|
Par Driss Bennani
“Ma famille sera toujours au service du trône”
|
Karim Rahal Essoulami,
Maître traiteur - homme d’affaires (AIC PRESS)
|
Antécédents
| 1957. |
Voit le jour à Casablanca |
| 1978. |
Son père, Rahal, devient le traiteur officiel du Palais |
| 1980. |
Obtient une maîtrise en électronique et
télécommunications en France |
| 1994. |
Assure la restauration lors du sommet du GATT à Marrakech |
| 2003. |
Devient PDG de Menzeh Diafa |
| 2009. |
Lance E-floussy (services financiers et para-financiers) |
|
|
Le PV
Karim Essoulami (Rahal est le prénom de son père, fondateur du groupe) reçoit sans protocole et sans chichis. On le croirait réservé et méfiant, du fait de sa proximité avec le Palais, il n’en est rien. L’aîné des Rahal est un homme plutôt bien dans sa peau. Depuis qu’il a succédé à son père, décédé en 2003, il a modernisé le groupe et diversifié ses activités. Aujourd’hui, l’empire Rahal compte plus de 3700 employés dans le tourisme, l’agroalimentaire, le cinéma et, récemment, les services financiers. Traiteur et banquier, n’est-ce pas une drôle de cuisine ? “Non, non”, répond l’intéressé, qui met l’employé au centre de ses préoccupations. “Tous mes employés ont mon numéro de téléphone personnel, même s’ils ne m’appellent jamais. Je suis la source de leurs revenus et eux aussi. Nous ne valons rien l’un sans l’autre”.
Smyet bak ?
Rahal Essoulami.
Celui qu’on surnomme le traiteur des trois rois ?
C’est ce qu’on dit effectivement.
Smyet mok ?
Halima Morjane.
Nimirou d’la carte ?
B 246 267.
Est-ce vrai que le meilleur chemin vers le cœur des rois, c’est leur estomac ?
Le cœur des rois est ouvert à toutes les bonnes volontés, sans aucune distinction de chemins.
Hassan II était un passionné de cuisine et n’hésitait pas, semble-t-il, à deviser longuement avec vos cuisinières. Mohammed VI a-t-il hérité de cette passion ?
Il a exactement la même passion que son père. Il veille sur tous les détails et se renseigne personnellement sur ce que ses invités vont manger.
On disait que Hassan II avait l’habitude de débarquer dans vos cuisines…
Ça lui arrivait. Il voulait souvent voir comment ça se passe en coulisses, si l’on peut oser cette expression.
Depuis quelques mois, le siège de E-floussy, votre entreprise de micro-banking, est devenu votre nouveau quartier général. Ça vous pèse de n’être “que” le traiteur Rahal ?
Mes frères et moi avons, depuis plusieurs années déjà, entamé une diversification des activités du groupe. Le maître traiteur reste cependant notre métier historique. Et nos investissements ont toujours eu un même fil conducteur…
Lequel ?
Créer le maximum d’emplois. N’oubliez pas que nous avons été les premiers, par exemple, à établir une connexion satellite entre le Maroc et la France, ce qui a permis l’explosion d’un secteur comme celui des centres d’appels qui fait travailler des dizaines de milliers de jeunes Marocains aujourd’hui. Nous avons investi dans le cake et le jus pour contrecarrer la contrebande.
Et pour gagner de l’argent, pourquoi avez-vous honte de le dire ?
Je n’ai aucune honte à le dire, mais disons qu’au sein du groupe, nous avons une certaine hiérarchisation des objectifs. Créer de la richesse pour ce pays en fait partie, vous pouvez me croire. Maintenant, si cela nous fait gagner de l’argent, tant mieux. Nous n’allons quand même pas nous en plaindre.
Le concept d’E-floussy propose à des diplômés chômeurs de devenir leur propre patron, grâce à des micro-entreprises de transfert d’argent et de paiement à distance. Vous ne prenez pas un risque en vous appuyant sur cette catégorie si spéciale de diplômés ?
Non, puisque ceux que nous avons choisi sont ceux qui étaient déjà inscrits à l’Anapec (Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences, ndlr) et qui étaient donc à la recherche d’un travail. Nous les avons sélectionnés, coachés, et les premiers lauréats sont effectivement aujourd’hui leur propre patron. Ce n’est pas un fantasme, c’est une réalité. Evidemment, cela n’a pas été facile. Mais nous avons pris le pari…
Ce ne serait pas Mohammed VI qui vous a soufflé l’idée par hasard ?
Le projet est parti de l’idée d’un Maroc qui gagne, développée dans le discours du 30 juillet 2007, où le roi a appelé les grands opérateurs à encourager l’auto- emploi et la création de micro-entreprises.
Revenons en arrière. La carrière de votre père a réellement démarré un soir de 1978 quand Hassan II l’a convoqué au palais royal pour lui confier les réceptions officielles du pays. Que serait devenu votre groupe sans ce coup de pouce hassanien ?
Avant cette année-là, nous avions déjà organisé plusieurs réceptions officielles, et ce depuis plus de cinq ans. Des comptes-rendus étaient rédigés systématiquement et faisaient état de notre professionnalisme et de la qualité de nos prestations.
Hassan II ne recevait pas tous ceux qui faisaient leur boulot correctement…
Détrompez-vous. Il ne recevait peut-être pas tout le monde, mais il tenait à recevoir certaines personnes dont le commerce prospérait et leur prodiguait ses conseils et ses recommandations. Et c’est exactement ce qui s’est passé avec mon père. Il lui a demandé d’investir davantage, de structurer l’entreprise, etc.
Croyez-vous sincèrement qu’une histoire comme celle de votre père, qui a commencé par vendre des pâtisseries dans l’ancienne médina de Casablanca, est encore possible ?
Je suis de ceux qui croient que le Maroc est encore vierge. Ce qu’il faut, c’est de la volonté, de l’ambition, du courage et beaucoup de travail. Mon père ne prenait par exemple jamais de congé.
En 1980, alors que vous étiez le bras droit de votre père, vous décrochez une maîtrise en électronique et en télécommunications. C’est pour “maîtriser” quoi au juste, la cuisson du bœuf ?
Vous ne croyez pas si bien dire. Les études techniques sont d’une grande utilité dans la vie de tous les jours. ça m’a servi pour le lancement des call-centers, mais également dans mon métier de maître traiteur. L’alternance entre cuisson vapeur et cuisson chaleur n’est par exemple pas donnée comme technique. J’ai même donné une conférence très sérieuse à Paris sur ce thème.
Que pensez-vous des personnalités publiques qui commencent à faire de plus en plus appel à des traiteurs étrangers ?
C’est leur droit. Je suis tranquille parce que je sais que nous sommes la société numéro 1 en termes d’organisation de manifestations clés en main. Ce n’est pas de la surenchère. Au Mali par exemple, nous avons remporté un appel d’offres international pour l’hébergement, le transport et la restauration de 20 000 personnes en plein désert, sans eau courante ni réseau électrique. A Davos, nous avons pris en charge la soirée de gala par moins quatre degrés et nous avons reçu des félicitations des quatre coins du monde.
Croyez-vous que c’est votre famille qui servira Hassan III ?
Je l’espère. Ma famille sera toujours au service du trône. Mon fils, qui a 20 ans, a le métier dans le sang. A 14 ans, le transport du personnel venait le chercher à quatre heures du matin pour s’occuper des cafés de l’aéroport. |
|