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Par Driss Bennani
Akhbar Al Youm. Le prince attaque
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Mardi 6 octobre, Taoufiq Bouachrine et Khalid Gueddar pendant la conférence de presse organisée par Akhbar Al Youm. (TNIOUNI)
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Les locaux du quotidien casablancais sont toujours fermés et ses comptes gelés. Le prince Moulay Ismaïl attaque le journal pour “manquement au respect dû à un prince” et réclame, provisoirement, trois millions de dirhams.
Akhbar Al Youm n’a toujours pas retrouvé le chemin des kiosques. Le titre n’est certes pas interdit, du moins pas officiellement, mais ses locaux casablancais sont toujours gardés par des policiers qui en interdisent l’accès aux journalistes. Taoufiq Bouachrine et Khalid |
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Gueddar, respectivement directeur de la publication et caricaturiste du journal, se retrouvent quant à eux sous le coup de deux poursuites judiciaires. La première relève du Code pénal : Gueddar est poursuivi pour outrage au drapeau national, Bouachrine pour complicité. “C’est une loi qui date de 2005, elle a été créée pour sanctionner les indépendantistes qui brûlaient le drapeau marocain au Sahara. Il est triste de nous poursuivre pour les mêmes motifs”, disait Bouachrine dans une conférence de presse, qu’il a enfin pu tenir dans un hôtel à Casablanca, le mardi 6 octobre.
Quelques jours auparavant, des militants associatifs et des journalistes avaient appelé à un sit-in en face des locaux du journal interdit. Le matin même, Taoufiq Bouachrine est convoqué une nouvelle fois par les services de la Police Judiciaire. Une fois sur place, il découvre que le prince Moulay Ismaïl a, lui aussi, décidé de poursuivre le journal en diffamation. La charge est lourde : manquement au respect dû à un prince. Le directeur de publication et son caricaturiste risquent cette fois des peines plus graves allant de 3 à 5 ans de prison et une amende pouvant atteindre 100 000 dirhams.
Procès d’intention ?
Ce n’est pas tout. Dans la plainte déposée par Me Ali Kettani au nom du prince Moulay Ismaïl, ce dernier réclame des dommages et intérêts “estimés provisoirement à 3 millions de dirhams”. Si le journal est reconnu coupable de cette nouvelle accusation, le Parquet a le droit d’en ordonner l’interdiction pendant trois mois, voire de suspendre définitivement le titre. “Ce qui me préoccupe, c’est que la plainte du prince est venue à un moment où on croyait que l’affaire allait s’arranger, vu que des charges, comme celle de l’antisémitisme, n’ont pas été retenues. Aujourd’hui, je me pose une question : un juge peut-il refuser la plainte du prince ou accorder des dommages et intérêts moins importants que ceux réclamés ?”, explique un acteur associatif. De son côté, Taoufiq Bouachrine s’étonne de certaines tournures contenues dans la plainte déposée par Me Ali Kettani. On peut notamment y lire (en substance) ceci : “La publication de cette caricature est une atteinte directe à la personne du prince. L’usage du drapeau marocain et d’une étoile de David au lieu de l’étoile à cinq branches montre qu’il y a clairement une volonté de nuire au prince. L’usage tendancieux de ces symboles nationaux cache des visées que les auteurs connaissent très bien”. Une formulation (en arabe dans le texte) qui laisse perplexe l’équipe d’Akhbar Al Youm. “C’est un procès d’intention. La plainte n’explicite ni les charges retenues contre nous, ni les motivations de cette plainte. Ils ne peuvent quand même pas nous demander de fournir ces motivations”, explique Bouachrine. “Lors des interrogatoires, les enquêteurs ont insisté pour compléter le dessin de manière à obtenir une étoile à six branches. Je leur ai répondu que ce dessin n’est du coup plus le nôtre. Nous ne pouvons être poursuivis que pour ce que nous avons publié et non pour ce qui peut être obtenu à partir de nos dessins, parce que chacun peut obtenir des choses différentes au final”. Khalid Gueddar va plus loin en affirmant que ce dessin n’est, à la limite, pas une caricature puisque manquant de deux composantes essentielles que sont la critique et l’humour. “Je connais les limites de l’exercice de la caricature au Maroc. Dans ce dessin, les traits du prince ne sont par exemple pas déformés et tout, jusqu’au titre de la caricature, est neutre puisque nous avons simplement titré : Moulay Ismaïl sur la âmmaria”, expliquait Gueddar.
Un journal SDF
Pour prouver sa bonne foi, Taoufiq Bouachrine avance un autre argument : “Nous avons consacré plusieurs pages au mariage du prince. Nous avons parlé de son épouse, de sa famille, de la cérémonie de mariage, etc. A aucun moment, nous n’avons manqué de respect au prince ou à sa famille”.
Aujourd’hui, l’équipe d’Akhbar Al Youm passe ses journées dans un café de fortune attenant aux locaux du quotidien casablancais. La demande administrative en référé pour casser l’interdiction d’accès aux locaux a été programmée… pour le 12 octobre. En attendant, l’équipe garde son calme “malgré les provocations répétées des forces de l’ordre”, dira Bouachrine. “Mais si les choses traînent, nous serons obligés de porter notre protestation à Rabat. Des manifestations devant le ministère de l’Intérieur sont à l’ordre du jour”. |
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Réaction. Le silence du gouvernement
Soucieux de trouver des explications à ce qu’il vit depuis plus de dix jours, Taoufiq Bouachrine a frappé à toutes les portes. En vain. L’homme a par exemple réussi à joindre Chakib Benmoussa, ministre de l’Intérieur, pour se renseigner quant aux motivations de la fermeture des locaux. “Il m’a promis de se renseigner puis de revenir vers moi. J’attends toujours son appel”, explique Bouachrine. Ce dernier a également contacté Saâd Hassar, ministre délégué à l’Intérieur, et Abdelouahed Radi, ministre ittihadi de la Justice. Les deux hommes ont eu des réponses expéditives et n’ont plus jamais recontacté Bouachrine. “Quant à Monsieur Naciri, avec qui je m’entretenais régulièrement au téléphone, il ne prend même plus la peine de répondre à mes appels. Mais je ne lui en veux pas parce qu’il semble dépassé par ce qui nous arrive”, explique Bouachrine. L’homme dit cependant avoir reçu plusieurs signes de solidarité de l’intérieur de partis politiques participant au gouvernement. “Des responsables de premier rang à l’USFP m’ont contacté pour me faire part de leur indignation et de leur solidarité”, conclut Bouachrine. |
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