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Par Mohammed Boudarham
Rentrée parlementaire. Chaud devant
Les Harakis dans la majorité, le PAM dans l’opposition, le RNI qui ne sait plus où donner de la tête et l’USFP qui se cherche. En attendant l’élection du président de la deuxième chambre, la rentrée s’annonce agitée.
Comme chaque année, le deuxième vendredi d’octobre marque la rentrée parlementaire d’automne, dont l’ouverture sera présidée par Mohammed VI. Une première journée d’accolades entre habitués de l’hémicycle, avec petits fours et jus servis à volonté aux “élus de la |
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nation”, quelques pauses devant les photographes, en attendant de passer aux choses sérieuses. A commencer par l’examen et l’adoption des projets de loi qui moisissent dans les tiroirs des deux chambres du parlement.
Et change la majorité…
“37 projets de loi attendent d’être adoptés, sans parler de la Loi de Finances et des textes qui l’accompagnent”, prévient Mohamed Saâd Alami, ministre istiqlalien des Relations avec le parlement. Le Code de la route sera encore de la partie, ainsi que certains projets de loi divers et variés : la protection des consommateurs, les énergies renouvelables et un bon paquet d’accords internationaux. Des priorités ? “Pas particulièrement, toutes les lois sont prioritaires même si le Code de la route est d’une importance capitale avec la triste recrudescence des accidents de la circulation de ces derniers temps”, répond Saâd Alami, qui souhaiterait que cette année législative (sessions d’octobre 2009 et avril 2010) soit plus productive que les deux années précédentes en termes de lois adoptées : 23 en 2007 et 31 en 2008. Egalement au programme, de vifs échanges entre élus de l’opposition et membres du gouvernement, avec un PJD qui affûte déjà ses armes. “Nous allons saisir le gouvernement sur les irrégularités qui ont entaché le long processus électoral de cette année, mais aussi sur la crise économique, la réforme de la justice et la cession des biens de l’Etat”, précise Abdelaziz Rebbah, député de Kénitra et membre du secrétariat général du PJD.
Autre nouveauté de cette rentrée, la majorité a changé de visage- l’opposition aussi du coup. Le Mouvement Populaire a changé son fusil d’épaule puisque, depuis l’été, les Harakis sont entrés dans l’Exécutif avec Mohand Laenser (ministre d’Etat) et Mohamed Ouzzine (secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères). Faut-il s’attendre pour autant à un alignement systématique sur les positions de la majorité ? Mohand Laenser a anticipé la question en déclarant sur la télé publique que son parti continuera sur la même voie, qu’il soit dans l’opposition ou avec la majorité : attirer l’attention sur ce qui ne marche pas. “Nous serons très attentifs à ce qui touche notamment au milieu rural”, explique, laconique, un dirigeant haraki. Quant à l’opposition, elle a accueilli un nouveau venu en renfort. Et pas n’importe lequel : le PAM, qui a retiré son soutien au gouvernement début juin 2009. “Nous enchaînons une série de réunions pour adopter la démarche la plus adéquate”, lâche un membre dirigeant du PAM. Le parti de Fouad Ali El Himma risque-t-il de faire des misères au gouvernement ? Y a-t-il péril dans la demeure d’El Fassi ? Peut-être… En tout cas, le PAM a renforcé ses rangs au sein de la deuxième chambre, et ce n’est pas rien de le dire (voir encadré page suivante).
Petits arrangements entre amis
Du côté du RNI, son patron Mostafa Mansouri, accessoirement président de la première chambre, semble débordé par une fronde menée par Salaheddine Mezouar, l’argentier du pays. Le “mouvement réformateur”, appuyé par une collecte de signatures menée par Mezouar and Co, veut du changement chez les bleus. Conséquence, le groupe parlementaire risque de faire les frais d’une scission. Des responsables de RNI nous confient qu’un groupe “réformateur” devrait bientôt prendre place dans l’hémicycle. Résultat des courses : le RNI se retrouverait avec deux groupes, sous l’œil impuissant du pauvre Mostafa Mansouri, dont le mandat au perchoir expire en avril prochain. Quant aux camarades de Abdelouahed Radi, premier secrétaire de l’USFP, leur “vision” sera clarifiée lors du conseil national du 15 octobre. Avec, de nouveau à l’ordre du jour, la question d’un éventuel retrait du gouvernement. “C’est un sujet qui fait grincer des dents en haut lieu”, nous déclare une source gouvernementale. D’où les rumeurs persistantes selon lesquelles le Palais s’apprêterait à “remettre les socialistes à leur place”. Comment et quand exactement ? Mystère…
La rentrée parlementaire, c’est aussi une guerre intestine au sein des partis politiques. Une guerre de position autour de trois postes très convoités : les candidats lorgnent d’ores et déjà les quelques places au sein des bureaux des deux chambres, la présidence de groupes parlementaires et celle des commissions permanentes. Car, si un Mostafa Ramid et Ahmed Zaïdi étaient presque assurés de rempiler à la tête de leurs groupes respectifs (PJD et USFP à la première chambre), il en va autrement des autres partis. Exemple : les parlementaires harakis hésitaient toujours entre la députée de Sidi Kacem, Fatna Lekhil, et le parlementaire de Salé, Driss Sentissi. Il faudra donc attendre une intervention de la direction du MP pour les départager. C’est tout aussi valable au sein de la deuxième chambre. L’Istiqlal devra pour sa part trouver un successeur à Abdelhak Tazi, qui a définitivement quitté cette chambre, alors que l’USFP semble avoir déjà tranché, créant une petite première. Mohamed Khaddori ayant échoué à sa réélection lors du renouvellement du tiers sortant, les conseillers socialistes ont plébiscité Zoubida Bouayad.
Biadillah vs Benkaddour
Mais le véritable enjeu de cette rentrée parlementaire, c’est l’élection d’un président pour la deuxième chambre. Il s’agit de trouver un successeur à Maâti Benkaddour (RNI) qui n’a rempli qu’un mandat de quelques mois suite au décès d’un autre président RNI, feu Mostafa Oukacha. Le plus “sérieux” des candidats est Mohamed Cheikh Biadillah, élu le 12 juin conseiller communal à Smara puis, le 2 octobre, membre de la deuxième chambre. Bénéficiant d’un paquet de 56 voix estampillées PAM, l’ex-ministre de la Santé et secrétaire général du parti est donné favori pour le poste. “Des contacts ont eu lieu depuis quelque temps avec plusieurs formations politiques à ce sujet”, confirme un membre dirigeant du parti du tracteur.
Mais Maâti Benkaddour (RNI) ne compte pas céder sa place et mobilise les siens pour se faire réélire pour un “vrai mandat” cette fois. “Une bonne partie des élus RNI risque de ne pas voter pour le président sortant”, nous confie un dirigeant du parti de la colombe. La concurrence est rude, d’autres challengers étant sur les starting-blocks. Mohamed Fadili, secrétaire général-adjoint du MP, pourrait tenter sa chance. Les deux poids lourds istiqlaliens, Faouzi Benallal et Abdelkébir Berkia, président sortant de la région Rabat-Salé-Zemmour-Zaër, sont aussi de la partie. Le suspense ne devrait pas durer puisque l’élection aura lieu au plus tard jeudi 15 octobre. |
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Calculs. Du PAM sur la planche
Fidèle à ses succès électoraux, le PAM a raflé la mise à l’occasion des élections du 2 octobre pour le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers. Sur les 90 sièges en jeu (ladite chambre en compte 270), le PAM en a remporté 22, soit 24,44%. L’Istiqlal arrive en deuxième position avec 17 sièges, suivi du MP (11), de l’USFP (10) et du RNI (9). L’UC et le PPS sont en queue de peloton avec, respectivement, 3 et 2 sièges seulement. Parmi les “grosses pointures” du PAM, son secrétaire général, Mohamed Cheikh Biadillah, a fait son entrée au parlement en tant que conseiller pour la région de Guelmim-Smara. Abdelhakim Benchemmach, président PAM de l’arrondissement Yacoub Mansour (Rabat) y siégera pour représenter la région Rabat-Salé-Zemmour-Zaër. Un peu plus au nord, Samir Abdelmoula gagne une nouvelle casquette. Le jeune maire de Tanger est, depuis le 2 octobre, conseiller pour la région Tanger-Tétouan. Au total, le PAM comptera au bas mot 56 membres dans la deuxième chambre - des transfuges étant attendus -, alors que l’Istiqlal caracole toujours en tête avec 57 membres. Quant au PJD, il n’est pas représenté dans la deuxième chambre. Insatiable, le PAM crie à qui veut l’entendre qu’il a perdu, indûment, huit autres sièges. “La direction étudie une série de recours à introduire, car, dans certaines régions, le PAM a perdu des sièges à quelques voix près”, martèle un membre de la direction du parti. Ayant remporté toutes les élections de 2009 (conseils communaux, préfectoraux, provinciaux, régionaux et enfin les “sénatoriales”), le parti d’El Himma n’a plus qu’à préparer les législatives de 2012. |
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