N° 393
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Politique. Les Moufatichine de Si Abbas
L'ACTU MAROC



Par Mohammed Boudarham

Politique. Les Moufatichine de Si Abbas

(TNIOUNI)

Le parti du Premier ministre est le seul à reposer, dans son organisation, sur des inspecteurs, Al Moufatichine, connus pour être les yeux et les oreilles de la direction. Qui sont-ils, comment font-ils ?


Les Istiqlaliens vous le diront : il vaut mieux être dans les bonnes grâces du “Moufatich” de la province ou de la préfecture quand on espère percer au sein du parti. “L’inspecteur prépare de minutieux rapports sur les candidats aux élections. Un avis défavorable de sa part
peut signifier une mise à mort”, affirme un jeune dirigeant istiqlalien au sujet de ces “gardiens du temple” qui font la particularité, une de plus, de la matrice des formations politiques nationales. Au niveau central, ils sont chapeautés par un inspecteur général, qui les réunit tous les deux mois en conseil ordinaire.

Salariés du parti
L’Istiqlal de Abbas El Fassi peut se targuer d’être un parti créateur d’emplois pour les siens. Car l’inspecteur est d’abord un salarié du parti. Selon les cas, il est rémunéré entre 5 et 7 000 DH et dispose, entre autres avantages, d’une voiture de fonction. Normal, il est appelé à sillonner son territoire de compétence pour rester en contact quasi permanent avec les militants.
N’est pas désigné inspecteur du parti qui en émet le souhait. La nomination est décidée par le comité exécutif après l’aval de l’inspecteur général, lui-même désigné par la hiérarchie. L’inspecteur général, donc, filtre les rapports et fait le déplacement quand cela s’impose pour trancher une polémique et liquider les affaires tangentes.
En fait, le système mis en place par l’Istiqlal est calqué sur celui de l’Etat. Dans chaque province ou préfecture, le parti dispose d’un responsable élu, flanqué d’un inspecteur qui exerce une sorte d’autorité de tutelle : exactement comme le président d’un conseil communal.
“Il peut paraître archaïque, mais ce système est l’un des points forts de notre organisation, on lui doit notre sens de la discipline. Le seul point gênant, au final, c’est l’appellation quelque peu désuète de Moufatich”, commente un responsable du parti de la balance.
Sinon, quel est le rôle exact du Moufatich ? Selon les règlements internes de l’Istiqlal, il s’acquitte d’une tâche administrative au niveau territorial. Il est censé, à la fois, veiller au respect des décisions prises au niveau central, gérer et préserver les biens du parti, se concerter de manière soutenue avec les militants, mais aussi créer de nouvelles sections là où le parti n’est pas implanté. C’est la courroie de transmission entre les militants et le comité exécutif de l’Istiqlal, mais aussi le premier relais pour la propagande propre au parti.
Quand un dirigeant de l’Istiqlal est en déplacement, l’inspecteur de la ville se fait un devoir de l’accueillir en premier et veille à lui faciliter le séjour, les rencontres et les meetings. Le Moufatich veille au grain et filtre, en amont, tous les renseignements. Il est en effet tenu de rédiger régulièrement des rapports (adressés au comité exécutif) non seulement sur les activités des sections de son territoire, mais également sur celles des organisations parallèles : jeunesse, section féminine, etc. “Pour résumer, les inspecteurs élaborent des rapports sur tous les aspects de la vie politique et sociale de leur zone de compétence à l’attention de la direction”, nous explique notre source. Dans la même logique, l’inspecteur est habilité à gérer les affaires d’une section quand les responsables de cette dernière sont démis par la direction pour une raison disciplinaire ou pour n’importe quel autre motif.

L’envol des années 1980
Historiquement, le corps des inspecteurs a dirigé, pendant une bonne période, l’Istiqlal après la scission de Mehdi Ben Barka, parti fonder l’UNFP en 1959. Le PI connaît alors un événement tragique : la mort de l’un des premiers inspecteurs de l’Istiqlal, Abdelaziz Bendriss, assassiné près de Marrakech, plus exactement à Tahannaout, région qu’il supervisait. Un crime politique que certains, aujourd’hui encore, continuent d’imputer à Ben Barka…
Dans tous les cas, c’est bien après l’indépendance que le corps des Moufatichine a pris une dimension nouvelle, celle de cheville ouvrière de l’Istiqlal. Au départ, la fonction revint aux vieux routiers du PI. Mais ce n’est que sous le “règne” de M’hammed Boucetta, dans les années 1980, que le “titre” a fini par gagner ses lettres de noblesse. “Aujourd’hui, les profils des inspecteurs ont beaucoup changé. Ils ont plus de moyens pour travailler, mais leurs missions restent intrinsèquement les mêmes”, affirme Ahmed Khalil Boucetta, qui s’élève contre les clichés généralement accolés aux Moufatichine. Pour lui, comme pour tant d’autres, les inspecteurs représentent le “socle de l’Istiqlal”. Son originalité aussi.

Mohamed Soussi. Monsieur l’inspecteur général
Du haut de ses 70 ans, il a le verbe facile et l’habitude d’improviser de longs discours enflammés. Lui, c’est Mohamed Soussi, actuel inspecteur général de l’Istiqlal. Originaire du Souss, mais né à Fès où il a effectué toutes ses classes : d’abord simple militant, ensuite élu communal, chef de section, et enfin inspecteur du parti de la balance. En une phrase, Mohamed Soussi connaît l’Istiqlal sur le bout des doigts. Il inspire crainte et respect. Enseignant dans le civil, il a la chance de cumuler un mandat de parlementaire et de membre (depuis plus de dix ans) du comité exécutif du PI. Il est aussi chroniqueur dans le journal officiel du parti, Al Alam. Il dispose d’un bureau au siège central du PI, d’une voiture et d’une cellule de collaborateurs. Il règne donc à sa manière sur une toile d’une cinquantaine de Moufatichine répartis à travers les provinces du pays. Une source istiqlalienne affirme que Mohamed Soussi ne perçoit plus de salaire depuis qu’il a été élu au parlement. Auparavant, son salaire était fixé 15 000 dirhams mensuels.

 
 
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