs. Le Maroc est le premier pays de la région MENA (Middle-East/North-Africa) à oser le pari alors que, dans la plupart des pays, le “traitement” consiste encore à incarcérer les toxicomanes et à les sevrer en hôpital psychiatrique.
Pour l’heure, seul le centre public médico-psychologique Hasnouna, à Tanger, met en pratique cette approche. Les toxicomanes, accueillis dans un établissement dit “à bas seuil”, peuvent y prendre une douche et un café, échanger leurs seringues, obtenir des préservatifs, etc. Des tests de dépistage du sida sont également proposés, en collaboration avec l’Association de lutte contre le sida. Tout cela avec la garantie de conserver leur anonymat.
Le centre dispose aussi d’équipes mobiles qui se rendent dans les squats fréquentés par les drogués pour proposer les mêmes services.
Des centres identiques devraient ouvrir prochainement à Tétouan, puis à Casablanca et Rabat. De plus, l’unité d'hospitalisation et de recherche spécialisée en toxicomanie de l’hôpital Arrazi à Salé devrait bientôt se doter d’une extension consacrée à la post-cure, où sera mis en place un programme de substitution à la méthadone et accueillant des femmes. |
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Zoom. Toxico à 6 ans
Ils ont entre 6 et 14 ans, et pourtant eux aussi sont consommateurs de drogue. La moitié des “enfants des rues” inhalent des solvants, colle ou cirage, faciles à trouver et pas chers. Bien que ces produits ne soient pas toujours considérés comme des drogues, ils ont des effets psychotropes dévastateurs. Depuis 2005, l’Association marocaine des enfants en situation précaire (AMESIP), recueille certains de ces enfants à la “Maison du nouveau départ” de Aïn Atik, seul centre de désintoxication uniquement dédié aux enfants. |
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