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Par Meryem Saadi
Musique. Chaâbi dans la peau
Mazagan est devenu, en quelques années, un groupe incontournable de la scène fusion locale en donnant une véritable touche rock’n’roll à la musique populaire marocaine. Portrait.
“L ’une des particularités de Mazagan, c’est qu’ils ont réussi à séduire un public qui n’avait pas du tout l’habitude d’écouter du chaâbi ou d’autres genres de musiques populaires marocaines”, explique Hicham Bahou, le co-fondateur du festival L’Boulevard. Lors du Tremplin 2004 |
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de ce festival, le style particulier du groupe, qui consiste à redonner une touche “moderne” et “ rock n’roll” à la musique populaire ou traditionnelle marocaine, est pourtant loin de faire l’unanimité au sein du jury. Les quatre musiciens d’El Jadida ne remportent pas de prix, mais, à l’inverse de la plupart des formations qui repartent les mains vides du Tremplin L’Boulevard, les membres de Mazagan ne baissent pas les bras. Bien au contraire.
Des Beatles à Khaled
L’histoire de Mazagan commence, comme son nom l’indique, à El Jadida en 1998. A l’époque, les quatre musiciens en herbe qui composent le groupe reprennent leurs morceaux préférés, tous styles confondus. Lors de petits concerts organisés généralement à l’occasion de fêtes nationales, ils offrent au public leurs versions des tubes des Beatles, Khaled ou encore Saïda Fikri. Petit à petit, ils commencent à s’attaquer aux morceaux standard de la musique populaire marocaine, et même à composer, histoire d’élargir leur répertoire. Entre étude et petits boulots, le groupe répète régulièrement pendant plusieurs années. Et en 2003, la décision est prise : ils vont tenter leur chance à Casablanca, à L’Boulevard des jeunes musiciens. “C’est vraiment là que tout a commencé pour nous. Le fait de n’avoir rien gagné nous a fait réaliser que nous souhaitions vraiment réussir dans le domaine de la musique”, se rappelle Issam Kamal, chanteur et leader du groupe. La même année, Mazagan fait plusieurs dates, encouragé par l’équipe de L’Boulevard, qui croit en ce groupe qui ne fait pas que fusionner rock, reggae et gnaoua, comme la plupart des formations existantes. Stimulés par la réaction positive du public lors de leurs prestations sur scène, trois membres du groupe, Issam Kamal (le chanteur guitariste), Ghefara Belattar (le percussionniste) et Abdelhak Amal (le claviériste) décident de s’installer à Casablanca et de se donner à fond dans l’aventure Mazagan.
Au cœur de la nouvelle scène
Dès leur arrivée dans la capitale économique, les trois amis s’intègrent aux autres musiciens gravitant autour de L’Boulevard. Quelques mois plus tard, Mohamed Ali Aït Tahiri à la basse (membre également du groupe Haoussa), et Nabil Andalouss à la batterie (ancien membre du groupe metal Reborn) rejoignent le groupe. Après un concert très convaincant au festival de Casablanca en 2005, la formation enregistre “at home” son premier album, La tradition qui coule. Un mélange riche et varié de différents styles, allant du rai, au hassani en passant par la aïta, qui ne comporte qu’une seule reprise. Bien qu’autoproduit, l’album connaît un certain succès et permet au groupe de faire parler de lui. Résultat ? Les festivals cherchent de plus en plus à les programmer, séduits par l’énergie qui se dégage de ce groupe qui puise dans une multitude de styles issus du patrimoine marocain. La même année, Mazagan s’envole vers le Sénégal pour leur première date à l’étranger. Suivent plusieurs concerts en France, en Belgique ou en Espagne, mais aussi au Maroc, que le groupe sillonne, jouant dans plusieurs festivals, petits ou grands.
Les pieds sur terre, avant tout
“Nous sommes toujours prêts à aller à la rencontre du public n’importe où au Maroc, quel que soit le cachet que l’on nous propose”, affirme le chanteur du groupe, qui vient d’ailleurs de se produire dernièrement à Oued Laou, petite ville à quarante kilomètres de Tétouan. “C’est très important pour nous parce que c’est durant les concerts que nous évaluons nos morceaux. Si le public les aime, nous savons que nous pouvons envisager de les mettre sur notre prochain album”, explique-t-il. D’où la volonté de faire le maximum de dates, et de jouer dans des festivals aux publics très différents. En mai 2008, lors du festival Mawazine, Mazagan (aux côtés de H-Kayne, Darga ou encore Hoba Hoba Spirit) reçoit un chèque royal de 250 000 dirhams. Une belle surprise pour ce groupe qui “pensait qu’il allait recevoir 50 000 dirhams de la part de la direction du festival lors de la soirée de clôture”. Les jours suivants, les appels téléphoniques pleuvent : toute la presse veut en savoir plus sur cette formation qui a eu droit à la “reconnaissance royale”.
C’est le déclic pour le groupe, qui se rend compte qu’il est grand temps de travailler sur un deuxième album. Mazagan sort alors, fin 2008, son deuxième album, intitulé Doukkala Airlines, opus beaucoup plus abouti que le premier (lire encadré), et le clip de leur tube Ya Labass, réalisé par la SNRT. Un an plus tard, toutes les copies mises en vente sont écoulées, et les musiciens décident d’en sortir une deuxième édition, distribuée cette fois-ci par un éditeur. Mais le groupe, rejoint en cours de route par deux membres (le violoniste Foulane Bouhcine et le claviériste Mohamed Hamam), pense déjà sérieusement à l’enregistrement d’un troisième album. “Nous essayons d’y aller par étape, nous savons très bien qu’au Maroc la musique est encore un milieu très fragile, où tout peut s’arrêter si l’on ne travaille pas assez ou si on prend la grosse tête”, analyse Issam Kamal. Bien dit. |
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Doukkala Airlines. L’album de la maturité
“Mazagan ont indéniablement une façon unique d’aborder le patrimoine musical marocain”, affirme Hicham Bahou. Il suffit d’écouter leur deuxième opus, Doukkala Airlines, pour être d’accord. Avec cet album, les musiciens de Mazagan prouvent qu’il est possible de faire preuve de créativité même en faisant des reprises. Sur 11 titres, Doukkala Airlines comporte quatre reprises de tubes standard de la musique populaire marocaine. Et Mazagan ont réussi à leur donner plus qu’une nouvelle jeunesse. Ya Labass, la reprise d’un morceau célèbre de Hajja El Hamdaouia, suffit pour s’en rendre compte. Les musiciens de Mazagan modernisent, avec des touches de rock, de reggae ou encore de fun, des titres que l’on croyait figés dans le temps. Sans oublier ce qui en fait justement des morceaux-phares de l’identité musicale marocaine. Et lorsqu’il s’agit de composer, Mazagan s’en sortent plutôt bien aussi, à l’image du très sympathique single Groovawahia, en featuring avec Mahmoud Bassou, le chanteur de Ganga Vibes. “Nous avons réuni sur cet album les titres qui plaisent le plus au public lors de nos concerts”, explique Issam Kamal. Choix réussi. |
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