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Par Karim Boukhari
Valse avec Agnès
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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| Salé, il ne se passe généralement pas grand- chose. C’est ce qu’on dit. Sauf quand c’est le festival de cinéma de la femme. Troisième édition. Prix spécial pour un ovni nommé Rumba, apartés plus ou moins intéressants avec les professionnels du cinéma et la nuée d’intrus qui s’agglutinent habituellement autour, dîner de clôture sans alcool “parce que les officiels ont peur du qu’en-dira-t-on” et que “les islamistes du PJD siègent au conseil de la ville”. Bon, bon. Salé, c’était ça, un peu à mi-chemin entre langue de bois et, excusez l’expression, langue de pute. Nous y avons été. L’événement du festival, à la tenue générale tout à fait correcte, ce n’était pas la présence du toujours (trop ?) |
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souriant porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri. Evidemment non. Le ministre a fait comme d’habitude, saluant une poignée de connaissances et une ribambelle de courtisans, affichant ses dents comme s’il tournait un clip pour la dernière pâte de dentifrice. Nous avons assisté à tout ce cirque du cinéma à Salé pour au moins deux bonnes raisons. La première s’appelle Ahmed Bouanani, grand monsieur, vraiment, réalisateur (Mirage, l’un des premiers bons films marocains, tourné en 1979), monteur et poète à la fois. Il ne fume plus ses Olympic rouges, vit en reclus près de Demnate, ne lit plus Al Bayane comme si sa vie en dépendait, et vit toujours avec sa femme, Naïma. La deuxième bonne raison s’appelle Agnès Jaoui. La moitié de Jean-Pierre Bacri est venue animer ce qu’elle a appelé “une leçon de cinéma”. Elle a expliqué sa vie, son art et deux ou trois choses sur sa culture (juive) et sa croyance (elle n’en a pas). Madame Jaoui s’est gentiment pliée au jeu, parfois pénible, des questions-réponses, a promis de suivre un régime diététique même si elle se dit fière de sa cellulite et pas d’accord avec le culte si français de l’anorexie. Et nous a plantés. Elle nous a promis un aparté mais elle était fatiguée à la fin, et nous aussi. Ça sera pour la prochaine fois.
Les yeux dans les bleus
Si on vous dit que le RNI est, quelque part, le premier parti politique au Maroc, et que son sort déteindra grandement sur notre quotidien, vous allez sans doute sourire. On vous comprend. Mais on vous le dit : vous avez peut-être tort. Le Rassemblement national des indépendants est le parti qui, depuis sa naissance en 1978, a fourni le plus grand nombre de ministres, d’élus, de conseillers, de présidents de régions, etc. C’est le parti qui nous a le plus dirigés, même si nous le connaissons peu, ou mal. C’est aussi le parti auquel on peut en vouloir le plus, puisqu’il nous a si longtemps gouvernés. Pour le résultat que l’on sait… Remontons le fil du temps, si vous le voulez bien : le RNI, comme son nom l’indique, a été initialement monté pour fédérer les rangs des SAP (sans appartenance politique) qui constituent, comme chacun le sait, la première force “politique” du pays. Hassan II en a été le grand architecte et ce n’est pas une coïncidence s’il a placé, et longtemps maintenu, son beau-frère et Premier ministre Ahmed Osman à la tête du parti. Les “bleus”, comme on les appelle en référence à la couleur du RNI, prospérèrent et vécurent heureux jusqu’au départ de Hassan II. Comme d’autres partis apparentés, non sans raison, à l’administration, les “nouveaux bleus” se sont révoltés contre leur président, Osman, qu’ils ont fini par déposer en 2007. Ils sont depuis gouvernés par Mostafa Mansouri, qui n’est pas plus nul qu’un autre chef de parti, loin s’en faut. Sauf que le rassemblement des bleus est placé, aujourd’hui, dans une autre conjoncture. Il est incapable de fédérer les rangs des nouveaux SAP, il n’est plus dirigé par un proche du roi. Et il est de plus en plus convoité, de par son positionnement (un centre à bascule, penchant tantôt à droite, tantôt à gauche, selon les besoins officiels du moment), par le rouleau compresseur du PAM de Fouad Ali El Himma. En résumant ainsi le passé et le présent des bleus, on comprend leur malaise. On comprend aussi la mise à l’écart progressive du président Mansouri au profit du dauphin Salaheddine Mezouar, que l’on dit proche d’EL Himma (Mezouar, tout en restant “bleu”, a milité dans les rangs du MTD, le mouvement qui a préparé la naissance du PAM). Tout cela est juste politique, c'est-à-dire pas forcément très moral. Le parti-carrefour imaginé par Hassan II et Osman a longtemps servi de pépinière pour technocrates et notables nés pour gouverner. Le temps est peut-être venu, pour lui, de se fondre d’une manière ou d’une autre dans les structures du PAM de qui vous savez. |
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